Åke Parmerud / Georges Forget

Growl / Le dernier présent

(empreintes DIGITALes / Metamkine)

 date de sortie

11/05/2015

 genre

Electronique

 style

Electroacoustique

 appréciation

 tags

Åke Parmerud / Electroacoustique / empreintes DIGITALes / Georges Forget

 liens

empreintes DIGITALes
Åke Parmerud
Georges Forget

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C’est au printemps dernier qu’Empreintes digitales, le label de musique électroacoustique montréalais, annonçait une promo tout à fait alléchante. J’admets que mon cœur n’a fait qu’un bond en voyant cette offre exceptionnelle de 5 CDs pour le prix de 4, et la page n’avait pas finie de télécharger que mon numéro de carte de crédit était déjà rentré. Si certains oseraient juger cet excès consumériste qui m’a envahi, qu’ils sachent que les nouveaux arrivages du printemps avaient de quoi impressionner : des albums des compositeurs Åke Parmerud, Adrian Moore, Hans Tutschku, Gilles Gobeil et Georges Forget. En bref, une « attaque à 5 » électroacoustique pour le moins exceptionnelle.

Afin de souligner l’occasion, j’ai invité un de mes collègues-rédacteurs, Philippe Desjardins du webzine Canal auditif, afin de discuter de deux de ces albums : Growl du suédois Åke Parmerud et Le dernier présent du français Georges Forget. Privilégiant la formule « discussion informelle », nous vous présentons nos coups de cœur de montréalais. Une formule deux pour le prix d’un, ça fait toujours saliver, surtout lorsque la première est gratuite !

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Georges Forget

Pierre-Luc : difficile de décrire la musique de Forget sans parler de romantisme. C’est clair dès la première lecture de la note programme pour Métal en bouche. D’ailleurs, longtemps j’ai été hanté par celle-ci. Cette férocité, cette rage qui jaillit, et en même temps cette poésie qui sourd de la musique. C’est vraiment une très belle pièce. Cela dit, à force d’écoutes répétées, j’ai l’impression que la pièce aurait pu être encore plus sauvage.

Philippe : oui, la pièce se tient bien, mais je suis resté sur ma faim. Je m’attendais à plus d’impact, de contraste.

P.-L. : ensuite, il y avait Une île, celle avec ses « craquements de bois ».

Philippe : c’est ma préférée. Tu ressens pratiquement le volume du bois, même si je doute que ce soit bel et bien du bois dont il s’agisse. Malgré tous les traitements numériques, c’est impressionnant d’en arriver à quelque chose d’aussi organique, de simuler la sensation qu’on est à proximité de la matière.

P.-L. : le début me semble un peu lent. C’est vraiment au 3/4 de la pièce qu’elle devient plus dynamique. Les impacts sont d’une grande énergie, et, tout d’un coup, la pièce devient très engageante. Orages d’acier suit un peu la même forme. L’attente se fait tout de suite sentir avant d’exploser à répétitions, et on se sent plonger dans l’œuvre d’Ernst Jûnger, des tranchées et des tirs d’artillerie, mais ce que je trouve fantastique, c’est le jeu sur les hauteurs. Il y a un sens de la mélodie, de la densification, du crescendo, et le tout est extrêmement musical… un peu comme un lied électroacoustique...

Philippe : et après ça commence à chanter ! Pour moi, le chant de la fin vient briser tout ce que j’avais imaginé durant l’écoute. En un instant, je suis projeté dans une brasserie de matelots. La partie s’intègre peut-être bien dans la thématique, mais d’un point de vue strictement musical, je remets en question ce choix.

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Le dernier présent

P.-L. : il s’agit des Oies sauvages, un chant de la Légion étrangère française. Il y a peut-être un sens caché qui nous échappe, humbles Québécois… C’est peut-être très français comme décision ! Enfin, j’aimerais conclure avec Seul et septembre qui est ma préférée. C’est sûr qu’avec des phrases lyriques passées dans un vocodeur, on fait dans le mignon, et c’est exactement pour cette raison que j’aime cette pièce. C’est tellement reposant et paisible… On écoute, et puis tout va bien. C’est une chanson d’amour que je ne peux qu’aimer d’amour, sans rationalité aucune.

Philippe : il y a une beauté très romantique à la pièce. Un plaisir tout simple, comme être étendu dans un pré… Tout le contraire de Growl, la chanson heavy métal de Parmerud !

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Åke Parmerud

P.-L. : c’est vrai, sa pièce pour quatuor vocal de chanteurs death métal ! La signature electronica de Parmerud est très claire sur ce matériau « métal », qu’il a hybridé avec une bonne dose de techno. Je connais très bien l’univers du métal, et c’est curieux, car je ne trouve pas la pièce si métal que ça. L’idée me plaît énormément. La pièce a du souffle, et c’est peut-être la mieux composée de l’album, mais j’aurais souhaité plus de vitesse, et d’agressivité, et surtout de batterie déchaînée qui prend toute la place !

Philippe : j’ai bien ri dans les premiers instants de la pièce, mais ma préférée demeure la toute première pièce de l’album. Dans La vie mécanique, on comprend tout de suite comment Parmerud construit ses rythmes, omniprésents tout au long de l’album. Elle et Grooves, la 2e pièce, sont vraiment fortes, d’autant plus qu’elles me sont familières, car elles empruntent beaucoup de sonorités à des groupes du genre industriel : Skinny Puppy, Frontline Assembly… Il y a des références, des gestes qui semblent tout droit sortis de ces musiques.

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Growl

P.-L. : la fin de La vie mécanique est particulièrement prenante, et c’est clairement une pièce faite pour le concert, où les gestes sont magnifiés par la diffusion extrêmement active de Parmerud. Toutefois, Grooves demeure ma pièce fétiche de l’album. Le minimalisme de la pièce a déjà de quoi impressionner : 9 minutes de musique obtenues grâce au craquement d’une aiguille déposée sur un disque vinyle... Sous la main de Parmerud, ce geste sonore infime est démultiplié, transformé en un torrent de bruit écrit de façon très sensuelle.

Philippe : il y a peut-être un certain réconfort à écouter les craquements d’un vinyle. Comme un feu de bois.

P.-L. : on parle souvent des mythes d’audiophile, comme quoi le vinyle sonne plus « chaleureux ». Ça vient peut-être de là !

Pierre-Luc Senécal
le 09/09/2015

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