Présences Electronique 2014 - Mark Fell / Nicola Ratti / Mimetic / Francis Dhomont

 date du concert

28/03/2014

 salle

Le 104,
Paris

 tags

Festival Présences Electronique 2014 / Le 104 / Mark Fell / Mimetic / Nicola Ratti

 liens

Mimetic
Nicola Ratti
Le 104
Mark Fell
Festival Présences Electronique 2014

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Après Maja Ratkje, on passait dans la nef pour la suite du festival avec quatre concerts mêlant comme à l’accoutumée pionniers des musiques électroacoustiques et jeune génération.

Ce soir c’est Francis Dhomont qui ouvrait la soirée. Né en 1926 à Paris, il découvrait la musique concrète à la fin des années 40 et il y consacrera la majeure partie de sa carrière, partagée entre le Québec et la France. Mais ce soir il nous interprétait Drôles d’oiseaux une pièce purement électronique d’une quinzaine de minutes composée en 1985.
Cela dit, nous n’aurons que peu de surprises à l’écoute de celle-ci. Débutant par des ronronnements de basses profondes, des jets de tonalités feutrées et autres piaillements d’oiseaux électroniques, cette pièce reste globalement très abstraite. A quelques reprises de grosses tonalités balayent le tout à la manière d’une tempête, le procédé étant prétexte à enchainer sur un deuxième mouvement invitant de nouveaux sons : frétillements, caquètements, course lourde, et probablement quelques battements d’ailes dans cette volière métallique et inquiétante.

Mimetic / Jérôme Soudan est un habitué de Présences Électronique puisqu’il y jouait en 2007 et 2009. Par ailleurs il est derrière la version Suisse du festival, simplement nommée Présences Électroniques Genève, qui a connu trois éditions entre 2010 et 2013.
Alors qu’il jouait avec Phil Von en 2009, Mimetic était seul ce soir derrière son ordinateur. C’est d’ailleurs ainsi qu’allait se poursuivre toute la soirée puisque sur scène étaient alignées trois tables sur lesquelles trônaient trois laptops. On sera un peu surpris par les premières minutes du concert durant lesquelles les éléments se mettent très lentement en place : chuintements, ronronnements, grognements, roulements et dégringolades de matière sonore, coups sourds et autres basses nasillardes. Des éléments rythmiques se mettent progressivement en place, d’abord abstraits, et alternent avec de gros roulements de basses électroniques lors de passages que l’on qualifierait presque d’ambient. Et puis c’est à 5mn de la fin que l’on retrouve le son typique de Mimetic, avec une rythmique lourde et claquante, à la fois dure et ronde, digne d’une techno indus qui fera hocher les têtes. Contrat rempli.

On passe ensuite à Nicola Ratti qui par deux fois a fait l’objet de chroniques de disques sur ces pages. Plus récemment, c’est sa collaboration avec Giuseppe Ielasi qui était saluée via leur projet commun nommé Bellows, mais nous ne l’avions jamais vu en concert avant ce jour.
Nicola Ratti travaille sur des structures rythmiques qu’il compose à partir de bribes sonores provenant de synthés et bandes magnétiques. Moins microscopique qu’une glitch music, c’est tout de même à ce style que l’on pense à l’écoute de ces sons que l’on qualifiera de fins, secs et précis. Débutant sur une sorte de techno minimale et expérimentale, Nicola Ratti enrichi petit à petit ses compositions, y joignant même quelques tonalités telles que des bleeps ou de petites ondulations synthétiques. Sur un dernier mouvement, l’italien opte pour des sonorités plus agressives, proches de froissements métalliques quasi bruitistes.
Le travail est intéressant, la musique de Nicola Ratti est peut-être bien l’une des choses les plus singulières de cette édition, mais il manquait un petit quelque chose pour adhérer pleinement. On situera la faiblesse sur la structure des mouvements, voire de l’ensemble de la pièce, le manque d’un fil conducteur.

Pour clôturer cette première soirée, nous étions très curieux de voir Mark Fell en live alors que l’on trouvait ses récentes productions discographiques intéressantes d’un point de vu de la recherche sonore, mais un peu pénibles sur la longueur. À l’écoute des premières notes, on a l’impression de retrouver exactement le son de Multistability (Raster Noton, 2010) et on s’inquiète un peu de devoir subir 30mn de frétillements synthétiques et épileptiques. Heureusement, au bout de 5 minutes environ le son change, se transforme progressivement, subit des ralentissements et accélérations, comme si des effets de morphing venait agir sur les tonalités et la structure des morceaux.
De fait, là où l’ennui nous envahi sur disque, ce live d’une grosse demi-heure se révèle être plein de surprises, aux sonorités chatoyantes et au systématisme que l’on finira par trouver ludique. Mieux encore, à mi-parcours l’anglais invite des rythmiques et on a alors en tête l’image d’un mathématicien qui ferait du Aphex Twin. On imagine même très bien Mark Fell énerver tout le monde avec sa musique et répondre à ce mécontentement par un grand rire moqueur. Il ne fera que confirmer cette approche, jouant même avec quelques codes techno et clôturant cette première journée de festival avec peut-être bien le set le plus orienté dancefloor de toute l’histoire de Présences Électronique. Une drôle de surprise !

Fabrice ALLARD
le 06/04/2014

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