Bozar Electronic Arts Festival 2015 : Biosphere & Deathprod / Oren Ambarchi / Otto Lindholm

 date du concert

08/10/2015

 salle

Bozar,
Bruxelles

 tags

Biosphere / Bozar / Deathprod / iCu / Oren Ambarchi / Otto Lindholm

 liens

Biosphere
Oren Ambarchi
Bozar
iCu
Deathprod
Otto Lindholm

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Seule la soirée d’ouverture du Bozar Electronic Arts Festival, rendez-vous habituel de ces pages, sera couverte pour cette édition 2015. Cela commence calmement, uniquement dans l’agréable salle M (sans compter les espaces dédiés aux installations), avec une double affiche bien alléchante à laquelle vint s’ajouter un régional de l’étape pour sa toute première prestation live. Le Belge Cyrille De Haes, aka Otto Lindholm, fut du coup bien applaudi et livra un intéressant set d’ouverture. Bassiste de formation, c’est une rencontre originale entre contrebasse et effets micro-électroniques analogiques qu’il nous propose. De discrètes modulations, pas forcément toujours très cohérentes mais essentielles à son propos, mettent en valeur le frottement doux mais appuyé de l’archet sur son instrument, avec lequel il fait corps, tout en ondulant le sien, très absorbé. Joli travail, assez prégnant et prometteur.

Vient ensuite Oren Ambarchi, habitué de ces pages, mais que pour notre part nous n’avions jamais vu. On apprécie, quoique modérément, ses – très nombreuses – propositions discographiques en mode globalement drone énigmatique alangui, et on était donc curieux de voir ce que ça donnerait en live. Le dispositif est semblable à ce qui est décrit par ailleurs ici à l’occasion de ses récentes venues parisiennes : guitare sur les genoux, attablé devant un attirail analogique combinant divers effets et générateurs de boucles, l’Australien instille subrepticement quelques sons détachés avant de faire monter une sorte de magma abstrait et sans concession. Par moments, c’est accrocheur, entre douceur et dureté, légèreté et profondeur, mais cela vire trop systématiquement au strident dissonant, ce qui a le don de nous rebuter. C’est donc à un set largement expérimental noise que l’on assiste, là où on attendait quelque chose de plus ample et calme. La guitare est peu exploitée, au contraire des textures – trop – bruitistes ; du coup, cela devient vite agressif, et de surcroît insuffisamment évolutif – même si ses disques le sont pareillement assez peu, agréables en toile de fond mais lassants dans les détails. Ses placards décousus, manquant de pertinence et dépourvus d’une réelle intensité palpable, ne nous ont guère convaincu.

Le plat de résistance arrive avec Biosphere et Deathprod, pour lesquels nous avions fait le déplacement. Après une première collaboration il y a 17 ans autour de l’œuvre du compositeur Arne Nordheim, Nordheim Transformed, les deux Norvégiens viennent de remettre le couvert avec le tout aussi percutant Stator, autour duquel était fort logiquement agencée leur performance. Les deux disques précités sont en fait des split albums : une moitié est l’œuvre de Geir Jenssen, l’autre de Helge Sten. Mais sur scène, ils prennent place face à face, comme attablés dans un restaurant un peu chic, et officient de concert, ce qui offre cette habituelle et mystérieuse alchimie des prestations en duo, où il est impossible de savoir qui fait quoi et où, cependant, le résultat est d’une homogénéité remarquable. C’est que, bien entendu, nous ne parlons pas ici de n’importe qui : Biosphere, en particulier, est l’un de nos artistes électroniques de chevet depuis de nombreuses années – on connaît moins les travaux solo de Deathprod –, assurément l’un des papes de l’ambient, auteur de disques tous plus remarquables les uns que les autres (Substrata, Cirque, Shenzhou, Dropsonde…), où il n’a pas son pareil pour installer des climats d’une prégnance incomparable, faits de paysages cotonneux et granuleux, de lentes déclinaisons énigmatiques et poétiques, de motifs délicats, d’effets et d’agencements complexes, bref d’un raffinement exquis, qui poussent irrépressiblement à une écoute attentive et répétée et apaisent les âmes tourmentées.

Cette rencontre live aura tenu toutes ses promesses. 1h15 de pure orfèvrerie ambient, de pièces très travaillées – il y en eut trois, si l’on tient compte des semblants de pauses, mais bien sûr c’est pour un unique voyage que nous embarquâmes –, faites de multiples couches, de subtiles variations, d’imperceptibles mais ravissantes évolutions, de nappes soignées, de quelques notes claires en suspension par-dessus, bref d’un havre haut de gamme, introspectif et apaisant. Ce n’est évidemment pas un hasard si c’est de Scandinavie que nous vient une proposition musicale de cette nature et de ce calibre. Tout cela est, somme toute, passablement difficile à décrire, car on nage clairement dans le ressenti et donc dans le subjectif ; une salutaire purification auditive, à consommer sans modération mais aussi à savourer avec concentration - et malheureusement, nous devons admettre que la fatigue nous conduisit à ne pas toujours être aussi attentif qu’il l’aurait fallu. Ce fut, quoi qu’il en soit, un moment de grâce, qui n’atteint sans doute pas la félicité induite par la saveur d’une écoute domestique, mais qui nous ravit d’autant plus que cela fait de très nombreuses années que nous n’avions plus eu l’occasion de nous délecter de Geir Jenssen en live.

Une bien bonne soirée donc, dans le cadre optimal de Bozar, malgré la déception engendrée par le set d’Oren Ambarchi.

Gilles Genicot
le 25/10/2015

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