Grails / Lilacs & Champagne

 date du concert

17/03/2014

 salle

Point Ephémère,
Paris

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Point Ephémère

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Point Ephémère

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Après la sortie il y a quelques mois des Black Tar Prophecies Vol’s 4, 5 & 6, Grails est sur les routes pour une tournée européenne, accompagnés de Lilacs & Champagne, side-project de deux de ses membres fondateurs, Alex Hall et Emil Amos. De passage à Paris, c’est au Point Ephémère que la troupe s’arrête le temps d’un concert.

S’ils sont deux en principe, Lilacs & Champagne se retrouvent à cinq sur scène, épaulés par leurs collègues, autres membres de Grails. Le groupe réputé pour son travail de sampling ouvre son live par une rythmique qui fleure le hip-hop californien. Les influences de Madlib se déploient tandis que les projections ancrent l’ambiance dans un psychédélisme poisseux et pigmenté. Par dessus les boucles, guitare et basse se répandent en un concentré progressif ardent. Conjugué à une puissante batterie et à la force du live, le sampling apparaît légèrement en retrait et parfois même trop effacé. Avec les années 1970 pour décor, entre deux extraits de films de l’époque, Lilacs & Champagne livre en concert une copie bien plus corrosive que sur disque et globalement délectable.

Lorsque Grails débarquent à six, accompagnés en live de Randall Dunn et Dave Abramson, l’atmosphère se charge d’une gravité toute autre. Le groupe ne transigera pas sur les introductions âpres et longues en bouche, pour mieux laisser crisser les guitares et faire jaillir le martèlement d’une batterie particulièrement sèche (virtuose Emil Amos). Non moins prodige, William Slater tire de sa basse les sonorités folk, presque celtiques, qui confèrent à la musique du groupe de Portland toute son épique autorité. Lorsque le groupe entame All The Colors Of The Dark, extrait de Deep Politics, la majesté des six silhouettes se découpant dans la lumière brune de la salle enfumée colle à la rétine. Le caractère absolu et parfaitement terrassant de la mélodie participe sans doute à prodiguer l’impression d’ivresse apocalyptique qui étreint ce moment-là. A l’occasion, les membres tournent selon les instruments. Ainsi Randall Dunn baigne les transitions de lourdes nappes de guitare lap steel, mais prend parfois la place d’Amos à la batterie. Progressivement, la prestation approche de la fin. Stoïque mais furibond, le groupe joue Origin-ing, exhalant la poussière de l’Ouest américain et s’élevant en une mélodie de guitare qui vous lave comme une pluie. Chaudement salués, les américains reviendront pour Silk Rd et Space Prophet Dogon, deux rappels brefs et bouillants.

Post-prog, folk, psychédélisme, post-rock, Grails embrasse tout à la fois mais ne saurait sonner de manière plus unique et évidente qu’en live.

Manon Torres
le 20/03/2014