Affabulazione

 auteur

Pier Paolo Pasolini

 metteur en scène

Stanislas Nordey

 date

du 12/05/2015 au 06/06/2015

 salle

Théâtre de la Colline,
Paris

 appréciation
 tags

Pier Paolo Pasolini / Théâtre de la Colline

 liens

Théâtre de la Colline

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Figure marquante de la carrière de Stanislas Nordey, Pier Paolo Pasolini se trouve à nouveau sollicité par le Français qui, après avoir monté déjà quatre pièces de l’Italien, s’attache à présent à Affabulazione. Débutant par le souvenir du rêve d’un père mettant aux prises son fils, la pièce va tourner autour de cette relation, l’industriel italien hésitant entre amour et haine pour celui qui lui renvoie une image de jeunesse et de vigueur que lui-même a perdu.

Au fur et à mesure de la pièce, l’obsession du père pour l’image de son fils le conduit à devenir obsédé par le sexe et la sexualité de celui-ci, se situant parfois à la limite de l’inceste (quand il manifeste ouvertement la volonté d’être surpris en plein acte ou de surprendre son fils en plein acte). Faisant se mêler Éros et Tanathos, le texte tisse ainsi un de ses premiers liens avec le répertoire classique et des références extérieures, au même titre que Sophocle (via son fantôme, apparaissant en songe au père), Freud et Jung sont convoqués. Malheureusement, ces citations ont tendance à trop surligner le propos, ouvertement universaliste puisque le père et le fils sont désignés comme tels, sans noms ni prénoms tandis que la réplique finale insiste (au cas où) : « Non, comme tu l’auras compris/ce n’est pas l’histoire d’un seul père ».

La mise en scène de Stanislas Nordey n’allège pas cet aspect, avec ses immenses détails de peintures classiques en fond de plateau, sa sollicitation systématique de la guitare d’Olivier Mellano pendant les monologues du père, les grands panneaux mobiles qui structurent l’espace et tout le travail sur la mise en abyme (les apparitions de Sophocle, donc, mais aussi l’interpellation des comédiens ou le décalage du langage). Dans le rôle du père, Nordey se livre à son habituelle gestuelle (bras à l’équerre, main tendue, agenouillé face public avec le genou droit à terre, appuyé sur son genou gauche) et interprète, d’une voix projetée, ce rôle pour lequel il peut sembler encore un peu jeune.

Renvoyé évidemment au mythe d’Œdipe (inversé), le spectateur voit une bonne partie des principales actions se dérouler hors champ et subit l’apparition, un rien ridicule, de Véronique Nordey en nécromancienne : playback, faisceau de lumière, confettis et tenue dorés. Cohérente dans le parcours de Pasolini (qui a réalisé Œdipe Roi), Affabulazione se perd alors dans une démarche trop explicative bien que certaines pistes suscitent une interrogation permettant de considérer la pièce tout autrement : le fils est-il bien, par exemple, le fils de son père ? (lui qui a les cheveux blonds alors que ses deux parents sont bruns).

François Bousquet
le 24/05/2015

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