Bozar Electronic Arts Festival 2014 : Robert Henke / Thomas Ankersmit / Phill Niblock / Ictus / Max Cooper / Fuck Buttons / Lumisokea / Young Echo

 date du concert

27/09/2014

 salle

Bozar,
Bruxelles

 tags

Bozar / Bozar Electronic Arts Festival 2014 / Cédric Dambrain / Fuck Buttons / Lumisokea / Max Cooper / Monolake / Phill Niblock / Robert Henke / Thomas Ankersmit

 liens

Monolake
Phill Niblock
Robert Henke
Thomas Ankersmit
Bozar
Bozar Electronic Arts Festival 2014
Fuck Buttons
Lumisokea
Max Cooper
Cédric Dambrain

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Nous voici de retour au Bozar pour cette deuxième soirée de concerts avec notamment les très attendus Robert Henke et Max Cooper, quelques valeurs sûres telles que Thomas Ankersmit et Phill Niblock, et des découvertes avec le projet de Ictus et Cédric Dambrain ou encore Lumisokea que passeront par Paris en novembre à l’occasion du Transient Festival.

On arrivera tout juste à l’heure sur place, mais on trouvera la salle finalement assez peu remplie en comparaison à la veille, à croire que la programmation du jour a moins inspiré les spectateurs. On en profite donc pour prendre la meilleure place possible, petit message d’avertissement sur l’interdiction de filmer ou de prendre des photos pendant la séance et la salle Henry Le Boeuf sombre dans le noir.
En fond de scène, rien d’autre qu’un énorme écran. Il est vrai que sur le programme ce premier set de la soirée est classé dans les "performances et projections" et pas dans les concerts. Aussi Robert Henke est à la console, au milieu de la salle pour nous présenter Lumière. Les premières notes se font entendre, d’une électronique pure et minimaliste, tonalités synthétiques et drones dessinant une ambient abstraite. En phase avec ces sonorités, des formes géométriques évoluent à l’écran, dessinées par plusieurs faisceaux laser. On pensera d’ailleurs à une autre technologie car le rendu visuel est assez différent de ce que l’on a pu voir jusque là. Certes les dessins sont fins, précis, mais la lumière n’est pas répartie uniformément, les angles des carrés par exemple sont extrêmement lumineux par comparaison aux côtés.

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Robert Henke et la salle Henry le Boeuf (fin de set)

Rapidement l’ensemble se fait hypnotique, envoutant, et on discernera même une certaine poésie dans ces abstractions géométriques quand elles s’accordent avec une nappe ample et profonde. Difficile de dire combien de temps durera cette introduction, mais bientôt quelques glitchs, cliquetis et basses esquissent une rythmique et les formes géométriques s’emballent et se font plus complexes. Cela fonctionne toujours, mais c’est aussi beaucoup plus classique et sur la longueur on trouvera que l’Allemand peinait un peu à se renouveler. On réalisera aussi que se placer dans les premiers rangs n’était peut-être pas la meilleure idée : très proche de l’écran, on perdait le dessin des faisceaux dans les volutes de fumigènes qui doivent apporter un certain relief à ces projections.
Cela restera toutefois l’un de nos sets préférés du festival.

On passe ensuite dans la salle Terarken, et vu l’expérience de la veille, on y va un peu a reculons. La configuration des lieux a complètement changé puisque l’on trouve Thomas Ankersmit et Phill Niblock assis à une grande table au milieu de la salle. A notre arrivée ils semblent peaufiner les derniers réglages, puis Phill Niblock quitte les lieux laissant le Néerlandais seul. Petite déception donc alors que la programmation laissait présager d’une collaboration entre les deux hommes.
Ankersmit joue donc seul derrière son synthé modulaire et laptop. Il tripatouille ses câbles dans tous les sens pour produire une musique d’abord très aride, très certainement improvisée, abstraite et limite bruitiste dans de grands élans de crissements stridents. Et puis brutalement il choisit l’apaisement, tantôt sous forme de drone, tantôt via des tonalités électroniques épurées. Par deux fois il alternera entre les deux styles, conférant à son set un aspect un peu décousu tout en nous laissant un peu sur notre faim.
Car en effet le Néerlandais quitte sa place et Phill Niblock prend le relais. On ne le verra pas vraiment jouer mais on l’imaginait les yeux rivés derrière l’écran de son laptop. Aussi notre regard se portera plutôt sur la projection simultanée de deux films dont l’Américain est également l’auteur. Très vite on se rendra compte que la performance à venir nous est déjà connue puisqu’il s’agit de films extraits de la série The Movement of People Working que l’on avait vus aux Instants Chavirés deux ans plus tôt justement aux côtés de... Thomas Ankersmit. Des travailleurs qui effectuent des tâches ancestrales s’opposent à des drones faussement linéaires, c’est joli mais on reste un peu dubitatif quant à la pertinence de ce type de "concert".

