By Heart

 auteur

Tiago Rodrigues

 metteur en scène

Tiago Rodrigues

 date

du 03/11/2014 au 14/11/2014

 salle

Théâtre de la Bastille,
Paris

 appréciation
 tags

Théâtre de la Bastille / Tiago Rodrigues

 liens

Théâtre de la Bastille

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Notre scepticisme face aux performances nous accompagnait au moment de nous asseoir dans la salle du haut du Théâtre de la Bastille (lieu, d’ailleurs, où nous avions connu quelques déconvenues, par le passé, dans ce genre théâtral). Trop souvent, en effet, l’aspect participatif et foutraque de la performance nous paraît prendre le dessus sur le propos lui-même. Placé sous une forte tutelle littéraire (des cageots de livres sont disposés sur le front de scène), By Heart s’écarte assez rapidement de ces écueils, notamment grâce à l’humour que Tiago Rodrigues y distille.

L’objectif de la représentation est de faire apprendre « par cœur » (« by heart ») un sonnet de quatorze verts de Shakespeare à un groupe de volontaires. Après avoir avoué être « un peu allergique au théâtre interactif » et invité dix spectateurs à le rejoindre sur le plateau (les dix chaises trouvèrent, le soir où nous y étions, rapidement preneurs), le Portugais alterne phases d’apprentissage et récit mêlant l’histoire de sa grand-mère, avide de lectures, et références à des philosophes ou auteurs du XXe siècle (George Steiner, Ray Bradbury, Boris Pasternak, Ossip Mandelstam). Dans ce récit, il cherche des échos et renvois à son développement sur l’instruction, opérant notamment une distinction entre « By heart » et « By brain » dans la manière dont il convient d’apprendre un texte. De même, convoquant Fahrenheit 451 (aussi bien le roman que le film), il assimile les dix spectateurs aux résistants qui ingèrent les livres menacés de disparition.

Assez touffu (nonobstant quelques adjuvants permettant de figurer telle ou telle personne dont il est question), ce volet du spectacle se trouve donc entrecoupé de passages dans lesquels Tiago Rodrigues se fait pleinement pédagogue. Afin d’enseigner aux volontaires le sonnet shakespearien, il procède en découpant chaque vers pour une assimilation progressive : « Quand je fais », « Quand je fais comparoir », « Quand je fais comparoir les images passées », etc… Très concentrés, s’entraidant volontiers, les dix spectateurs peuvent même être relayés par le reste du public resté en salle (« vous pouvez apprendre vous aussi, mais je vous demande de ne pas déranger les professionnels » avertit néanmoins Rodrigues) jusqu’à un final très émouvant où le sonnet est récité dans son intégralité.

François Bousquet
le 09/11/2014

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