Le Bord des Mondes

 date

du 18/02/2015 au 17/05/2015

 salle

Palais de Tokyo,
Paris

 appréciation
 tags

Palais de Tokyo

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Palais de Tokyo

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À nouveau (après les ensembles autour de la chute ou sur le caché), le Palais de Tokyo s’empare d’une problématique qui nous semble assez souvent rebattue par les centres d’art : s’attacher à ce qui est à la frontière entre « art » et « non art », et, plus précisément ici, à ce qui pourrait aussi bien relever du geste artistique que de la création artisanale ou du mouvement bricolé. Ainsi placé entre la recherche plasticienne et quelque chose de plus abscons, à la lisière de cette recherche, le spectateur peut se trouver confronté à des œuvres assez hermétiques, retranscription du for intérieur de l’artiste, tels ces dessins torturés de Zdenek Kosek. Pour autant, faire émerger cette dimension privée peut également s’avérer plus probant quand Rose-Lynn Fisher utilise un microscope pour scruter ses propres larmes.

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Theo Jansen - Strandbeests
(courtesy de l’artiste)

Cette approche cartésienne se trouve poursuivie chez d’autres intervenants, qui partent des sciences dures pour aller vers les arts plastiques : mur-ellipse de Laurent Derobert élaboré à partir d’équations, machine zoomorphique de Theo Jansen ou systèmes électriques de Jean Katambayi. Avec ceux-ci se développe une forme de bricolage utile, de récupération à visée quasi-humanitaire et solidaire qu’on retrouve aussi dans l’attrape-brouillard de Carlos Espinosa, permettant de capturer l’eau à un endroit pour la reverser là où elle ne coule pas.

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Bridget Polk - Balancing Rocks
(courtesy de l’artiste)

Tentant d’influer sur la nature, les participants au Bord des Mondes se font aussi fort de décalquer le vivant : toiles d’araignée de Tomás Saraceno, robot humanoïde d’Hiroshi Ishiguro ou la machine déjà citée de Theo Jansen. Assez démonstratives dans l’ensemble, les propositions revêtent parfois un caractère performatif comme les Balancing Rocks de Bridget Polk (merveilles de mise en équilibre de pierres, rochers et parpaings), l’imitation des chants d’oiseaux par sifflements (le collectif Kusköy), le tour du périphérique parisien en moto réalisé par Le Prince Noir en 11 minutes et 4 secondes, les vidéos à la « Jackass » de CKY ou bien les chindogu de Kenji Kawakami (gadgets inutiles mais inventifs tels des mini-parapluies pour chaussures ou des lunettes de soleil longue-vue).

C’est donc bien au bord des mondes que se place la présentation curatée par Rebecca Lamarche Vadel, au bord des arts plastiques même, voire plus du tout quand elle expose les tenues de la créatrice de mode Iris van Herpen, les coiffures de Charlie Le Mindu, les fringues de La S.A.P.E. ou encore les réalisations culinaires de Pierre Gagnaire. L’anecdotique et l’éphémère se mêlent alors tandis que le visiteur, se demandant parfois à quoi tout cela peut-il bien rimer, se convainc que tout ne peut être de l’art.

François Bousquet
le 15/05/2015

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