Wiliam Ryan Fritch / Seabuckthorn

 date du concert

22/09/15

 salle

Olympic Café,
Paris

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Olympic Café

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Un mardi soir à l’Olympic Café peut avoir un goût de Far-West, d’électricité et de resonator. Explications. La petite salle de la Goutte d’Or met à l’affiche en ce soir de septembre deux musiciens dont on peut dire qu’ils manipulent, tortillent et questionnent les limites de la folk : William Ryan Fritch et Seabuckthorn.

Que nos intentions soient claires, c’est le premier qui nous a fait nous déplacer. Le Californien, affilié au label Lost Tribe Sound, est une figure rare en Europe et, si on a un peu perdu le fil de ses nombreuses sorties et bandes originales depuis un ou deux ans, des disques comme The Waiting Room OST ou Leave Me Like You Found Me figurent en bonne place dans de petits panthéons personnels. Face à un public d’une quinzaine de personnes, qui augmentera peu à peu, son installation et l’épaisseur des morceaux surprennent par leur minimalisme. Alternant entre une guitare et une viole de gambe « taille bagage à main », William Ryan Fritch s’appuie sur un simple jeu de pédales, qu’il semble moyennement maitriser, s’esclaffant brièvement en cas d’erreur. Il nous apprendra en fin de set qu’en raison de machines trop gourmandes en électricité – le cuisinier de l’Olympic n’étant pas ravi d’en être privé - il a été contraint au dernier moment de proposer un set acoustique et de s’approprier comme il pouvait les pédales de Seabuckthorn. Les morceaux ont beau être courts et assez sèchement stoppés, l’Américain parvient à tirer partie de ces contraintes et son talent d’instrumentiste transparait nettement. Quand il n’emploie pas diverses techniques de frottements des cordes de sa guitare, il construit à partir de sa viole de gambe de fragiles édifices mélodiques dans lesquels se superposent les graves tirés du pincement des cordes et les aigus joués à l’archet, qu’il noie dans un brouillard d’effets et de souffles de voix. De sa voix justement, Fritch fait un usage parcimonieux, qui fonctionne particulièrement bien avec le cadre dépouillé des circonstances. Loin de la théâtralité qu’on a pu lui connaître sur disque, ses morceaux chantés prennent une tonalité qui rapproche ses morceaux de folk songs classiques, brèves et douces. On se prend à penser à Jackson C. Frank, mais c’est peut-être parce qu’on a trop fumé de fils électriques.

Qu’importe, Seabuckthorn va se charger de concrétiser nos envies d’Amérique. Armé de deux guitares dobro aux corps d’acier, dont une douze cordes, Andy Cartwright plonge le sous-sol de l’Olympic dans une torpeur trouble, dont le silence se fait l’enveloppe des arpèges métalliques et obsédants. Répétitif, hypnotique, d’une teneur psychédélique certaine, sa folk a des accents de paradis perdus et d’horizons voilés. En trois accords, le type imprime des images de désert ocre sur la rétine. De ses étendues qu’on voudrait voir défiler sans interruption, jusqu’au prochain caravansérail. Usant des graves comme armature rythmique, l’Anglais fait durer ses morceaux comme un conteur ménage le suspens. L’auditoire semble ainsi suspendu à ses phrases et on sort des morceaux avec regret. Enfin, Seabuckthorn invite William Ryan Fritch à jammer le temps d’un morceau conclusif. Lorsque les deux relèvent là tête, mine sereine et archet effiloché, on a le sentiment que la soirée n’a existé que pour aboutir à ce moment là.

Manon Torres
le 27/09/2015