La Chinoise 2013

 auteur

Michel Deutsch

 metteur en scène

Michel Deutsch

 date

du 10/01/2014 au 21/01/2014

 salle

MC93,
Bobigny

 appréciation
 tags

MC93 / Michel Deutsch

 liens

MC93

 dans la même rubrique
du 05/11/2016 au 26/11/2016
La Nuit des Taupes
(Théâtre des Amandiers)
du 15/09/2016 au 08/10/2016
Il faut beaucoup aimer les Hommes
(Théâtre Ouvert)
du 21/09/2016 au 08/10/2016
Nobody
(Théâtre Monfort)
du 10/05/2016 au 04/06/2016
Je suis Fassbinder
(Théâtre de la Colline)

Après la Rote Armee Fraktion dans La Décennie Rouge, c’est à une autre jeunesse militante des années 1960 et 1970 que Michel Deutsch s’attache. Si le spectacle vu il y a cinq ans retraçait scrupuleusement, événement après événement, les dix ans d’activisme de la RAF, La Chinoise 2013 se veut une transposition contemporaine du film de Jean-Luc Godard : cinq jeunes gens tentent ici l’expérience d’une communauté maoïste dans un appartement genevois. Sans même avoir vu le long-métrage, on reconnaît à l’évidence quelques inspirations godardiennes, dans le phrasé des personnages (échanges brefs dans lesquels chacun dit un mot sans réel lien avec celui prononcé auparavant par un autre) ou dans l’incrustation de séquences filmées (portraits des protagonistes, scène dans un train où l’une des héroïnes dialogue avec un ami plus âgé tandis que des cartons - « La politique » ou « J’t’expliquerai tout » - rythment leur discussion).

À la différence des activistes allemands qui, nonobstant leur radicalité, développaient un projet cohérent, on est frappé par la forme de naïveté des desseins des jeunes gens, se résumant pour Guillaume à coucher avec Camille et pour les autres à passer la journée à fumer et jouer de la musique. Cette révolution de petits bourgeois (ils sont tous comédiens ou musiciens, vivent à Genève au crochet de papa-maman, dans un appartement prêté par la famille de l’une d’entre eux) cherchant, le temps de quelques vacances, à s’encanailler en rêvant d’un monde meilleur n’est pas exempte de quelques contradictions. Bien que remontés contre la financiarisation de l’économie, l’individualisation des rapports sociaux et la marchandisation du monde (indignations, certes légitimes, mais plutôt convenues), aucun ne trouve anormal d’exploiter une jeune Grecque sans-papier, employée comme femme de ménage de leur phalanstère, mais non rémunérée. De même, quand ils ont la possibilité de durcir leur action, à la manière de la RAF, des Brigades Rouges ou d’Action Directe, ils ne vont même pas jusqu’au bout et se contentent de faire la « une » des journaux. Enfin, leur fascination pour le régime et la révolution culturelle chinois ne laisse pas d’étonner, compte tenu de ce qu’on sait des dérives du maoïsme, avant que les quatre amis ne décillent quand ils apprennent, ô surprise, que le PC chinois proclame la fin de l’indépendance de la justice et des médias ou ferme les blogs sur internet.

Face à ces limites, on se demande alors si c’est le propos politique ou dramaturgique qui interroge ; difficile à trancher car Michel Deutsch reste dans l’ambigüité : se fait-il critique ou non de ces jeunes gens ? choisit-il de confronter les idéaux actuels avec ceux de 1967 pour ridiculiser les premiers ou glorifier les seconds ? L’incertitude se fait d’autant plus persistante que le spectacle se situe bien en 2013 (téléphones portables en permanence à la main des intervenants, évocation d’un monde « connecté ») mais que les chansons interprétées sur le plateau renvoient à l’époque du film de Godard (You Got the Silver, Walk On The Wild Side, L’Amour avec toi) et que le mode de révolution des protagonistes reste bloqué à cette même époque (aucune résonance, par exemple, des printemps arabes et du rôle joué par les réseaux sociaux).

François Bousquet
le 24/01/2014

À lire également

du 06/06/2008 au 08/06/2008
Das Chrom + & Du
(MC93)
06/04/2006
Banlieues Bleues : (...)
(MC93)
du 21/03/2009 au 10/04/2009
La Décennie Rouge
(Théâtre de la Colline)
du 31/03/2014 au 15/04/2014
Au Bord
(MC93)