Paris Cinéma 2014

 réalisateur

Dietrich Brüggemann

Kôji Fukada

 date

du 05/07/2014 au 12/07/2014

 salle

Louxor,
Paris

 tags

Dietrich Brüggemann / Kôji Fukada / Louxor

 liens

Louxor

 dans la même rubrique
du 26/05/2016 au 05/06/2016
Quinzaine des Réalisateurs 2016 - Reprise de la sélection
(Forum des Images)
du 22/01/2016 au 31/01/2016
Festival Premiers Plans d’Angers 2016 - Reprise du Palmarès
(Forum des Images)
du 28/11/2015 au 06/12/2015
EntreVues - Festival International du Film de Belfort 2015 - (...)
(Cinémathèque Française)
du 22/11/2014 au 30/11/2014
EntreVues - Festival International du Film de Belfort 2014 - (...)
(Luminor Hôtel de Ville)

En dépit de quelques incertitudes nées pendant la campagne des élections municipales (la principale candidate d’opposition avait fait courir le bruit que la Mairie avait décidé d’annuler le festival), Paris Cinéma continue bien de se tenir début juillet. Si l’équation politique est résolue, l’équilibre budgétaire semble toujours fragile : en témoignent la concentration de la manifestation sur quatre salles, l’abandon du MK2 Bibliothèque comme lieu d’ancrage (au profit du Louxor, récemment rouvert, où se tient la compétition), la réduction de la durée du festival (huit jours au lieu d’une douzaine auparavant), le renoncement aux focus sur un pays ou sur une personnalité (un programme « French Touch » faisant office de remplacement) et la disparition de tous les Prix de la compétition, à l’exception de celui du public.

Précisément, cette compétition, dans un mouvement un peu inverse, se voit renforcée avec onze films présentés (contre huit ou neuf les exercices précédents), soit un étiage probablement trop élevé, surtout quand un seul écran de la salle de Barbès diffuse ces longs-métrages, n’offrant à chaque film qu’une seule séance, souvent complète en conséquence. Au sein de ces onze films se trouvaient Les Combattants, déjà appréciés à la Reprise de la Quinzaine des Réalisateurs et sur lesquels nous ne reviendrons pas, mais aussi L’Institutrice (remarqué à la Semaine de la Critique cannoise) et Des Chevaux et des Hommes, deux propositions que notre emploi du temps ne nous permit pas de voir.

Impuissance des pères et mères de famille

Récompensé à Sundance, Tuer un Homme (Matar a un Hombre) perpétue le sentiment assez positif qu’on peut avoir du cinéma chilien depuis une dizaine d’années, tellement cette scène artistique a su explorer diverses voies (on se souvient du très probant No, sorti en salles au printemps 2013) même si celle attachée à des difficultés sociales est souvent privilégiée. Il en est ainsi dans ce troisième film d’Alejandro Fernández Almendras dans lequel un père s’oppose à un caïd qui persécute sa famille, sur fond de tensions et d’incapacité à intervenir de la police et de la justice. Si la réalisation se veut sèche, aux cadrages serrés et travaillés (avec un peu trop de plans de nuques lorsqu’on suit les personnages), accentuant l’opposition entre intérieurs et extérieurs (motel et appartement/forêt et plage), le titre du long-métrage s’avère malheureusement trop programmatique. Restent cependant, dans cette histoire de vengeance et d’auto-justice, le pourquoi et le comment que le réalisateur s’emploie à mettre en images, avec même, par endroits, une dose d’humour, peut-être involontaire.

Père de famille putatif, Michel, ex-client d’Angélique, strip-teaseuse de cabaret d’une soixante d’années et mère de quatre enfants, la demande en mariage et lui propose une vie rangée. Bien qu’elle accepte, cette Party Girl continue de vouloir sortir et traîner dans les lieux nocturnes, se heurtant alors aux aspirations de Michel, plus ou moins dépassé par l’énergie et les incohérences de sa compagne. Réalisé par le trio Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis, le film avait fait l’ouverture d’Un Certain Regard et avait quitté Cannes avec la Caméra d’Or, récompensant le meilleur premier long-métrage, tandis qu’à Paris Cinéma, le public lui décerna son Prix. Quand on se rend compte que Samuel Theis joue dans le film l’un des enfants d’Angélique, que chacun incarne son propre rôle et que le point de départ de ce film français a été précisément le mariage d’Angélique et Michel, on se convainc d’être entre documentaire et fiction. Cette forme d’auto-fiction recouvre alors aussi bien les points forts (vérité des interprétations, proximité avec le réel) que les limites, notamment le fait, face à un exercice de thérapie familial, d’être un peu voyeur.

