Dominique Bassal

Poupées mathématiques

(empreintes DIGITALes / Metamkine)

 date de sortie

11/12/2014

 genre

Electronique

 style

Electroacoustique

 appréciation

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Poupées mathématiques (extrait)

 tags

Dominique Bassal / Electroacoustique / empreintes DIGITALes

 liens

empreintes DIGITALes
Dominique Bassal

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« Un sympathisant de gauche, qui éprouve un froid mépris envers les méthodes et idéologies actuelles de l’industrie, […] mais qui a aussi l’oreille qui regimbe à l’écoute des constructions sonores expérimentales et engagés de certains camarades. »

Et vlan ! C’est avec cette savate verbale que Dominique Bassal se présentait en décembre 2002, dans son écrit La pratique du mastering. Ingénieur du son reconnu pour son expertise unique en musique électroacoustique, c’est en tant que compositeur que Bassal lançait, en janvier 2014, son deuxième album sur l’étiquette montréalaise Empreintes digitales, la même étiquette pour laquelle il effectue la pratique délicate de « masteriser » les pièces des compositeurs depuis près de 15 ans. Ainsi, égalisation, correction de la dynamique, volume et autres traitements sont apportés afin de « normaliser » au possible l’écoute. De votre salon aux baffles de votre bagnole, la pièce sonnera « pareil ».

Avec 13 ans d’expérience et cinquante albums masterisés sous la cravate, Bassal a développé une opinion très critique des conditions d’écoutes et de la faible qualité de production des musiques électroacoustiques. Non seulement la qualité de production de cette musique n’a pas suivi les avancées observées dans la musique pop, mais en plus, le conformisme académique derrière sa réalisation en a fait un genre répudié par le grand public. C’est donc une véritable croisade idéologique et esthétique à laquelle se livre Bassal, une lutte au nom de laquelle il s’est détourné de l’esthétique purement acousmatique propre à son tout premier album Ubiquités (2009).

« Le second album Poupées mathématiques (2014) représente l’aboutissement d’énormément de questionnement de ma part sur la viabilité réelle de la musique électroacoustique. Pourquoi on fait ça ? Pour qui compose-t-on ? Sur le plan technique, il faut absolument trouver un format universel haute qualité qui rende justice au contenu, mais il faut également changer le contenu et sortir de notre tour d’ivoire. »

Pour la haute qualité, Bassal a donc choisi de rendre sa musique disponible grâce à un disque Blu-Ray, capable de contenir les 6 pièces de l’album à 96 kHz, 24 bit, et ce, en format stéréo, 5.1 et 7.1. Et pour l’esthétique choisie ?

« Il s’agit de rendre le tout plus attrayant pour l’ensemble des gens. Pour faire ça, et j’admets que le processus n’est pas tout à fait abouti, j’ai intégré plusieurs éléments de musique conventionnelle que je composais moi-même et que je modifiais afin qu’il y ait ce cadre mélodique au sein d’un univers électroacoustique. Il y a des bouts de mélodies et de séquences rythmiques en soutien à cette trame narrative qui évoque la science-fiction, les espaces éclatés, tout ce qu’on peut imaginer. »

À l’écoute, on trouve effectivement bien des choses que le compositeur promet. Chaque pièce est traversée par une panoplie d’instruments (carillon, ensemble de jazz et de cordes, violon, contrebasse et j’en passe) tout en étant drapée d’un tissu sonore, parfois enveloppant (merci à la version 7.1) parfois en trame de fond. Bien que le compositeur ait pris l’habitude d’écrire ses notes de programme après la composition, on tisse facilement les liens entre les titres et les univers qu’ils créent. Dans « Choraal », un halo de voix désincarnées jaillissent et s’élancent en pétillant, et tout cela semble d’une terrible beauté. Il y a également un jeu important sur les clichés : « La main visible » est un égarement dans le jazz d’une Noir York City ou du film Birdman, « Babylone les regrets » est ouvertement une parodie des films américains kitsch aux gros violons et même « Broto et sa z’complice » est en référence aux vieux films de science-fiction avec ses sonorités plus datées.

Avec cet à-cheval entre musiques acousmatique et instrumentale, plusieurs questions se posent, notamment par rapport à la prochaine direction à prendre. Le compositeur le dit lui-même, il s’agit d’une démarche temporaire, et il souhaiterait que le côté avenant et ouvert de sa musique soit généré par autre chose que des mélodies. En effet, certaines mélodies pourraient être plus recherchées, et les élans acousmatiques volent parfois la vedette par leur force et leur caractère magistral. S’il est vrai que de faire l’équivalence entre accessibilité et mélodie peut sembler naïf, il faut reconnaître que la démarche est sincère, la musique, bien faite, et surtout qu’elle « donne à voir ».

Sera-t-elle assez acousmatique pour séduire les puristes ? Cela reste à voir, mais le plus important sera de voir si elle ouvre la porte à tous les auditeurs en quête d’une musique à la fois abstraite et accessible.

Pierre-Luc Senécal
le 27/05/2015

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