Oscar Muñoz : Protographies

 date

du 03/06/2014 au 21/09/2014

 salle

Jeu de Paume,
Paris

 appréciation
 tags

Jeu de Paume / Oscar Muñoz

 liens

Jeu de Paume

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Attiré par quelques visuels vus çà et là, on se rendit au Jeu de Paume, lieu assez peu fréquenté ces derniers temps, pour voir les expositions de Kati Horna et Oscar Muñoz. Si la monographie présentée au rez-de-chaussée de la photographe hongroise ne sera pas évoquée sur ces pages (du fait de sa dimension historique), celle du Colombien, disposée à l’étage, constitue une très belle découverte. Dès son intitulé, mot-valise voulant désigner l’espace temporel antérieur (ou postérieur) à celui de l’ « instant décisif » traditionnellement accolé au medium photographique, cette exposition laisse entrevoir une volonté d’aller bien au-delà des formes habituelles.

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Pixeles
(courtesy de l’artiste et Sicardi Gallery, Houston)

Précisément, Oscar Muñoz fait le choix d’explorer de nombreuses manières de capturer un moment et, surtout, de nombreuses voies pour présenter le résultat de cette capture. Ainsi trouvera-t-on, dans un éventail de prouesses techniques, des photographies montrées sur des rideaux de douche, des pellicules d’eau, des miroirs (et ne se dévoilant que lorsqu’on souffle dessus), voire des morceaux de sucre (plus ou moins imbibés de café, de telle sorte que se compose un visage grossièrement pixélisé, en camaïeu de marron-beige). Comme souvent, les contraintes que s’impose de la sorte l’artiste s’avèrent diablement fécondes, l’amenant à reconsidérer régulièrement ses protocoles et dispositifs de monstration.

Si, par moments, on peut avoir l’impression que la recherche sur le support prend le pas sur le travail relatif au sujet saisi, Muñoz parvient à ne jamais se laisser dépasser par une fuite en avant un peu vaine, s’attachant constamment à quelques thèmes de prédilection qu’il ne lâche pas. Constitutive d’une approche cohérente et pensée, cette démarche le conduit à faire ainsi œuvre de mémorialiste lorsqu’il documente sa ville de Cali (dont on sait qu’elle a été marquée par des guerres entre cartels de narcotrafiquants) : grand plan de la ville mis au sol et recouvert de carreaux de verres se fissurant sous les pas des visiteurs (Ambulatorio), récupération de portraits d’anonymes abandonnés par des photographes de rue (Archivo Porcontacto) ou bien vidéos de photos de famille présentées dans des cadres un peu kitschs (A través del cristal).

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Photogramme extrait de Línea del destino
(courtesy de l’artiste)

La veine biographique de son parcours peut également s’auto-centrer quand le propre visage du Colombien est reproduit en poussière de charbon, appelée à disparaître quand plongée dans un lavabo rempli d’eau (Narciso), ou bien reflété dans une flaque d’eau tenue dans sa main (vidéo Línea del destino). Symboles évidents du caractère éphémère de notre passage sur terre, ces désagrégations inéluctables recèlent une véritable part mélancolico-poétique, liée à la (relative) lenteur de la disparition puisque les minutes que durent ces films nous permettent d’appréhender pleinement le sort des autoportraits. Autres images dont l’aspect passager frappe Oscar Muñoz, celles qui envahissent l’espace public (actualités, instantanés postés sur internet…) et qui n’imprègnent que rarement les mémoires. Fort de ce constat, deux installations, mêlant vidéo et petites feuilles de papier blanc pré-déposées (sur une étagère ou sur une table), viennent effectuer une rotation incessante entre plusieurs clichés et confirmer que, définitivement, le présent n’existe pas.

François Bousquet
le 28/08/2014

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