Par les Temps qui courent

 date

du 07/12/2013 au 12/01/2014

 salle

LiFE,
Saint-Nazaire

 appréciation
 tags

Antoine Nessi / Bertille Bak / Harun Farocki / Julien Prévieux / LiFE / Paul Harrison & John Wood

 liens

LiFE
Paul Harrison & John Wood

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Espace situé dans une des alvéoles de la base des sous-marins de Saint-Nazaire, le LiFE (Lieu international des Forces Émergentes) accueille expositions, concerts et spectacles divers. Situé non loin du Grand Café (le centre d’art de ville portuaire), le lieu bénéficie également de son expérience et de son savoir-faire puisque la structure conventionnée peut programmer des expositions dans les larges volumes du LiFE. C’est précisément le cas avec Par les Temps qui courent, présentation collective tournant autour de la question du travail aujourd’hui, thématique très récurrente chez les plasticiens et qui séduit souvent les commissaires qui en profitent pour apporter vision critique et politique du monde du travail en ce début de siècle.

Afin de contextualiser proprement le propos, la scénographie utilise des cloisons n’allant pas jusqu’au plafond (façon open space) et l’accrochage se fait chronologique, démarrant avec les industries et usines (juxtaposition d’Harun Farocki de films de sorties d’usine, piochés dans des archives et extraits de fictions - Chaplin, Antonioni -), les outils qui y sont utilisés (objets en fontes d’Antoine Nessi), les ouvriers qui y travaillent (vidéos de Frédéric Moser et Philippe Schwinger) et les familles qui en vivent (petite communauté d’une ville minière du nord de la France filmée par Bertille Bak avec son habituel regard tendre, voire cocasse). Naturellement, la vision qu’ont ces créateurs du travail est, sinon aliénante, du moins peu réjouissante, justifiant alors les désirs utopiques ou de rébellion (les ouvriers filmés par Cristina Lucas qui jettent des cailloux sur les vitres de leur usine).

Avec la désindustrialisation et la mécanisation, ces travailleurs vont être progressivement privés d’emploi, soit de manière temporaire (les ouvriers cubains qui imitent le bruit de leur machine au repos forcé chez Adrian Melis), soit parce que les usines deviennent des tours de bureaux (Anu Pennanen s’attachant ainsi au paysage de Liverpool). La mondialisation aidant, la pénurie de travail se renforce et les conséquences, notamment économiques et écologiques, sont de plus en plus fortes même si elles peuvent être abordées par le biais de l’humour comme dans le film de Martin Le Chevallier où un consommateur français va dialoguer avec une ouvrière est-asiatique, un surendetté états-unien avec un agriculteur sud-américain, etc…

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Pilvi Takala - The Trainee
(courtesy Paula Cooper Gallery, New-York)

Les difficultés renforcent alors la précarité et le développement des stages de début de carrière (témoignage de Pilvi Takala qui a passé un mois dans un cabinet d’audit à ne strictement rien faire, et restituant les réactions de ses collègues captés en caméra cachée). Pour accéder à un emploi, il faut à présent passer par un parcours de recrutement moqué par Julien Prévieux dans ses lettres de non-motivation, courriers adressés aux directions de ressources humaines dans lesquelles il explique pourquoi il ne répondra pas à l’annonce publiée dans le journal. Si ce processus d’embauche aboutit, c’est pour être finalement placé dans un open-space impersonnel, comme celui documenté par Paul Harrison et John Wood (travelling descendant, balayant d’innombrables niveaux tous identiques) ou celui dans lequel Carey Young s’exerce, à l’aide d’un coach, à prononcer de manière convaincante « I am a Revolutionary ». Pire encore, il est même possible qu’à terme, ne trônent dans ces open spaces que des écrans d’ordinateur, sans être humain aucun, comme dans la vidéo de Julien Prévieux (déjà vue à Gennevilliers) narrant le quotidien d’un géomodélisateur 3D.

François Bousquet
le 09/01/2014

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