Retour à Reims

 auteur

Didier Éribon

 metteur en scène

Laurent Hatat

 date

du 03/02/2015 au 22/02/2015

 salle

Maison des Métallos,
Paris

 appréciation
 tags

Didier Éribon / Maison des Métallos

 dans la même rubrique
du 05/11/2016 au 26/11/2016
La Nuit des Taupes
(Théâtre des Amandiers)
du 15/09/2016 au 08/10/2016
Il faut beaucoup aimer les Hommes
(Théâtre Ouvert)
du 21/09/2016 au 08/10/2016
Nobody
(Théâtre Monfort)
du 10/05/2016 au 04/06/2016
Je suis Fassbinder
(Théâtre de la Colline)

Publié en 2009, Retour à Reims était revenu dans l’actualité l’an passé, au moment de la parution d’En finir avec Eddie Bellegueule, roman qui assumait sa filiation avec l’essai de Didier Éribon. Si le livre d’Édouard Louis narrait la manière dont le héros quittait, au moment de son coming out, sa province natale pour venir à Paris, Retour à Reims fait le chemin inverse lorsque son protagoniste apprend le décès de son père qu’il n’a plus revu depuis des années. Mis au ban familial du fait de son homosexualité, Éribon quitta Reims dans sa jeunesse pour s’installer à Paris, coupa alors les ponts avec son milieu d’origine puisque « pour [s’]inventer, [il] devai[t] avant tout [s]e dissocier ».

C’est donc une confrontation avec sa mère qui se joue sur scène, Laurent Hatat ayant opté pour cette forme de dialogue, habile façon de transposer sur le plateau le texte initial. Revenir dans sa ville d’enfance, se retrouver plongé dans cette atmosphère qu’il a quittée entraîne le héros à effectuer « un retour sur soi et un retour à soi ». Meurtri par les mots de ses parents sur son homosexualité (« les gens comme toi », « anormal », « bizarre »), les quolibets de son frère aîné et le rejet de son entourage, il s’en était allé pour construire son identité sociale et son identité sexuelle. Reprenant le fil de sa mémoire au travers de vieilles photos ou de l’évocation de souvenirs, Didier en vient également, en sociologue qu’il est devenu, à porter un regard scientifique sur sa famille.

Tenant la déscolarisation comme facteur principal de la non-élévation sociale de ses proches (ses frères ont quitté l’école autour de 16 ans, pour devenir apprenti boucher ou ouvrier), il mesure la chance qu’il a eu de pouvoir pousser plus loin ses études, en même temps qu’il fait le reproche à sa mère de ne pas avoir insisté quand ses frères ont fait état de leur ennui en classe. Prenant un tour plus politique, explorant les ravages du déterminisme social, le dialogue l’amène à prendre conscience que la classe ouvrière s’est éloignée de la gauche pour venir grossir les rangs des électeurs FN. Son constat du fait que la division en classes a été remplacée par la division raciste peut sembler un peu rapide (il existe, de fait, des racistes dans les classes populaires comme dans les couches aisées, à droite comme à gauche), son analyse du délaissement des masses ouvrières par la gauche, à partir de 1981, se montre davantage pertinent.

Si l’incapacité de la gauche à mobiliser le milieu ouvrier constitue bien une des raisons du déplacement de son vote vers l’extrême-droite, les autres raisons de la progression du FN (dimension attrape-tout et populiste du discours, caractère séducteur d’un parti qui ne s’est jamais trouvé aux responsabilités, déconsidération de la classe politique républicaine dans son ensemble, abandon des utopies communistes avec la chute des régimes de l’est…) sont passées sous silence. Comme il ne s’agit pas d’un ouvrage, et d’un spectacle, précisément sur ce sujet, le reproche ne peut lui être fait sur la durée et on préfèrera alors retenir l’émotion née de la prise de conscience du protagoniste principal.

François Bousquet
le 17/02/2015

À lire également

du 14/07/2011 au 23/07/2011
Flesh And Blood &
(Maison des Métallos)
25/01/2003
Fennesz - Patrick Pulsing
(Maison des Métallos)
du 03/06/2014 au 07/06/2014
Du Coq à Lasne
(Maison des Métallos)
09/11/2002
Festival ConneXe 02 (...)
(Maison des Métallos)