Schitz

 auteur

Hanokh Levin

 metteur en scène

David Strosberg

 date

du 24/03/2015 au 16/04/2015

 salle

Théâtre de la Bastille,
Paris

 appréciation
 tags

Hanokh Levin / Théâtre de la Bastille

 liens

Théâtre de la Bastille

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Nous sommes régulièrement peu tendres avec le théâtre quand il s’égare dans le grand-guignol ou la débauche de paroles crues. Pour autant, cette forme d’écriture peut s’avérer fort réjouissante et tout à fait loufoque, comme en témoigne la mise en scène de Schitz, pièce d’Hanokh Levin créée par une troupe néerlandaise, jouant en français. Alors que Schitz et sa femme désespèrent de voir leur fille, trentenaire, se marier et quitter le domicile parental, cette dernière croise enfin un jeune homme prêt à l’épouser, à condition que Schitz se déleste d’une partie de sa fortune et de ses biens.

Féroce, farcesque, vulgaire, outrancier, excessif, hyperbolique, toujours à la limite, le texte de Levin pourrait déranger ou paraître se moquer de ses personnages, mais, en vérité, il se fait particulièrement drôle et réjouissant de cruauté et de cynisme. Un passage comme la négociation du trousseau de la mariée se montre, à ce titre, hilarant : chantage affectif, mesquinerie réciproque de Schitz et du prétendant, petitesse des arguments, pingrerie, arrivisme et coups bas sont convoqués dans leur échange, tandis que la jeune femme supplie son père de lâcher quelques devises supplémentaires. En effet, dans la famille imaginée par Levin, tout se négocie, de l’amour à l’affection, en passant par la vie, la mort, le célibat et la mise en couple. Dans le même mouvement, les personnages souhaitent capitaliser sur tout, que ce soit Schitz avec le sommeil et le repos, ou bien le jeune homme qui profite de la guerre et des morts pour, effrontément, faire prospérer ses affaires.

Même si la mise en scène de David Strosberg a la volonté de ne pas trop surligner le propos (décor sobre, peu d’effets scénographiques), la direction d’acteurs les conduit à forcer le trait et en faire régulièrement des tonnes. Néanmoins, et bien qu’encore une fois, il ne s’agisse pas de notre genre de prédilection, l’ensemble fonctionne parfaitement et la mécanique tient impeccablement, entrecoupée de chansons (le jeune homme se mettant à la guitare, au cor, à l’accordéon ou au cajón). Difficilement localisable (Paris est évoqué, mais la « lire » est la monnaie échangée et l’armée omniprésente), l’action pourrait aussi bien se dérouler en France qu’en Italie ou Israël puisqu’assurément, les caractères ainsi croqués se révèlent être universels.

François Bousquet
le 07/04/2015

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