Innocence

 auteur

Dea Loher

 metteur en scène

Denis Marleau

 date

du 28/03/2015 au 01/07/2015

 salle

Comédie Française,
Paris

 appréciation
 tags

Comédie Française / Dea Loher

 liens

Comédie Française

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Si la salle Richelieu de la Comédie Française est principalement le lieu où se donnent pièces classiques et intemporelles, il arrive qu’une dramaturgie contemporaine vienne s’intégrer dans la saison. Le choix des auteurs est alors scruté attentivement, tant cette « entrée au répertoire » constitue une forme de consécration, a fortiori, comme c’est le cas avec Dea Loher, lorsque l’intéressée est encore en vie. Parmi les auteurs allemands ayant une quarantaine d’années, Loher n’est pas forcément la plus montée (même si son Manhattan Medea a connu plusieurs créations françaises) mais s’inscrit assurément dans cette volonté de dépeindre, avec âpreté, le réel et une certaine misère sociale.

Ainsi se trouve-t-on dans une ville portuaire bordant la Mer du Nord, face à une douzaine de personnages dont les trajectoires vont s’entremêler et générer des rencontres guidées par le fatum. Les destins de ces laissés pour compte (clandestins, strip-teaseuse aveugle), enferrés dans leurs solitudes contemporaines, vont alors s’entrechoquer dans une dynamique assez traditionnelle de ce que les écritures visuelles (cinéma, mini-séries) peuvent offrir. Rythmée en dix-neuf tableaux (dont les intitulés sont projetés aux murs, aux côtés de quelques indications dessinées de lieux, juste évoqués par des touches suggestives plutôt réussies), Innocence voit la mort être présente du début à la fin : meurtre, assassinat, suicides, enfant mort-né, salarié dans une entreprise de pompes funèbres, urnes recueillant les cendres… Dans un univers où plusieurs personnages se prennent pour Dieu et veulent arranger le monde à leur façon, le mysticisme tient aussi une place importante.

Pour structurer cette narration, l’écriture de Dea Loher se fait malheureusement un peu trop poseuse, voire prétentieuse, à l’image de cette volonté récurrente de faire dire aux protagonistes les didascalies et introductions aux dialogues (« c’est alors que Frau Zucker dit », précise un personnage juste avant que Frau Zucker ne prenne la parole). À l’écrit, et à la lecture, de telles lourdeurs ne gênent pas, mais transportées sur un plateau de théâtre, elles lestent un ensemble déjà pesant dans sa mécanique globale. De même, les soliloques d’une philosophe, sur la non-fiabilité du monde, plombent un récit qui n’évite également pas quelques facilités dans ses caractères : la strip-teaseuse aveugle au grand-cœur, la vieille philosophe acariâtre, la belle-mère qui exaspère sa famille, etc…

La mise en scène de Denis Marleau fait le choix de placer tout le temps tous les intervenants sur le plateau quasi-nu (quelques chaises et tables de hauteurs différentes), afin de mettre le spectateur qui ne s’en serait pas douté sur la voie de la rencontre inéluctable des personnages. Avec ce matériau, on ne sera pas surpris de trouver la distribution plutôt inégale, conservant principalement en mémoire les interprétations de Georgia Scalliet (l’aveugle Absolue) et Bakary Sangaré (Fadoul, l’un des deux clandestins).

François Bousquet
le 02/06/2015