Très présent dans les années 2000, dans la foulée de la vague cinématographique argentine, Lisandro Alonso était resté muet depuis Liverpool, montré à la Quinzaine des Réalisateurs en 2008, comme cela avait été le cas de ses deux longs-métrages d’avant. C’est donc logiquement à Cannes qu’on eut de ses nouvelles, mais à Un Certain Regard cette fois-ci, où Jauja fut projeté, film porté par Viggo Mortensen, incarnation d’un ingénieur danois venu rejoindre l’armée argentine en 1882 quand il s’agissait de conquérir le désert de Patagonie en exterminant la population locale. Accompagné de sa fille de quinze ans, le Capitaine Dinesen la perd un matin et part à sa recherche dans une quête aux confins du merveilleux ou du réalisme magique. Face à une nature aussi hostile (pampa, broussailles, rochers, désert) que le sont les indigènes (même s’ils restent invisibles), le périple du Danois est lent et entravé, à l’image d’un film, plastiquement très beau mais se complaisant régulièrement dans un hiératisme poseur, symbolisé par le format quasi-carré aux coins arrondis adopté par Alonso. Sous ce jour, on pourra également lui reprocher d’abuser, tout du long, du même dispositif filmique : plan fixe, caméra posée au sol de façon à appréhender l’horizon le plus lointain possible, arrivée de Viggo Mortensen par le bas du cadre et traversée de celui-ci jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Tout aussi protectrice, Amelia, jeune veuve, vit avec son fils, Samuel, dans une grande maison ; turbulent et imaginatif, le garçonnet épuise sa mère qui tente de le calmer en lui lisant des histoires. Lorsque vient le tour du conte Mister Babadook, la crainte de voir prendre forme le croque-mitaine du livre se fait de plus en plus présente, allant même jusqu’à envahir les pensées d’Amelia. Comme souvent dans ce genre de film horrifique, ce qui est juste suggéré (avec un beau travail sur le son) s’avère bien plus effrayant que ce qui est véritablement montré. Fort de ce postulat, le film de l’Australienne Jennifer Kent va aller crescendo dans un sens, faisant prendre corps progressivement au monstre, et, par voie de conséquence, decrescendo dans l’autre, l’épouvante laissant place au quasi-guignolesque.

Recherches sur soi et quêtes d’identité des jeunes femmes

De Dietrich Brüggemann, on se souvenait vaguement de Cours si tu peux, vu en 2010 au Festival du Cinéma Allemand, variation sur le thème du trio amoureux. Pour Chemin de Croix (Kreuzweg), le réalisateur change radicalement de sujet pour se concentrer sur Maria, 14 ans, vivant dans une famille catholique fondamentaliste et souhaitant donner sa vie à Dieu. Si ce délire intégriste, proche du lavage de cerveau, la conduit à quelques situations quasi-cocasses à force d’être ridicules (quand elle refuse de faire de la gymnastique à l’école, à cause des « musiques satanistes » diffusées pour rythmer la séance), on se trouve, plus généralement, face à des choix de vie aux conséquences autrement plus graves. Pour retracer ce parcours, le cinéaste allemand fait le choix d’une caméra fixe, d’un format cinémascope et de longs plans-séquences, donnant à chaque scène l’impression d’être une peinture classique, voire une représentation de la Cène. Précisément, le long-métrage souffre, malgré tout, d’un léger excès de symbolisme qui passe par le choix des prénoms (Maria, évidemment, ou bien Bernadette, la jeune fille au pair française) à la structure du film, découpé en 14 séquences, comme l’âge de l’héroïne et comme les 14 stations du chemin de croix catholique, chacune étant ouverte par l’intitulé de la station auquel un écho est donné (« Jésus est dépouillé de ses vêtements » lorsque Maria va chez le médecin, « Jésus rencontre sa mère » quand la mère de Maria vient la chercher à la sortie de la bibliothèque, etc…). Si, dans les trois premiers quarts du film, l’intention de Dietrich Brüggemann ne fait guère de doute et que l’embrigadement mental est dénoncé, la résolution et le dernier plan se montrent nettement plus ambigus, rendant le point de vue du réalisateur plus difficile à cerner et interrogeant alors ses intentions.

Primé partout où il passe (Pusan, Marrakech, Rotterdam, Deauville, Fribourg), A Cappella (Han Gong-Ju) débute dans une atmosphère emplie de mystère : pourquoi Han Gong-Ju, lycéenne de 16 ans, est-elle changée de ville et d’établissement scolaire ? pourquoi a-t-elle peur d’être prise en photo ? pourquoi veut-elle absolument apprendre à nager ? S’il est difficile d’évoquer ce premier long-métrage du Coréen Lee Su-Jin sans le dévoiler complètement, on pourra signaler qu’il est question d’un événement traumatisant au sujet duquel le réalisateur entretient un suspense quasi-malsain. Une fois celui-ci élucidé, des scènes gratuites viennent même explicitement montrer ce que l’on avait saisi, laissant un sentiment glauque, voire d’être en présence d’un cinéaste roublard dans sa manière de monter son histoire.

Beaucoup plus léger, et autrement plus convaincant qu’Au Revoir l’Été (Hotori no Sakuko), nouvelle réalisation décevante du Japonais Kôji Fukada, Sunhi se présente comme le nouvel essai d’Hong Sang-Soo autour des relations amoureuses dans la Corée du Sud contemporaine. Retrouvant ses traditionnels jeux sentimentaux (le carré ayant ici remplacé le triangle habituel), le Coréen plonge à nouveau ses personnages dans des atermoiements incessants, hésitant sur leur avenir (qu’il soit personnel, professionnel ou sentimental) et marqués par le goût d’Hong Sang-Soo pour le verbe, les échanges et le système comme procédé de narration : Sunhi croise trois hommes successivement, lesquels vont se croiser et évoquer entre eux, à mots plus ou moins couverts, la jeune femme. Les griseries de l’alcool aidant, un humour de la répétition se déroule pendant l’heure et demie du film : même ritournelle et même chanson qui reviennent, description identique de Sunhi, cadavres de bière qui s’amoncellent, bars écumés et ailes de poulet avalées.

Dates de sortie :
- Sunhi : en salles depuis le 9 juillet 2014
- Mister Babadook : 30 juillet 2014
- Party Girl : 27 août 2014
- Tuer un Homme : 1er octobre 2014
- Chemin de Croix : 29 octobre 2014
- A Cappella : 19 novembre 2014
- Au Revoir l’Eté : 17 décembre 2014
- Jauja : 22 avril 2015

François Bousquet
le 17/07/2014

À lire également

du 02/07/2011 au 13/07/2011
Paris Cinéma 2011 - (...)
(Mk2 Bibliothèque)
du 29/09/2010 au 05/10/2010
Festival du Cinéma Alleman
(L’Arlequin)