BAM Festival : Nonotak / Vitalic / Riley Reinhold / Dominik Eulberg

 date du concert

03/10/2014

 salle

Le Cadran,
Liège

 tags

BAM Festival / Dominik Eulberg / Le Cadran / Nonotak / Riley Reinhold / Vitalic

 liens

Le Cadran
Nonotak
Vitalic
Dominik Eulberg
BAM Festival
Riley Reinhold

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Une bien intéressante initiative que cette première édition du BAM Electronik art festival, centré sur les arts numériques et qui a permis aux professionnels ou au public curieux de profiter d’un panel d’activités et d’apprécier le travail d’une dizaine d’artistes actifs dans le secteur de la culture numérique. Outre une exposition, trois conférences et un workshop permettant de se familiariser à deux logiciels de mapping, il s’agissait surtout de découvrir cinq performances, gratuitement, dans les locaux de l’Académie des beaux-arts de Liège. Nous n’avons malheureusement pas pu nous libérer pour assister à celles de CENC, L.S.D., Refraction Labs et 1024 Architecture (un spectacle visuel dont on nous a dit le plus grand bien).

La grande soirée de clôture a débuté par une performance captivante de Nonotak, duo composé de l’artiste et illustrateur Noemi Schipfer et de l’architecte et musicien Takami Nakamoto, que l’on retrouvera plus tard en solo. Ils nous ont présenté leur dernière création, Late Speculation, décrite comme explorant la relation entre espace, image et son et permettant au duo de s’engager dans des représentations live en partie improvisées, où les éléments audiovisuels ne tournent plus en boucle, mais sont plutôt ajustés sur le moment même. Prenant place face à face autour de leurs machines, dans un triangle transparent dont d’impeccables projections en lignes et formes géométriques épousent la forme, les comparses proposent un son assez dur et oppressant, à coloration indus et technoïde. Ils procurent une sensation d’encerclement dans de livides segments, puis dans un foisonnement rectiligne, avec des sonorités hachées, fracturées, mi-sourdes mi-crissantes, mais élégantes et maîtrisées. La scénographie conjuguant ce fameux triangle scénique et les projections dont il est le support est exploitée avec grande pertinence. On reçoit avec délectation ces craquements et simili-mélodies, avant qu’un schéma sonore lancinant et itératif prenne le dessus. Cela s’avéra plus qu’une mise en bouche : le meilleur moment de la soirée.

Cap ensuite vers le Cadran, grande salle classieuse hébergeant soirées et événementiel récemment aménagée en sous-sol en plein centre de la ville et comportant trois espaces, tous accessibles ce soir : le Cadran lui-même, le Studio 22 et la Rotonde. On ne s’attardera guère dans les deux derniers, les divers DJ animant le Studio 22 n’étant pas adeptes du style que nous apprécions et qui occupe ces pages. La soirée se présentait centrée sur l’excellent label de Cologne Traum, mais ne le fut pas complètement puisque Microtrauma, pourtant annoncé, n’était pas présent. Elle commença joliment avec les lives audio/vidéo d’Emiko et Takami Nakamoto. Emilia Gumanska, tout d’abord, prit place avec un assez grand retard sur l’horaire prévu, qui sera quelque peu rattrapé ensuite. Intrigantes projections couplant et juxtaposant silhouettes humaines et éléments graphiques symboliques, et agréable déclinaison de motifs électroniques souples, doux mais puissants. Pour suivre, Steve Buchanan nous gratifia d’une étonnante et brève démonstration, à même le sol, d’une plaque podale de laquelle il extrait, en la martelant et la piétinant, des motifs métallo-tribaux. Takami Nakamoto proposa ensuite un set intéressant mais quelque peu répétitif et décousu, fait de cut-ups foisonnants et bien agencés mais sans véritable ligne de conduite. On embraya sur une brève performance (Okus Cie) dont le résultat sonore était semblable et qui ne nous laissa guère de souvenirs.

Ce fut ensuite l’heure de la star du soir, dont l’identité n’était pas révélée, la programmation indiquant jusqu’au soir même "big surprise guest". C’est Vitalic qui eut à ce titre l’insigne honneur de fouler à nouveau le sol liégeois, trois mois après une prestation singulièrement puissante aux Ardentes. Le gros du public - qui n’était plus très arty ni très sage, à cette heure - était clairement venu pour lui et le Français a ravi une bonne partie de l’assistance, et décontenancé voire rebuté une autre frange de celle-ci, dont votre serviteur, avec un set live (ou plutôt semi-live) très bourrin et passablement ennuyeux. On prend patience jusqu’à l’arrivée, à 2h passées, du vétéran Riley Reinhold, co-fondateur du label Traum. Les choses s’améliorent, mais en partie seulement, avec un mix délivrant des rouleaux secs et de bonne facture mais trop peu mélodiques à notre goût, alors que c’est pourtant la marque de fabrique du label. On apprécie, mais modérément, d’autant que l’homme abuse des effets de table, ce qui finit vite par lasser. Il faut attendre la fin du set pour recevoir l’aumône de quelques belles pièces - dont au moins une perle, c’est toujours ça de pris - comme on en trouve sur les compilations Tour de Traum, et comme on aurait aimé en avoir davantage ce soir.

Arrive enfin - il est près de 3h30 - l’autre star du soir, hôte attitré du même label : mais Dominik Eulberg, que nous entendions pour la deuxième fois en DJ set, n’affiche décidément pas la même inspiration dans cet exercice que dans ses très recommandables travaux discographiques. A nouveau du bon gros son sans fioritures, aspérités ni inspiration, avec beats sans âme et montées aiguës récurrentes qui deviennent pénibles à nos oreilles. Nous laissons donc là le Cadran, toujours bien rempli, et repartons avec un sentiment mitigé : assurément une très intéressante initiative que ce festival et la chance qu’il donne de découvrir le travail d’artistes confidentiels et originaux, mais on attendait une soirée de clôture plus subtile et ressemblant moins aux rendez-vous techno habituels. A l’an prochain ?

Gilles Genicot
le 07/10/2014

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