My Buenos Aires

 date

du 20/06/2015 au 20/09/2015

 salle

Maison Rouge,
Paris

 appréciation
 tags

Leandro Erlich / Maison Rouge

 liens

Maison Rouge
Leandro Erlich

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Au-delà des présentations de collections privées à l’automne, la Maison Rouge a également entamé une série de focus sur des scènes plasticiennes d’une ville donnée. Tous les deux ans, une localité est ainsi mise à l’honneur et, après Winnipeg et Johannesburg, c’est Buenos Aires qui fait l’objet de cette forme de portrait. Car, de toute évidence, davantage qu’un panorama artistique municipal (ou, par métonymie, national), c’est bien la vision par les créateurs de la ville, métropole de quinze millions et demi d’habitants, que les deux commissaires ont voulu mettre en lumière.

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Ernesto Ballesteros - Sans titre (extrait de la série Sources de lumière masquées)
(courtesy de l’artiste)

À cet égard, ne manquent, dans My Buenos Aires, aucun des aspects (des topos ?) qui caractérisent une mégalopole. Se côtoient ainsi, tout au long des cimaises, densité humaine avec coexistence de la pauvreté (Ana Gallardo parcourant la ville avec sa caravane de fortune, Alberto Goldenstein, Fabio Kacero) et de trajectoires symboles de réussite, forte présence des voitures (carrosserie customisée par Adrián Villar Rojas ou véhicule s’enfonçant dans un liquide visqueux chez Jorge Macchi), rues quadrillant l’espace (capturées en photo par Graciela Hasper ou, plus métaphoriquement, au dessin par Pablo Siquier), architecture disparate (la Torre réalisée par Roberto Aizenberg et, trente ans plus tard, par Max Gómez Canle, les totems de Luis Terán), escaliers et portes à l’infini (les vidéos de Sebastián Díaz Morales), pollutions visuelles (les prospectus agglomérés par Elisa Strada, les sources lumineuses « éteintes » au feutre noir par Ernesto Ballesteros) ou raccordements électriques sauvages (les multiprises de Nicolás Bacal).

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Nicanor Araoz - Sans titre et Luciana Lamothe - Metasbilad
(courtesy des artistes)

De même, sont présents de nombreux attributs de l’Argentine : tango (Margarita Paksa, Guillermo Kuitca), football (Carlos Herrera), maté (Pablo Suárez), souvenir du péronisme (la statue, décapitée, d’Eva Perón, saisie par Santiago Porter, le récit d’une tentative d’assassinat de Perón chez Hugo Aveta) ou de la dictature des colonels (Marcelo Brodsky, Magdalena Jitrik et Luján Funes, corps calciné de Nicanor Araoz), stigmates de la crise économique du début des années 2000 (courts films de Gabriela Golder) et poids du religieux (tourné en dérision par León Ferrari qui place des statuettes de la Saine Famille dans des ustensiles de cuisine). Font peut-être défaut le surréalisme borgésien et, plus généralement, le dialogue avec les autres arts. De fait, alors qu’on sait la vitalité de la littérature, du cinéma ou du théâtre de Buenos Aires, très rares sont les exemples de concordance ou d’échange avec les arts plastiques.

La vision présentée, centrée sur cette discipline, se fait également très sombre, voire désespérée. Ainsi, même l’habitat est inquiétant, composite ou délabré : fenêtres derrière lesquelles gronde l’orage (Leandro Erlich), studio reconstitué om tout est fissuré et recollé (Martín Cordiano et Tomás Espina), grande installation entourant un lit (Marta Minujín), cabane anxiogène à traverser par un seul visiteur à la fois (Erduardo Basaldo), lit surélevé par divers objets (Gabriel Chaile). Même les oreillers de Pablo Reinoso, en apparence confortables, sont noirs et emplis d’un souffle non rassurant, couleur assez commune à l’ensemble d’une exposition qui, assurément, brosse un portrait assez juste de son sujet.

François Bousquet
le 07/09/2015

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