Retour dans la salle Henry Le Boeuf pour les uns, et petite virée dans le studio pour les autres où vont se produire Cédric Dambrain et Gerrit Nulens de l’ensemble Ictus. On était très curieux de voir ce projet autour d’un percussionniste et de l’étrange machine de Cédric Dambrain, composée notamment de capteurs de mouvements. Le jeune homme a les mains attachés à deux "pads", eux-mêmes reliés à une structure métallique par des bras articulés. En bougeant ses bras et en tapotant sur ces pads comme sur les touches d’un clavier, le Belge produit des sons tout en les modulant, les faisant tournoyer. D’autres capteurs sont apparemment activés au niveau des pieds ce qui conférait au dispositif scénique une image de duel entre deux batteurs.
Pas d’introduction, le set démarre dans le dur avec une rythmique sèche et des sonorités électroniques virevoltantes. On ne comprend pas trop ce qui nous arrive, ne nous attendant pas du tout à ce type de musique que l’on comparera à une techno assez "rentre dedans". Le public est confortablement assis dans les sièges du Studio, il y a un certain décalage entre notre situation et la musique produite, par ailleurs très répétitive. Petit à petit quelques variations feront leur apparition, la musique se fera moins répétitive et le batteur en particulier adopte différentes techniques de jeu. Le set est très court, moins de 30mn, mais on s’en lasse assez rapidement. D’ailleurs on envisage de quitter la salle mais alors que l’idée nous vient à l’esprit, les deux hommes mettent fin à leur set.

On bifurque donc vers la salle Henry Le Boeuf où il demeure aisément possible de s’arroger de bonnes places, pour partir en voyage avec Max Cooper. Un voyage attendu avec impatience, l’Anglais ayant sorti depuis plusieurs années d’excellents EP, bien que son premier album enfin apparu cette année se révèle un brin décevant, notamment en raison de trop nombreux featuring superflus. Nous entamons le périple par une longue pièce ambient, apaisants sons profonds sur lentes images cosmiques, et après 10 minutes, on décolle. Enivrantes mélodies superposées, clarté, précision, profondeur et netteté des nappes et grappes de notes agencées avec grand soin, rythmique bien ciselée qui n’engloutit pas le propos, impeccables projections et conditions sonores parfaites : la maestria du Londonien met tout le monde d’accord. Alternant pièces enjouées et dansantes et respirations plus calmes, installant des structures abruptes mais soyeuses, déployant les textures à la fois claires, détachées, foisonnantes et granuleuses qui font sa marque de fabrique, le set est de toute beauté. Le plaisir faiblit toutefois quelque peu dans son dernier tiers (la seconde moitié étant centrée sur son album, plus aseptisé que ses travaux antérieurs), où il se laisse aller à des passages en demi-teinte et offre l’un ou l’autre titre qui, sans être médiocres, sont plus ternes et emportent moins. Qu’importe, subsiste le plaisir d’un concert superbe, l’un des grands moments du festival.

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Vue sur la salle Terarken durant le set de Young Echo

Le (très) nombreux collectif de Bristol Young Echo, qui prend place au Terarken pour 3 heures d’un DJ set assez décousu et peu probant à ce qu’on a pu en entendre, ne nous retient pas, bien que leur album Nexus paru l’an dernier soit parfaitement écoutable. On revient à l’auditorium et on s’installe pour un autre grand moment, la prestation du duo Fuck Buttons. A vrai dire, il faut ici confesser une divergence de vues entre vos serviteurs, l’un de nous ayant trouvé cela insupportable tandis que l’autre, conquis d’avance, a largement apprécié. Face à face et sur fond de projections d’un négatif de leurs silhouettes sur des motifs colorés, le duo, lui aussi originaire de Bristol, fait directement se lever une bonne partie de l’assistance. C’est parti pour une heure et six longues pièces tribal-psyché-électro-postrock percutantes, à commencer par un Brainfreeze de fort bon augure. Une expérience à vivre en live, au même titre par exemple que The Field qui procure le même genre de sensations. Une proposition à part, un son bien à eux, qui séduit et galvanise d’emblée. Le set se termine en apothéose avec une pièce charpentée autour d’un beat techno imparable zébré de coups de canif lancinants, puis Hidden XS, l’autre titre phare du dernier opus Slow Focus, tout en finesse mélodique progressive saturée avec classe, sur lequel un flamboyant trip physique et mental s’achève. Respect.

On terminera le voyage au Studio avec le duo belgo-italien Lumisokea que l’on était assez curieux de découvrir en live après en avoir vu quelques extraits sur le net. C’est donc dans le cocon de cette salle et dans l’obscurité complète que l’on terminera le festival. Sur scène les deux hommes sont affairés sur leurs machines, avec de part et d’autre deux projecteurs produisant de fins faisceaux lumineux balayent lentement l’assistance. Très lentement même, à l’image de la musique à dominante ambient, avec parfois des sonorités assez brutes. Le mélange est original, séduisant, et fonctionne plutôt bien même s’il peut lasser sur la longueur.

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Lumisokea

Petit à petit la musique gagne en puissance, tout en laissant une place importante au silence... entre deux basses sourdes. Et quand le tempo accélère un peu, les loupiotes imperturbables continuent leur ballet, lent et hypnotique. Un très joli set que l’on trouvera un peu long mais qui nous permettra de regagner le calme en clôturant ce festival sur une très bonne note.

Fabrice ALLARD, Gilles Genicot
le 06/10/2014

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