Les Ratés

 auteur

Natacha de Pontcharra

 metteur en scène

Fanny Malterre

 date

du 04/02/2015 au 21/03/2015

 salle

Lucernaire,
Paris

 appréciation
 tags

Lucernaire / Natacha de Pontcharra

 liens

Lucernaire

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Adepte de la présentation de petites formes, le Lucernaire s’avère assurément le théâtre idéal pour créer des pièces courtes et légères dans leur économie, même si leur propos se veut assurément plus dense. Avec ses salles étroites aux faibles jauges et la proximité entre publics qu’induit ce lieu (à la fois théâtre, cinéma, librairie, restaurant et espace d’exposition), le Lucernaire perpétue ainsi ce rôle défricheur qui nous conduit, cette fois-ci, à rendre compte d’une pièce de Natacha de Pontcharra, présentée au Off d’Avignon en 2013.

Attachée à l’histoire de deux jumeaux, Jeff et Jeffy, littéralement affublés d’une tête de rat, la dramaturgie les voit narrer leur existence : naissance, brimades dans la cour d’école (ils sont obligés de porter des cagoules), moqueries des camarades (qui les cantonnent au rang de remplaçants pendant les parties de foot), première expérience professionnelle avant de terminer comme magasinier en fruits et légumes sur le parking de l’hypermarché local. Féroce, l’écriture de Pontcharra confronte les frères à leur père, fataliste et démuni, ne lâchant que quelques bribes de phrases au milieu du récit des jumeaux ou les serrant dans ses bras pour les réconforter (bien que les qualifiant d’« accident génétique »).

Afin de travailler encore davantage sur le malaise des spectateurs vis-à-vis de ces trajectoires, la mise en scène de Fanny Malterre joue sur la frontalité en installant les trois personnages sur des tabourets face public (le père au centre, les jumeaux de part et d’autre), les comédiens s’adressant directement aux rangées et réservant de longues plages de silence pendant lesquelles ils les regardent fixement. Efficace dans sa constitution d’une forme de gêne, cette mise en espace ne vient malheureusement pas contrebalancer les grandes faiblesses manifestées par les dialogues. Jeu sur le langage, zeugmas, appel au double sens des mots servent ainsi ad nauseam de technique d’échanges entre les personnages, révélant une mécanique répétée, réitérée et renouvelée, tant qu’elle en devient prévisible et lassante.

« Les cagoules, on n’en voulait plus/On en voulait à la terre entière », « Des filles, j’en ai tiré/J’ai tiré la voisine avec mon appareil grâce à mon zoom », « Au téléphone, on ne nous prend pas pour des hommes/Au téléphone, on ne nous prend pas », etc… Partant, même le moindre jeu de mots frise l’affliction : à propos de Zef, en charge de la sécurité de l’hypermarché : « Son père tenait un hôtel à la Porte d’Orléans/Non, son père tenait la porte d’un hôtel à Orléans ». À côté de ces tentatives, le texte n’évite pas quelques accès de symbolisme (au foot, les jumeaux sont réduits à rester en dehors du terrain sur lequel leurs camarades progressent ; la direction d’acteurs insiste sur l’animalité des frères, l’un deux se frottant à son père comme un chien, l’autre développant un visage sec et allongé), ni une forme de bienpensance politiquement correcte (« Même si son grand père se faisait traiter de "nègre", son père est quand même passé "homme de couleur"/Pour que Zef finalement devienne un "black"/Les choses ont bien progressé pour les noirs »).

Enfin, alors que la cruauté et la dimension de fable de l’ensemble nous paraissaient suffisamment assis, la chute du spectacle laisse penser que ni l’un, ni l’autre ne sont pleinement assumés, un déroulé final informant du sort des jumeaux, réinjectant du réel, d’une part, et rassurant tout le monde sur l’existence de la justice, d’autre part.

Autres dates :
-  24 mars 2015 : Théâtre Jacques Prévert - Aulnay-sous-Bois
-  28 avril 2015 : Théâtre AVEC - Alzonne
-  29 mai 2015 : Centre culturel Effel - Carvin

François Bousquet
le 15/03/2015