BAM Festival : Max Cooper / Principles of Geometry / Alex Augier

 date du concert

23/10/2015

 salle

Caserne Fonck,
Liège

 tags

Alex Augier / Caserne Fonck / Max Cooper / Principles of Geometry

 liens

Max Cooper
Principles of Geometry
Alex Augier

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Deuxième édition de l’ambitieux BAM Festival liégeois, sous-titré International Digital Art Festival, centré sur la création audiovisuelle numérique. Une deuxième édition avec pas mal de changements : un autre lieu, unique cette fois - une ancienne caserne reconvertie en salle d’événements (concerts, théâtre, soirées) - et un staff renouvelé pour une approche qui évolue : 4 jours de conférences, performances et installations, et une "visual (and musical) party". Comme l’an dernier, nous n’avons pu assister aux performances, placées à des horaires qui ne nous convenaient pas, et on se contente donc de la soirée. Nous regrettions, il y a un an, que celle-ci ressemblait trop aux rendez-vous techno habituels ; message reçu, car on eut droit cette fois à une proposition artistiquement nettement plus intéressante, au prix d’une assistance sans doute en-deça des attentes des organisateurs.

On commence par déambuler dans le vaste espace, bien agencé et exploité, en profitant de deux percutantes installations : d’implacables et puissants rais lumineux, en jeux de droites et d’arrondis, avec diffractions sonores délicieusement oppressantes, d’une part ; un module octogonal et sinusoïdal, avec pieuvre tentaculaire en toile d’araignée en suspension, le tout en 3D, d’autre part. Place ensuite aux lives, avec tout d’abord l’Allemand Moritz, pour un set bref, sec et robotique, assez peu captivant, avec projections sur un écran trop exigu pour le vaste espace principal. Puis, directement, le plat de résistance, à savoir Max Cooper : c’est la troisième fois en un an que nous le rencontrons, après le Bozar Electronic Arts Festival en septembre 2014 et un excellent concert au Reflektor, la nouvelle salle liégeoise, fin mars 2015, en compagnie de Throwing Snow et du régional Petal. Si l’on excepte quelques passages assez insipides, voire presque perfides car il ne s’y passe rien d’autre qu’une mécanique répétitive et peu engageante, et si l’on absout l’Anglais d’avoir mâtiné son live d’un brin de DJ set - ce dont on perçoit mal l’intérêt compte tenu de la haute qualité globale de ses travaux -, ce fut extrêmement agréable. Jetant tous ses ingrédients dans la marmite, il navigue de l’ambient à la deep house en passant par ce qui constitue sa marque de fabrique, une électronique très mélodique et soignée, tantôt martelante, tantôt soyeuse, tantôt foisonnante, tantôt quasiment minimale. En dépit de quelques concessions à la facilité - que l’on peut également retrouver sur ses disques -, ce fut un très goûteux voyage d’une heure trente, joliment agencé, sous la houlette d’un orfèvre brillant et avec une qualité sonore tout à fait satisfaisante.

On enchaîne directement avec les Français Principles of Geometry, que nous étions heureux de découvrir (il semblerait qu’on ait eu l’occasion de les croiser au Bozar en mars 2009, mais à nous relire, cela ne compte pas). En formule trio, placés devant, pour le coup, un immense écran délivrant très esthétiquement tout au long du set des projections particulièrement soignées ouvrant grand l’espace, ils offrirent une respiration bienvenue : il n’est pas ici question d’électronique pure, mais de structures très diversifiées - du vintage 80’s à l’électro-punk en passant par la prog-pop - auxquelles donnent corps le jeu métronomique de la batterie, ponctué du martèlement de percussions synthétiques. Dans les moments les plus enlevés, c’en est presque tribal, et cela fait mouche. On poursuivra la découverte par l’écoute de leurs albums Burn The Land & Boil The Oceans et Meanstream, parus respectivement en 2012 et 2014 chez Tigersushi. C’est ensuite le Belge Squeaky Lobster qui prend place ; auteur d’une poignée d’EP, il semble avoir sa petite fanbase. Nous n’avons pour notre part guère été convaincu par une mixture certes agréable à l’oreille mais dépourvue de ligne directrice, mélangeant IDM, glitch et relents dubstep. Sympathique et inabouti. On n’a pas non plus été emporté par ce qui suivit, soit la performance d’un autre Belge, ATK !, mais le moins que l’on puisse dire est que c’était complètement différent de ce qui précéda : cette recherche d’univers variés, d’artistes aux visions contrastées, est assurément à mettre au crédit des organisateurs et a le grand mérite de ne provoquer aucune lassitude. Nous avons ici affaire à un travail sur les néons : 4 carrés de néons, du plus grand vers le plus petit, surplombaient l’espace central et le Bruxellois entreprit de les illuminer par intermitence, au son de placards électroniques assez intenses mais peu évolutifs. Intéressant, mais on a vite fait le tour du propos et ce fut donc un peu longuet.

L’attente, toutefois, valait la peine : à près de 3h30 du matin, c’est un autre Français, Alex Augier, qui s’installe dans un grand cube posé sur une pointe et ouvert sur le fond, placé sur le côté de l’une des scènes, pour un résultat qui, là, nous conquit d’emblée. Le projet présenté, dont on peut retrouver des extraits sur son site, s’intitule oqpo_oooo ; il consiste en une conjonction d’une multiplicité d’effets lumineux, d’une grande pertinence et précision, habitant et enveloppant le cube, et de sonorités denses et millimétrées, malaisément descriptibles, évoquant assez nettement ce qu’on peut trouver sur le label Raster-Noton où il ne déparerait pas - que ne nous propose-t-il pas de disques ? -, l’ensemble étant agencé avec dextérité et inspiration, pour un résultat tout à fait probant. C’est sur cette très jolie découverte, qui ponctue une soirée faite, à l’image de l’ensemble de ce festival pointu et méritant, d’un mariage étonnant et inventif de sons, lumières et matérialités conjugués et transcendés, que nous prenons congé. A l’an prochain !

Gilles Genicot
le 27/10/2015

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