Inside

 date

du 20/10/2014 au 11/01/2015

 salle

Palais de Tokyo,
Paris

 appréciation
 tags

Bruce Nauman / Christophe Berdaguer et Marie Péjus / Dove Allouche / Eva Jospin / Ion Grigorescu / Mark Manders / Palais de Tokyo / Ryan Gander / Stéphane Thidet

 liens

Palais de Tokyo

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Aller chercher au plus profond du spectateur, révéler ce qui est caché, travailler sur ce qui ne peut être montré sont des préoccupations régulièrement suivies par les plasticiens et la scène contemporaine n’y fait pas exception. Afin de concentrer une quarantaine d’œuvres opérant dans ce champ thématique, le Palais de Tokyo propose Inside, vaste exposition collective s’étendant sur deux niveaux du bâtiment. Nous faisant prendre divers couloirs, escaliers et passages entre deux salles, le parcours se veut également un voyage à l’intérieur même du Palais de Tokyo dont, deux ans et demi après la réouverture post-travaux, on n’arrive toujours pas à maîtriser le plan (peu aidé par le court dépliant distribué au public, à la lisibilité perfectible).

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Mike Nelson - Studio Apparatus for Palais de Tokyo ou The Exorcism
(courtesy Palais de Tokyo)

Alors qu’on s’imaginait pouvoir véritablement pénétrer les œuvres, un sentiment de frustration prédomine au départ puisque la forêt d’Eva Jospin n’est pas réellement franchie (il s’agit de deux cimaises à côté desquelles on passe), le faux miroir de Marcius Galan ne peut être traversé et la sculpture habitable d’Abraham Poincheval est réservée à l’artiste. Passée cette immersion relative, il faut attendre le grand, quoiqu’un peu paresseux, volume de Peter Buggenhout (ramassis de poutrelles, planches de bois, plaques de tôles ondulées) pour pouvoir faire soi-même une expérience introspective, se plongeant dans l’œuvre comme, plus loin, dans l’enfilade de cellules de Mark Manders, la construction de béton de Mike Nelson ou bien la pièce de Valia Fetisov (si on arrive à y rentrer, puisqu’une seule personne à la fois peut y pénétrer et qu’il y a foule…).

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Stéphane Tidet - Le Refuge (détail)
(courtesy Palais de Tokyo)

Dans ces deux dernières créations, la sortie pose problème : multiplication d’impasses chez Nelson et nécessaire résolution d’une énigme pour ouvrir la porte chez Fetisov. À force de ne pas trouver la sortie, comme à force d’introspection du reste, la schizophrénie, ou autre forme d’aliénation, n’est pas loin. Ainsi, dans la vidéo Boxing, Ion Grigorescu se bat contre lui-même tandis que la voix de Bruce Nauman nous répète : Get Out of my Mind, Get Out of This Room. Pour que le spectateur soit encore plus bousculé, le rapport intérieur/extérieur peut aussi être inversé : Le Refuge de Stéphane Tidet est une maison dans laquelle il pleut alors que ses alentours sont au sec, Burn de Reynold Reynolds & Patrick Jolley voit une maison brûler sans que ses habitants ne réagissent véritablement.

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Christophe Berdaguer & Marie Péjus - C.28 (détail)
(courtesy Palais de Tokyo)

À côté de ces propositions, la majeure partie des intervenants s’attache donc à ce qui est sombre ou caché et à essayer de matérialiser cet invisible, qu’il s’agisse de la séparation des eaux et de la terre dans la Bible (Marc Couturier), de l’action de champignons microscopiques (Dove Allouche), de la retranscription en dessins de pensées intimes (Ataru Sato) ou en sculptures de représentations d’arbres (Christophe Berdaguer & Marie Péjus), ou encore du déroulement d’une pellicule 16mm, mis au jour par Tunga. Il s’agit donc de s’intéresser à ce qui est caché, d’aller le débusquer là où il est enfoui pour le mettre en pleine lumière ou bien pour, à l’inverse, le laisser dissimuler mais présenter en majesté cette dissimulation comme le fait Ryan Gander avec ses cabanes d’enfant qu’on croirait être de draps et de chaises alors qu’elles sont de marbre.

François Bousquet
le 08/01/2015

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