Boesman et Léna

 auteur

Athol Fugard

 metteur en scène

Philippe Adrien

 date

du 13/03/2015 au 12/04/2015

 salle

Théâtre de la Tempête,
Paris

 appréciation
 tags

Athol Fugard / Théâtre de la Tempête

 liens

Théâtre de la Tempête

 dans la même rubrique
du 21/09/2016 au 08/10/2016
Nobody
(Théâtre Monfort)
du 10/05/2016 au 04/06/2016
Je suis Fassbinder
(Théâtre de la Colline)
du 17/03/2016 au 03/04/2016
En Route – Kaddish
(Nouveau Théâtre de Montreuil)
du 16/03/2016 au 26/03/2016
L’Adversaire
(Théâtre Paris-Villette)

Chassés de leur habitation par le bulldozer de l’homme blanc (le « boss »), Boesman et Léna, deux Hottentots, errent de bidonville en bidonville, dans la fange sud-africaine, à la recherche d’un lieu qui semble n’exister que dans leur imagination. Au moment de se poser pour la nuit et de construire un taudis de fortune, le couple se voit rejoint par Outa, un vieux Bantou, à l’égard duquel leurs réactions divergent. Entre fable et propos plus politique, Athol Fugard s’attache à ces personnages dont la dimension archétypale n’est nullement niée et dont la lignée, à l’évidence, est à chercher dans une tradition beckettienne.

Unis dans leur périple et leur malheur, Boesman et Léna se reprochent mutuellement les mêmes choses (assouvissement au « boss », absence de réaction face à la fatalité, violence réciproque) mais ne peuvent, néanmoins, vivre séparément, ni se passer l’un de l’autre. Leurs monologues, leurs interrogations métaphysiques, leurs discours décousus, leurs récurrentes interpellations par leurs prénoms respectifs et la démarche un peu lunaire d’Outa font naturellement écho à des figures déjà croisées sur les plateaux de théâtre. Pour autant, Philippe Adrien s’évertue à ancrer la pièce en Afrique du Sud, recréant, avec peu d’accessoires au final, un terrain vague et des couleurs propres à ce pays.

Si l’écriture d’Athol Fugard se montre quelquefois un peu trop mécanique (Boesman reproduit, sur Léna, les humiliations que l’homme blanc lui inflige tandis que Léna trouve chez Outa une écoute que Boesman ne lui accorde plus), elle permet assurément de mettre en lumière les tensions raciales sud-africaines. De fait, par rapport à ce qu’on peut en connaître, éclate le fait que l’apartheid ne s’est pas uniquement installé entre blancs et noirs même si, comme le dit Léna : « Une nuit pareille, il n’y a pas de place pour l’apartheid ».

François Bousquet
le 30/03/2015