King Kong Théorie

 auteur

Virginie Despentes

 metteur en scène

Émilie Charriot

 date

du 09/06/2015 au 12/06/2015

 salle

Centre Culturel Suisse,
Paris

 appréciation
 tags

Centre Culturel Suisse / Virginie Despentes

 liens

Centre Culturel Suisse

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Alors que Virginie Despentes fait le devant de l’actualité littéraire avec la parution séquencée, depuis le début de l’année 2015, de sa trilogie Vernon Subutex, un autre de ses romans fait l’objet d’une nouvelle adaptation. Plusieurs de ses ouvrages ont ainsi déjà connu des traductions cinématographiques (évidemment Baise-moi, mais aussi Les Jolies Choses) et c’est à présent au tour de King Kong Théorie de revêtir une forme dramaturgique.

Montée par Émilie Charriot, cette traduction théâtrale de cet essai paru en 2006 fait le choix, d’une part, d’expurger l’ouvrage d’une partie de son contenu (tout le chapitre sur la pornographie, par exemple) et, d’autre part, de faire débuter la représentation par une intervention de Géraldine Chollet, danseuse chargée de relater une situation personnelle où elle s’est sentie brisée. Écho des passages sur le viol et la prostitution de King Kong Théorie, cet incipit la voit donc seule en scène, s’adresser frontalement au public de manière très directe. Julia Perazzini la rejoint ensuite pour dire enfin le texte de Despentes, et plus spécifiquement, le chapitre narrant le viol subi par l’auteur alors qu’elle avait dix-sept ans. Moins descriptive que dans le livre, cette recension séminale (« c’est en même temps ce qui me défigure et ce qui me constitue ») se déroule tandis que la danseuse reste en arrière-plan, quasi-immobile. Elle reviendra au centre du plateau pour le dernier tiers du spectacle, effectuant des lents mouvements pendant que la comédienne, retirée dans les coulisses, dit le chapitre consacrée aux mois pendant lesquels Despentes se prostitua.

Avec ce dispositif sobre, Émilie Charriot souhaite donc mettre le texte en majesté, renonçant aux effets, accessoires et décor, ne sollicitant que de simples éclairages qui viennent projeter les silhouettes des deux jeunes femmes en de larges ombres sur les parois de la salle. Pour autant, et bien que le choix d’un ton neutre et d’une diction claire tranche habilement avec la dureté du texte, le principe du monologue montre ses limites, ne laissant pas suffisamment de temps au spectateur, emporté par le flot du discours, pour s’imprégner de certains passages qui mériteraient qu’on s’y arrête davantage. Reste néanmoins cette entreprise de transposition d’un essai hautement féministe, peut-être trop misandre voire misanthrope, attirant à soi toute l’histoire de la condition féminine (« nous sommes du sexe de la peur ») pour, en définitive, faire le constat que « l’idéal de la femme blanche » (en tout cas répondant aux canons d’idéalité édictés par les hommes) « n’existe pas ».

François Bousquet
le 10/06/2015

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