r.roo / Aes Dana / Sun Glitters

 date du concert

12/05/2014

 salle

Café de la Danse,
Paris

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Café de la Danse

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Café de la Danse

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Des affiches comme celle qu’a proposée le jeune collectif Musical Knowledge lundi dernier au Café de la Danse ne courent pas les salles parisiennes. Les scènes IDM et electronica étant rarement à l’honneur, d’autant plus lorsqu’il est question de faire jouer des artistes relativement confidentiels (et précieux) tel que r.roo. C’est pourtant surtout pour lui – et Aes Dana – que l’on se déplacera.

On peut estimer sans trop prendre de risques qu’il s’agit là de la première date en France de l’Ukrainien. Ultra-productif, il a réalisé un total de neuf albums depuis 2011 sur les labels Tympanik Audio, Abstract Reflections et Someone Records. Si en 2013, ses sorties ont semblé moins affolantes, son travail en live laisse planer de belles promesses. Le jeune Andriy Symonovich prend donc place sur la scène, face à une salle de moins en moins éparse et devant la projection d’une vidéo faite de motifs kaléidoscopiques. Sans surprise mais avec volupté, les rythmiques savamment hachurées sculptent des trames abstraites et denses, qui prennent au corps et résonnent de manière implacable. Les ingrédients de sa musique sont sobres : aux beats ciselés se joignent une charge d’ambient toute en nuances et une fibre néo-classique qui se manifeste sous forme d’émanations de piano ou de cordes. Alors que la projection crée des conditions d’hypnose, les brisures des rythmes enveloppent l’esprit et la nuque, alourdissent les paupières – on regrettera toute la soirée la configuration assise – et effacent l’environnement au profit d’un repli sur soi consacré à toute la ferveur de l’écoute. Le talent de r.roo pour les mélodies empoissées de noir et de gris, furtivement lyriques, est bel et bien fondé. Si un titre s’avère étonnamment plus faible que les autres, deux morceaux, et en particulier le dernier, se révèlent époustouflants. Par leurs canevas mélodiques alambiqués et le jeu presque tribal des drums, ces morceaux évoquent étonnamment le style d’Ultimae. Rapprochement qui doit forcément à la présence du patron du label, Aes Dana, qui à la suite ce très beau live de r.roo, prend la main dans la foulée.

Le lyonnais entame la partie en douceur, alors que des paysages de grands espaces défilent à l’écran. Le ton se fait languide, progressif, les nappes luxuriantes connaissent graduellement un subtil découpage, convoquant des vrilles fines comme des aiguilles. Le public n’en perd pas une miette, indolent et concentré. Faisant basculer l’atmosphère épaisse sur le plan légèrement surréaliste, un type masqué d’une tête d’éléphant en peluche, jusque là affalé au premier rang, se lève pour danser sur les beats devenus binaires d’Aes Dana. Une poignée de motivés le rejoignent tandis que l’artiste continue de façonner et de faire grimper sa musique en intensité. Il s’attardera sur des titres plus classiquement techno, réjouissants de rondeur, et les intercale de manière opportune avec des instants plus ramassés. Ces morceaux à la puissance exponentielle et aux mélodies miroitantes, à l’image de Perimeters, achèvent de sceller la grande valeur du live qui vient d’être donné.

C’est sans expectatives que l’on observe le début de la prestation de Sun Glitters. L’amas de couches et les voix pitchées évoquent un réchauffé de Mount Kimbie. Sans rancune au vue des superbes premiers concerts, on ne restera pas. Dommage cela-dit que le flyer n’ai pas rendu justice à la qualité de la programmation. Hormis ce détail de graphisme approximatif, Musical Knowledge peut s’accorder le mérite d’avoir rendu ces moments possibles

Manon Torres
le 19/05/2014