An Moku

Mononocle

(Etalabel / Internet)

 date de sortie

12/12/2012

 genre

Electronique

 style

Ambient / Glitch / Musique Concrète

 appréciation

 tags

Ambient / An Moku / Etalabel / Glitch / Musique Concrète

 liens

An Moku
Etalabel

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An Moku est le projet musical du Polonais Dominik Grenzler. Né en 1977, il a grandi avec la pop 80s et fera ses premières armes à la guitare dans divers groupes allemands. Après un break de 3 ans, il est rattrapé en 2004 par un ami et se lance dans la musique électronique, tendance big-beat avec le groupe Nation of Clang. C’est finalement en solo que le Polonais trouve sa voie en 2008, créant une véritable rupture avec ses expériences passées puisqu’on le retrouve aujourd’hui avec une musique véritablement expérimentale à forte dominante ambient.

Le nom "An Moku" vient du japonais et signifie "ce qui est implicite, non dit", et l’artiste travaille tout particulièrement l’aspect suggestif de sa musique. Il n’est pas directif, son travail est plus abstrait que de simple field recordings même si ceux-ci tiennent une place importante dans son œuvre. Le découpage de l’album est assez étonnant avec dans un premier temps trois petites pièces de 5-8 minutes. Celles-ci nous permettront de faire connaissance avec l’artiste avant d’aborder la pièce maîtresse d’une durée de... 45 minutes !
Dès les premiers morceaux on est conquis par la musique de ce polonais et son travail d’une finesse inouïe. Le disque s’ouvre avec Melting Point qui n’est peut-être pas le titre le plus facile. Les oreilles sensibles trouveront certainement ses nappes minérales et résonances métalliques un peu arides pour ne pas dire agressives. Mais ici c’est plutôt toute la vie qui s’agite en arrière plan qui retient notre attention, à base de crépitements, raclements ou crissements feutrés. On pourrait penser à la bande son d’un film d’angoisse, on sent une certaine tension mais la beauté des sonorités choisies l’emporte sur un éventuel aspect anxiogène.
Ce n’est d’ailleurs pas le propos d’An Moku qui enchaine avec un Eremit aux nappes oscillantes, douces et apaisées. L’accompagnement est plus discret, tout juste quelques grésillements qui gagnent en densité pour finir par évoquer une simple pluie. Sur Kodama enfin, l’équilibre se fait entre bruitages sous forme de coups sourds, entre-chocs, et tonalités hésitantes, retenues. On est alors plus proche ici d’une musique concrète.

Et puis on passe aux 45mn de Stockwerk sur lequel naturellement, le propos d’An Moku s’exprime sous différentes formes. On démarre toujours en douceur et sous le même format à base de nappes et micro-bruitages frétillants, puis des souffles créent une ambiance plus feutrée, mais toujours très habitée. Petit à petit l’habillage mélodique s’estompe au profit de nouvelles sonorités comme ces vibrations de cordes, ces grincements sur ce qui pourrait être un piano préparé. On gagne en abstraction et le musicien semble adopter les techniques d’une musique improvisée.
Au bout d’une quinzaine de minutes on change progressivement de registre puisque quelques nappes nous amènent à des drones froids, vides, rejoints plus tard par quelques résonances et crissements. L’atmosphère est alors plus angoissante tandis que des raclements et coups ajoutent encore à la gravité ambiante.
Le dernier quart d’heure est au contraire sous le signe de l’apaisement, tant au niveau de la composition que du choix des sonorités. On démarre par des accords très espacés, des notes limpides, quelques drones appuyés, pour finir sur un subtil équilibre de nappes, douces et apaisantes, invitant l’auditeur à se laisser porter par sa propre rêverie.
Si le vocabulaire est sensiblement le même, l’album se termine sur un Oxo particulièrement sombre, porté par des grognements monstrueux et glissements de tonalités un peu stressantes.

Un travail d’orfèvre, une musique qui combine la vitalité de l’improvisation et la précision de la composition, le tout avec une sensibilité certaine pour les belles sonorités, bref un disque comme on les aimes : beau et exigeant.

Fabrice ALLARD
le 08/10/2014