Quinzaine des Réalisateurs 2014 - Reprise de la sélection

 réalisateur

Céline Sciamma

Thomas Cailley

 date

du 28/05/2014 au 07/06/2014

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Céline Sciamma / Forum des Images / Thomas Cailley

 liens

Forum des Images

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L’an passé, nous n’avions assisté à aucune des séances de la Reprise de la Quinzaine des Réalisateurs, quand bien même la sélection permit à Édouard Waintrop de confirmer son goût pour la comédie (Les Garçons et Guillaume, A Table !) ou le genre (We Are What We Are) tout en restant fidèle à l’un des fondamentaux de cette section : la défense du « jeune » cinéma français (Tip Top, La Fille du 14 Juillet). Cette année, pour sa troisième édition en tant que responsable de la Quinzaine, Waintrop creuse à nouveau ces mêmes sillons avec, par exemple et respectivement, P’tit Quinquin (mini-série de Bruno Dumont) ou Queen And Country de John Boorman, une version restaurée de Massacre à la Tronçonneuse et Mange tes Morts (de Jean-Charles Hue), Bande de Filles et Les Combattants.

Découverte à Cannes (Naissance des Pieuvres avait été montré à Un Certain Regard en 2007), sélectionnée ensuite à Berlin (Tomboy fit l’ouverture de la section Panorama en 2011), Céline Sciamma pouvait légitimement prétendre à la compétition officielle lors de ce Festival de Cannes 2014. Non retenue par celle-ci, la Française trouva refuge à la Quinzaine qui programma sa Bande de Filles pour débuter ses débats et donner, de l’avis général, une excellente impulsion. Comme dans ses deux premiers films, Sciamma s’attache aux relations entre (pré-)adolescent(e)s dans une banlieue de la classe moyenne : les quatre jeunes filles de 16 ans qui forment la bande du titre naviguent entre les tours d’une cité francilienne, s’échappant par moments pour aller traîner aux Halles, sur la dalle de la Défense ou passer une soirée à boire et s’amuser dans une chambre d’un hôtel de chaîne.

La réalité étant ce qu’elle est, dans des familles dominées par les garçons (les pères sont totalement hors champ), le poids du déterminisme les rattrape, les pousse à reproduire des comportements qu’elles réprouvent a priori (petits larcins, brimades de la sœur cadette) ou bien à affronter les filles de la cité voisine. Assez juste, pour autant qu’on puisse en juger, dans cette peinture de la jeunesse de ces quartiers, le film capte leur énergie mêlée de désespérance (avenir incertain, incapacité à se fixer, volonté de tracer sa propre voie mais impossibilité de se détacher de sa famille). Les quelques réserves qu’on avait à l’égard de Naissance des Pieuvres et Tomboy sont cependant toujours présentes : scénario un rien sur-écrit, avec l’habituelle béquille du personnage-relais du spectateur qui s’introduit dans le groupe au début du film et qu’on voit progresser, présence un peu trop envahissante des nappes de synthé de Para One, mise à l’écart des parents, plans parfois soulignés (ce travelling arrière sur l’héroïne finissant de faire la vaisselle et se redressant, fière figure d’un éphémère girl power). Pour autant, avec sa fin ouverte, ses scènes cocasses (la partie de mini-golf) et ses magnifiques moments (le premier passage à l’hôtel où, des étoiles plein les yeux dans la nuit bleutée, l’héroïne regarde danser et chanter ses copines sur le Diamonds de Rihanna), Bande de Filles confirme à l’évidence le talent de Céline Sciamma.

On se souvient de Paris Shangaï, court-métrage de Thomas Cailley vu à la reprise du Palmarès des Premiers Plans d’Angers en 2011 : drolatique et décalé, le film mettait aux prises deux personnages au tout début d’un parcours à vélo de l’une à l’autre des villes. Transmission et rapport à l’autre constituaient les fils conducteurs de ce court-métrage et sont à nouveau convoqués dans Les Combattants. Un été dans les Landes, Arnaud, travaillant avec son frère aîné dans l’entreprise de menuiserie familiale, croise Madeleine, jeune femme s’apprêtant à partir faire un stage de préparation militaire et persuadée que la fin du monde (ou presque) approche. Quittant rapidement les rails de la typique rencontre post-adolescente, le film va explorer plusieurs voies, dans un mélange parfois loufoque (les scènes à la caserne), parfois plus onirique (leur échappée en forêt, où ils tentent de survivre). Parvenant à montrer l’indécision de la jeunesse en prenant ce sujet de biais, Thomas Cailley offre notamment un très bel emploi à Adèle Haenel, qu’on n’imaginait pas pouvoir être aussi drôle dans son côté caractérielle butée, et livre assurément une très convaincante première réalisation.

Après ces deux films français, on termina ce rapide tour à la Reprise de la Quinzaine par un long-métrage québécois. Avec un seul de ses précédents films distribués en France, Stéphane Lafleur n’est guère connu mais son Tu Dors Nicole mériterait une sortie nationale tant sa fraîcheur et son humour savent toucher. L’héroïne du titre passe l’été de ses 22 ans dans la maison de ses parents, aux côtés de son grand frère qui tente de monter un groupe de rock. Entre discussions avec sa meilleure amie (autour d’un hypothétique voyage en Islande), chamailleries avec son aîné et langueur induite par la canicule, Nicole laisse passer les jours sans véritablement quoi savoir faire de son avenir. Sur un canevas largement usité ces dernières années (surtout que la réalisation, en noir et blanc, accentue cet effet de mimétisme), Lafleur parvient à séduire en introduisant quelques touches humoristiques : gag récurrent de l’antivol de vélo, avances insistantes faites à Nicole par Martin, un garçon de 10 ans pourvu d’une voix d’adulte, etc… Ces qualités, combinées à la légèreté de l’ensemble et au décalage mécanique créé par l’accent québécois suffisent alors à nous faire passer une heure et demie fort agréable.

Autres reprises de la Quinzaine des Réalisateurs :
- du 4 au 10 juin 2014 : Florence
- du 5 au 11 juin 2014 : Cinémas du Grütli - Genève

Dates de sortie :
- Les Combattants : 20 août 2014
- Bande de Filles : 22 octobre 2014
- Tu Dors Nicole : 18 mars 2015

François Bousquet
le 08/06/2014

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