Black To Comm / Le Révélateur / No UFO’s

 date du concert

28/04/2015

 salle

Les Voûtes,
Paris

 tags

Ali_Fib / Black To Comm / Le Révélateur / Les Voûtes

 liens

Les Voûtes
Ali_Fib
Black To Comm
Le Révélateur

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Retour aux Voûtes pour une nouvelle soirée programmée par ali_fib avec l’escale parisienne d’un plateau se produisant dans plusieurs pays d’Europe mais qui, pour la France, ne s’arrêta que dans sa capitale. Face à un public extrêmement attentif (tout le monde était assis, que ce soit dans les fauteuils en velours bordant les murs de la salle, ou par terre), les trois concerts s’enchaînèrent à partir de 21h30, l’assistance ayant décidé de profiter de la douceur du début de soirée pour rester à l’extérieur de la salle.

Malgré ses quelques sorties depuis 2010, No UFO’s nous était jusqu’à présent inconnu et c’était donc sans aucune idée de à quoi pourrait ressembler sa musique que nous reçûmes sa demi-heure de set, utilisant quelques larsens, souffles et autres matériaux habituels de l’ambient expérimentale. Konrad Jandav mit ainsi en place une forme à la fois abstraite et prenante même si le schéma s’avéra un rien trop identique pour chacun des morceaux : mise en place d’éléments (tapotements, crépitements, quelques beats) puis montée en puissance avec vrombissement et empilement des couches, et enfin cut assez sec pour passer au titre suivant. Le final en forme de pulsation gagnant progressivement en intensité se distinguera par sa nature plus rythmique. Si l’abstraction qui a marqué la prestation de No UFO’s aurait pu le faire basculer dans le champ des expérimentateurs bruitistes un brin barbants, la dimension organique et fourmillante des drones analogiques donna tout son sens au propos. La configuration de la salle voûtée et les rangs de spectateurs assis s’ajoutant aux vrombissements ressentis jusque dans l’estomac, donnèrent à la situation une atmosphère de décollage d’avion. Nul doute que le silence respectueux régnant dans la salle – fait ô combien trop rare – et le volume parfaitement ajusté comptèrent ici de manière significative dans la façon dont on s’imprégna de ce qui fut joué.

De manière assez surprenante, cela faisait deux fois qu’on voyait Le Révélateur et c’était toujours fin avril, toujours aux Voûtes et toujours pour un concert ali_fib. Comme il y a quatre ans, Roger Tellier-Craig était accompagné de Sabrina Ratté aux projections pour un résultat assez proche de notre souvenir, à savoir une musique faite de sonorités un peu datées, à base de synthés analogiques, d’abus de saturations sur les notes, le tout soutenu (contaminé ?) par des visuels assez laids, faits de collages psyché-pop, de couleurs saturées et de formes baveuses typiques des années 1970. Malgré tout deux éléments méritèrent d’être salués : la technicité des vidéos, analogiques elles aussi, et la concordance remarquable d’un point de vue synésthésiste entre les aiguës très présentes dans le glitch du Révélateur et la dominance de couleurs vives dans les vidéos de sa partenaire.

Depuis son Alphabet 1968 publié fin 2009 par Type, on continuait de suivre (même loin de ces pages) la carrière de Black To Comm et pouvait constater que ses tournées régulières ne passaient jamais pas Paris. L’impair fut donc réparé grâce à ali_fib et l’attente ne fut nullement déçue, l’ambient sombre, dense et composite de Mark Richter nous convainquit pleinement. De manière générale, il n’est pas exagéré de qualifier de phénoménale l’expérience qui a pu être vécue lors de la performance du Canadien. Après une première moitié plutôt épurée, ses structures s’enrichirent avec l’apport de granulats et de "pops", la transition étant assurée par des nappes plus lumineuses. Plongé au cœur des drones implacables que le Canadien déploie, on se vit transpercé par des sons qui auraient la matérialité d’un fluide. Les sonorités emplirent le corps au point de faire naitre la sensation, rare et vertigineuse, de ne plus exister. Moins radicale, mais tout aussi physique, l’impression toute damasiesque de subir la force du vent qui déferle se fit sentir plusieurs fois durant le live. La majesté grave des bourdons mêlée à la beauté des éléments mélodiques ténus firent de ce concert de Black To Comm un moment précieux.

François Bousquet, Manon Torres
le 13/05/2015

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