Présences Electronique 2015 - Pete Swanson / Antoine Chessex / Super Color Palunar / Vincent-Raphaël Carinola / Keith Fullerton Whitman / Ilhan Mimaroglu

 date du concert

06/03/2015

 salle

Le 104,
Paris

 tags

Festival Présences Electronique 2015 / INA / GRM / Jérôme Noetinger / Keith Fullerton Whitman / Le 104 / Pete Swanson

 liens

Keith Fullerton Whitman
INA / GRM
Le 104
Festival Présences Electronique 2015

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Onzième édition pour ce festival qui est devenu pour nous un rendez-vous régulier, sa programmation étant en parfaite harmonie avec notre ligne éditoriale. On remarquait toutefois que cette nouvelle édition se faisait un peu plus pointue, présentant un certain nombre d’artistes généralement moins habitués à occuper le devant de la scène. Avec un emploi particulièrement chargé ce week-end, nous ne fûmes pas en mesure de couvrir l’intégralité du festival, mais nous allons tout de même faire le tour de ces trois jours de festival via trois chroniques distinctes.

Nous étions présent durant toute la soirée du vendredi qui débutait à 19h avec Keith Fullerton Whitman. L’Américain était déjà invité en 2013. Il avait alors joué dans la grande salle et nous avait laissé sur notre faim avec un set extrêmement abstrait, triturant les câbles de ses synthés analogiques. Il jouait ce soir dans la salle 400, généralement plongée dans le noir et plus propice à l’introspection et on savait l’artiste capable de jouer dans des répertoires très différents. Aussi la performance qu’il donnait ce soir n’avait rien à voir avec son précédent passage à Présences Électronique. Démarrage en douceur avec des espèces de glissements un peu plaintifs qui servent d’introduction puis de fil rouge, de trame de fond, alors que petit à petit une multitude de sonorités viennent s’y poser. Le son devient dense, oppressant, plus abstrait lorsque l’artiste joue de frétillements de crissements en tout sens. Ceux-ci s’organisent progressivement et laissent place à un final mélodique et répétitif, à base de sonorités pures, légères et lumineuses, contrastant fortement avec le reste de la pièce. Un concert qui nous réconciliera donc avec Keith Fullerton Whitman.

Pour la seconde partie, Keith Fullerton Whitman resta sur scène afin d’interpréter Tract, une pièce d’İlhan Mimaroğlu, compositeur turc invité à Présences Électronique en 2012 et décédé la même année. Il s’agit d’une pièce de 35mn que l’artiste qualifiait d’agit-prop music avec une forte composante pop de part la présence de Tuly Sand à la voix (parlée, chantée) et du groupe pop Topsy Turvy Moon avec qui le Turc travailla à plusieurs reprises. Le résultat se rapproche d’une œuvre faite de collages musicaux, de textes de Karl Marx, Mao Tse Tung ou encore Bertold Brecht.
La pièce est fluide, mélodique et riche, son expérimentation se limitant à des accompagnements de bruitages variés et autres circonvolutions tonales.

Suite des festivités à 21h dans la Nef Curial avec Vincent-Raphaël Carinola pour l’ouverture, interprétant Cielo Vivo, une pièce d’une dizaine de minutes. D’abord très intense, particulièrement vive, celle-ci trouve petit à petit son rythme en s’attardant sur des oscillations de tonalités métalliques en perpétuelle évolution, parfois ponctuées de coups et de quelques voix aux intonations monstrueuses. Une pièce globalement douce, spatiale, bref une agréable découverte.

On enchaine avec Super Color Palunar, duo que l’on découvrait pour l’occasion composé de Lionel Palun et Jérôme Noetinger. Outre le fait que l’on n’avait jamais vu les deux hommes jouer ensemble, c’est le dispositif qui surprend ici, mêlant intimement musique et visuels. Les sonorités électroniques produites par Noetinger génèrent des ondes sur un moniteur, son comparse les mixe à des visuels déformés et y ajoute quelques interventions qui évoluent au gré d’un delay, passant par exemple ses mains entre le moniteur et la caméra qui envoie le tout en fond de scène.
De fait, l’ensemble est très brut, surtout dans un premier temps alors que l’on appréhende tout juste le dispositif et que la musique croise toute sorte d’abstractions telles que claquements, frétillements métalliques et déchirures électroniques. L’ensemble ne cesse d’évoluer, la musique s’enrichit, l’écran d’abord monochrome se fait bientôt plus coloré, jusqu’à trouver l’apaisement dans une longue tonalité continue, un drone puissant puis nasillard avant de revenir à quelques sonorités abstraites.

On connaissait Antoine Chessex de nom, très certainement pour l’avoir vu à l’affiche des Instants Chavirés ou de festivals de jazz, mais nous ne l’avions jamais vu en live ce qui nous laissait à penser qu’il ne jouait peut-être pas forcément dans nos domaines de prédilection. Débutant au saxophone de façon assez classique, son épuré et linéaire, il ajoutera petit à petit quelques strates, peut-être même des effets rendant l’instrument un peu moins reconnaissable et couvrant par la même l’ensemble du spectre sonore. Et puis au bout de 3mn, musique et attitude changent complètement puisque le déclenchement d’une pédale provoquera une distorsion qui ne nous quittera pas pendant la dizaine de minutes à venir. Jambes arquées, Antoine Chessex est en posture de rockeur et sort des riffs de guitare de son saxophone, jouant de glissements, mur sonore, et déchirures arides. Rock’n roll baby !!

Dernier volet de cette première soirée avec Pete Swanson, ex-moitié des Yellow Swans que l’on découvre sur scène et que l’on connait finalement assez mal. Notre a priori positif se confirme à l’écoute des premières notes, sortes de manipulations de cordes, entre sonorités acoustiques et triturations électroniques qui viennent petit à petit se brouiller. La musique d’abord claire se fait alors plus étouffante, un martèlement de basse donne le tempo et le musicien part finalement assez rapidement vers une approche plus industrielle. Les basses oscillantes et ronronnantes se font mécaniques et ne nous quitterons plus pendant le quart d’heure qui suit, à savoir jusqu’à la fin du concert. Seules quelques variations se font jour, léger changement de tempo, apparition de quelques sonorités monstrueuses, raclements et grincements métalliques, mais on restera visiblement en dehors de tout ça...

Fabrice ALLARD
le 10/05/2015

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