Merike Estna : Sinne Laguun (Blue Lagoon)

 date

du 27/06/2014 au 02/11/2014

 salle

KUMU,
Tallinn

 appréciation
 tags

KUMU / Merike Estna

 liens

KUMU

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Enchâssée avec une exposition collective présentant une douzaine de peintres d’aujourd’hui, la monographie consacrée par le KUMU (musée des arts de Tallinn, qui se dresse au fond du parc de Kadriorg) à Merike Estna permet d’appréhender la création contemporaine estonienne. De cette dernière, on avait le souvenir d’une présentation collective mitigée, vue à l’automne 2011 dans le cadre d’une saison « Estonie en France » ; la plongée dans le très bel édifice réalisé par l’architecte finlandais Pekka Vapaavuori constitua donc l’occasion de saisir un peu plus ce qui se passe dans cet état balte.

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Si la peinture n’est pas forcément notre medium de prédilection, la jeune femme sut nous capter en faisant le choix de la désacraliser par le biais d’une utilisation très variée et libre de la toile, prise comme objet transitionnel davantage que comme une finalité. Ainsi peut-elle s’en servir comme d’un coupe-vent, d’un drap mis sur la tête façon déguisement de fantôme lorsqu’elle se trouve dans le désert, dans la neige ou au milieu d’une forêt (vidéo Travelling With A Painting), ou alors, toujours séparant la toile du châssis, elle la dispose nonchalamment sur un muret, telle une couverture laissée là sans raison (A Brand New Blanket Was Glowing On The Bed). Avec ce schéma, les tons légèrement pastels de l’Estonienne et ses taches de couleur finissent par intervenir dans tout l’espace : d’un vélo accroché à la main courante avant l’entrée du musée jusqu’à une chaise pour gardiens, en passant par les vestes que sont censés porter ceux-ci, ses motifs irriguent le bâtiment.

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Afterparty

Plus généralement, il s’agit, pour Merike Estna, d’opérer par prise de possession massive : salle entière recouverte, jusqu’aux petites toiles qui s’y trouvent (Camouflage Painting Show), mise en place d’une peinture de sol chargée d’accueillir les œuvres d’autres artistes (I’m Around For 4 Months), disposition de bandelettes de tissu verticales structurant le volume d’une grande pièce (Blow My Tie Dye). Ce caractère assez monumental se retrouve enfin dans l’installation Afterparty, avec son immense boule à facettes, continuant de tourner bien que presque collée au sol ; un brin de mélancolie point alors, combiné à une volonté de conserver et de mettre en exergue des traces de ce qui reste, qu’il s’agisse d’une soirée ou bien de rebuts (objets divers jonchant le sol de Blue Lagoon).

François Bousquet
le 19/09/2014