Dans le ventre de la Machine : Rencontre avec Martin Messier

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Martin Messier / Nicolas Bernier

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Nicolas Bernier
Martin Messier

C’est autour d’une machine aux allures monstrueuses que se rencontreront Nicolas Bernier et Martin Messier, le 28 mai, à Montréal. En première mondiale, ils délivreront une performance énergique, manipulant avec férocité les différentes manivelles, percuteurs et tiges de métal qui traversent une interface gigantesque. De corps à machine. De noise à musique concrète.

À 36 heures de la création de l’œuvre « Machine_Variation », j’ai eu le privilège de m’entretenir avec Martin Messier qui a bien voulu nous révéler quelques secrets.

Parle-moi de « Machine_Variation ». Qu’est-ce que c’est ?
C’est une suite d’une collaboration précédente intitulée « La chambre des machines ». Ça fait longtemps que Nicolas et moi, on réfléchit sur une façon de mettre en scène la musique électroacoustique. La plupart du temps, en musique électroacoustique, le spectateur ne fait pas le lien entre les sons entendus et l’objet ou le geste qui les produit. C’est un peu comme le DJ qui tourne des boutons sur ses synthétiseurs. À moins de bien connaître les outils, on fait difficilement le lien entre le geste du DJ et le son qui en résulte. Machine_Variation représente 3 ans de réflexion, où l’on a réfléchi à une façon d’amplifier les gestes. Avec « La chambre des machines », les machines étaient petites, et les gestes aussi ! On avait envie d’un instrument gigantesque avec laquelle on pourrait travailler le son, le visuel, la performance, le corps.

MACHINE _ VARIATION from Martin Messier on Vimeo.

Pourquoi le mot « Variation » dans le titre de la pièce ?
C’est tout simplement pour faire un lien avec « La chambre des machines », un peu en référence à la variation en musique classique. « Machine_Variation » est une variation de « La Chambre des machines ».

On t’a vu dans « La Chambre des machines », avec un projet sur les horloges en 2010, avec ton fameux orchestre de machines à coudre... Pourquoi cette fascination pour les machines ?
Ce qui m’intéresse, et c’est aussi le cas pour Nicolas, c’est la mécanique du mouvement. Je suis fasciné par le mouvement de l’aiguille sur l’horloge, par la régularité du mécanisme des machines à coudre. Il y a quelque chose de poétique, auquel je suis sensible. Lorsque je vois une machine coudre, j’ai plein d’images qui me viennent en tête : les femmes qui passaient leur journée dans des manufactures alors que leurs maris et leurs fils étaient au combat, l’après 2e guerre mondiale, les mouvements féministes protestataires... Je me souviens, j’avais visité une manufacture dans le genre au Royaume-Uni, et ça m’avait marqué. Je crois que j’ai plein d’anecdotes de la sorte qui me dépassent. Je n’y pense pas forcément en composant, mais elles sont là.

J’ai l’impression qu’il y a une grande richesse dans « Machine_Variation » puisqu’il va puiser dans beaucoup de domaines : l’architecture, les arts visuels, la performance, la musique de synthèse, la musique concrète... Est-ce que tu approches le projet de façon aussi conceptuelle ou est-ce que c’est plutôt une improvisation musicale avec un ami sur une grosse machine ?
Ahah ! Je crois que si « Machine_Variation » n’avait rien de conceptuel, il y a longtemps que Nicolas et moi aurions arrêté de travailler sur le projet. Non, on y a beaucoup réfléchi, et le processus a été long. Tous les éléments que tu mentionnes (architecture, musique, etc.) sont présents. On avait une idée du visuel, mais on n’était pas en mesure de dessiner ce qu’on cherchait. On a réfléchi sur ce qu’on voulait, puis on a fait une commande à Jonathan Villeneuve pour qu’il construise « la Machine ». Il l’a construite, et on a passé 2 mois à la manipuler et la modifier.

Quels ont été vos rôles respectifs, à toi et Nicolas ?
C’est difficile à dire ! Lui et moi, on a travaillé là-dessus tous les jours pendant des mois. C’était vraiment une collaboration. Côté direction artistique, notre travail sur le projet est indissociable. On est complémentaire. C’est dans les dernières semaines, avec la production du spectacle, que j’ai pris un peu plus de place vu que je m’occupe de la gestion et du déroulement de la journée de première. Mais sinon, c’est vraiment un travail de collaboration. Pour moi, elle permet l’échange et le dépassement de soi,

Si tu devais décrire une représentation de Machine _ Variation en un mot ?
Imposant. C’est ce que je cherchais à trouver comme sensation, et je l’ai trouvée. Je dois dire que ça fait trop longtemps que je suis dans le projet, et il faudrait vraiment une oreille et un œil extérieurs pour dire, mais je crois que la première sera très proche de ce qu’on voit dans la bande-annonce.

Après la première, Machine _Variation se rendra en Europe.
Tout à fait. Il y a 9 performances de prévues au festival de Sonar du 12 au 14 juin. C’est un super gros festival à Barcelone, l’un des premiers festivals entièrement dédiés à la musique électronique. Il y aura aussi une performance au festival « Maintenant » à Rennes qui se déroulera du 15 au 18 octobre.

Pierre-Luc Senécal
le 29/05/2014

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