Ben Frost / Dscrd

 date du concert

13/06/2014

 salle

La Machine du Moulin Rouge,
Paris

 tags

Ben Frost / La Machine du Moulin Rouge

 liens

La Machine du Moulin Rouge
Ben Frost

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Pour faire suite à la sortie de Aurora, son nouvel album publié le 26 mai, Ben Frost s’offre une petite tournée de présentation de celui-ci. Au lendemain de sa prestation au festival Sonar, l’Australien exilé en Islande s’arrêtait à La Machine du Moulin Rouge, pendant que Plaid se produisait à la Gaité Lyrique.

On passera assez vite sur la première partie, assurée par Dscrd. On est tout de suite interpelé par le son qui provient de la salle alors qu’il n’est même pas 20h. Sur scène le quintet parisien a pris place, chacun derrière son laptop ou sa table de mixage, et commence par délivrer une musique ambient plutôt sexy qui prendra ensuite des intonations un peu plus sombres. Petit à petit des éléments rythmiques prennent place mais l’ensemble reste très abstrait, on perd le fil dans un deuxième quart de concert lors duquel on commence à s’ennuyer.
Et puis à force de faire le tempo se fait très régulier, limite binaire, et on sent arriver le virage vers quelque chose de plus dancefloor. Le procédé nous paraîtra un peu facile, mais une fois les choses en place, sur les 10 dernières minutes, on finira par se laisser prendre au jeu. Le chemin a été long et tortueux mais cette longue progression, cette lente montée nous amène à une électro chaloupée, aux teintes industrielles, plutôt efficace. Le propos nous semble partir d’un bon sentiment mais ce live nous laisse toutefois l’impression d’un manque de consistance, et surtout de prise de risque.

Il est 20h50 environ quand Ben Frost entre en scène, pied nu et en marcel, accompagné d’un batteur puisque oui, c’est la grosse nouveauté de ce nouvel album et donc de la tournée qui l’accompagne. Une nouveauté que l’on appréhendait un peu, tout comme le fait d’être déçu par notre deuxième concert de l’Australien, après sa fulgurante prestation en 2013 lors du festival Présences Électronique.
Nous avions aperçu quelques images de cette tournée sur Youtube, et notamment de l’ouverture du concert, une superbe ambient faite de nappes électroniques, de cordes et textures avant que le batteur ne vienne titiller ses cymbales. Petits froissements métalliques, rapides frétillements sur le corps des futs, puis des coups lourds, martelés, qui tombent sur une mélodie ondulante de cordes esquissent une violente mélancolie.
Nos inquiétudes sont déjà balayées, le duo fonctionne à merveille, les machines jouent de concert avec la batterie dont le son particulièrement lourd, voire métallique semble traité pour coller au mieux à l’univers glacé et dur de Ben Frost. Aux machines, l’Australien use et abuse de crissements et raclements, d’interjections bruitistes et autres sonorités monstrueuses, des ponctuations qui font partie intégrante de son langage.

Au bout d’un quart d’heure le duo a atteint son rythme de croisière. La batterie puissante se fait aussi extrêmement dense, donnant parfois l’impression d’une batucada industrielle. Petit bémol de ce concert, les morceaux semblent être composés à peu près selon la même structure, axés tout d’abord sur une batterie très présente et un accompagnement électronique abstrait, fait de basses et textures. Dans un deuxième temps, les mélodies prennent place dans un style bien particulier : coincées dans la masse sonore, elle tentent de s’en extirper et nous parviennent fragiles, déchiquetées, parfois abstraites au point de se demander si Ben Frost n’est pas en train d’improviser lorsqu’il utilise des sonorités plutôt "moelleuses". À deux ou trois reprises il passe à la guitare, ajoutant encore à la puissance et à l’aridité de son propos.
L’ensemble des éléments forme un tout assez exceptionnel, mettant en parallèle une violence désespérée et une incroyable poésie. À ce moment, les seuls mots qui nous viennent à l’esprit ressemblent à quelque chose du genre "Bordel, qu’est-ce que c’est beau !!" alors que les éclairages, puissants et stroboscopiques finissent de nous hypnotiser.

Le sentiment global de ce concert, et plus généralement de la musique de Ben Frost est encore une fois dominé par une violence extrême, mais aussi une violence extrêmement contrôlée. Sans cesse sur la corde raide, mais jamais un pas de travers. Au bout d’une petite heure le concert qui, il faut bien le dire, était millimétré, prend fin. Les deux hommes viennent saluer le public et quittent la scène devant des spectateurs qui en redemandent sans trop y croire. Les lumières se rallument, on sort de La Machine, dehors il fait jour, on se réveille.

Extrait :

Fabrice ALLARD
le 15/06/2014

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