Bozar Electronic Arts Festival 2014 : Kiasmos / Nils Frahm / Tim Hecker / Ben Frost / Mondkopf

 date du concert

26/09/2014

 salle

Bozar,
Bruxelles

 tags

Ólafur Arnalds / Ben Frost / Bozar / Bozar Electronic Arts Festival 2014 / Mondkopf / Nils Frahm / Tim Hecker

 liens

Tim Hecker
Ólafur Arnalds
Mondkopf
Bozar
Nils Frahm
Ben Frost
Bozar Electronic Arts Festival 2014

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Troisième édition du Bozar Electronic Arts Festival et troisième compte-rendu en duo puisque comme chaque année, une partie de l’équipe parisienne profite de l’événement pour visiter la capitale belge. On retrouve avec plaisir le Bozar pour ce rendez-vous annuel avec une première soirée qui affichait complet, déclinée en 5 lives distribués entre l’auditorium Henry Le Boeuf et la salle inférieure Terarken, qui devint rapidement une fournaise.

On commence avec Kiasmos, projet commun du très recommandable Ólafur Arnalds et de Janus Rasmussen. On s’y voit cueillis un peu à froid, par coups de basses qui font vibrer toute la salle et des textures synthétiques certes incisives mais bien éloignées des paysages habituels de l’Islandais. Le duo déploie, d’une manière dynamique et enjouée, des climats sombres, aériens, nuageux, parsemés de trouées lumineuses. Très directe, cette entrée en matière fait clairement le boulot et suscite l’adhésion du public : jolies constructions rythmiques, ça monte et se densifie, sonorités légères mais cependant quelque peu oppressantes, qui submergent l’auditorium où trônent des projections de paysages maritimes ou célestes couleur sépia.
Sur scène, Janus Rasmussen a clairement la volonté de faire bouger le public et Ólafur Arnalds semble prendre plaisir dans ce nouveau rôle et ce surprenant projet récréatif. Le propos monte peu à peu en intensité tout en demeurant subtil et propre, et les comparses conduisent l’assistance, que l’on sent conquise, à terminer debout.

Découverte avec le titre Burnt extrait du premier album de Kiasmos qui sortira le 27 octobre.

On avait déjà pu voir Nils Frahm ici même il y a trois ans, et on retrouve avec grand plaisir ce jeune et talentueux pianiste. Il nous surprend d’entrée avec une douce pièce minimal dub, et finira dans le même registre purement électronique tout à fait gouleyant, avec rythmes lents et sourds, tapis de notes claires en suspension et nappes spatiales. Loquace, il nous gratifie d’une interprétation très réussie de Says, extrait de son dernier opus Spaces. Relayée par une prégnante et progressive reprise du gimmick mélodique, qu’il monte en boucle aux machines pour s’attaquer au piano à queue, la pièce s’avère un régal.

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Nils Frahm

La scène est en effet occupée par trois claviers, dont un piano vintage qui fait ici, nous apprend-il, sa toute première apparition. Nils Frahm sera rejoint au tiers du set par Ólafur Arnalds, avec lequel il a collaboré sur disque, qui prendra brièvement mais efficacement possession de l’engin pour un surprenant dialogue à quatre mains, trois claviers et toujours cette bonne dose d’humour qui rend l’Allemand si sympathique. Après une brève pièce de piano solo, le propos se complexifie et Nils Frahm prolonge son set au delà du temps imparti en frappant le corps du piano avec des brosses de toilettes. Il enchaîne cette partie rythmique avec le superbe More qui servira de conclusion à un set varié, extrêmement maîtrisé, mais un peu décousu.

On file ensuite dans la salle Terarken mais cet enchainement vaudra un petit bémol sur l’organisation puisqu’il n’était pas toujours simple de rejoindre cette salle vu les embouteillages causés par le contingentement à l’entrée. Pour couronner le tout, vu les prolongations de Nils Frahm, le set de Tim Hecker est déjà bien entamé. On essayera de se faufiler dans les premiers rangs d’une salle plongée dans le noir et dans des nappes abstraites. On est un peu surpris par ce nouveau Tim Hecker qui la joue ambient feutrée, tendance étouffante à l’image de la chaleur qui règne ici, mais jouée à un niveau sonore qui nous rapproche de la noise.
Les conditions sont loin d’être idéales, et les 10mn que l’on verra ne nous permettront pas de nous plonger pleinement dans ce set que l’on aurait préféré voir programmé dans la grande salle.

Le temps de reconfigurer la petite scène et c’est au tour du très attendu Ben Frost qui ne déçut pas malgré l’inconfort suffocant du Terarken. Il procura d’entrée de jeu des sensations directement physiques, avec infrabasses et textures sourdes, pesantes et grinçantes. Une étrange épopée nous emporte au gré d’agencements inspirés, dénués d’effets faciles et de radicalisme outrancier. Déflagrations, chuintements, l’offre est abrupte et quelque peu complexe mais, si l’on accepte d’y pénétrer, le résultat impressionne. Grâce au jeu de batterie électronique de son comparse, une envoûtante pièce sépulcrale métronomique s’installe, achevant de nous convaincre.
À l’image d’Olafur Arnalds qui avait rejoint Nils Frahm, Tim Hecker nous fait la surprise de réapparaître sur scène en fin de set pour un tubesque Nolan. Brillant.

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Mondkopf

Partageant le même univers sonore, la prestation de Mondkopf fut tout aussi percutante. Un concert dont on attendait beaucoup mais qui étonnamment se déroula dans une salle relativement clairsemée par comparaison aux premiers concerts de la soirée. Ici encore en duo, le Toulousain nous a très vite charmé avec ses ambiances soignées, délicieusement torturées et oppressantes. Ponctuant une première soirée d’une tonalité globalement sombre, il assène de lents roulements qui vous plaquent contre un mur et forcent à l’introspection salvatrice. Augmentant rapidement en intensité, ce qui conduit quelques spectateurs à se lever, le set se décline en tirs de roquettes sonores zébrant les tapis glaçants sous-jacents.
Il nous surprendra même en intégrant sa voix sous forme de chœurs, ajoutant une petite dose de mélancolie, oscillant toujours entre douceur, noirceur et violence. On s’abandonne en ténébreuse volupté à cette proposition d’une étonnante maturité, que l’on verrait bien sur des labels tels que Hymen ou Ant-Zen, et qui fut à juste titre encensée. Seul regret, le set un peu court (45 minutes), mais un joli final à cette première soirée.

Fabrice ALLARD, Gilles Genicot
le 30/09/2014

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