Artistes et Architecture, Dimensions Variables

 date

du 16/10/2015 au 17/01/2016

 salle

Pavillon de l’Arsenal,
Paris

 tags

Alain Bublex / Anish Kapoor / Bruce Nauman / Carsten Höller / Daniel Buren / Gordon Matta-Clark / Jordi Colomer / Julien Bismuth / Nicolas Moulin / Pavillon de l’Arsenal / Philippe Parreno / Richard Serra

 liens

Pavillon de l’Arsenal

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Thème assez récurrent (le FRAC Centre en a même fait la matrice de son travail de monstration), les relations entre artistes et architecture trouvent une nouvelle variation avec un vaste panorama proposé par le Pavillon de l’Arsenal. Vaste panorama qui n’est, en outre, qu’une sélection d’un plus large ensemble encore, qu’on trouve présenté dans le catalogue d’une exposition qui occupe tous les niveaux supérieurs du bâtiment des quais de Seine. Au long de ce parcours, on ne sera guère surpris d’être face à des lignes de force plutôt connues, sortes de passages obligés pour les plasticiens attachés à l’architecture (ici entendue lato sensu, à la fois comme art de la construction et dans sa dimension d’aménagement urbain).

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Vito Acconci - City Of Words
(courtesy de l’artiste)

Rien d’étonnant, alors, de trouver des déclinaisons des différentes utopies et, notamment, avec la phrase d’Alphonse Allais en tête, la volonté de mêler villes et campagnes (la série Aggloville de Bert Theis) ou celle d’épurer les ensembles citadins (Grüss Aus 001 de Nicolas Moulin). Placer la ville à même la roche (Daniel Arsham), réaliser un escalier en spirale et de guingois (Lang/Baumann), composer une Maison-Oreille (Carsten Höller et Philippe Parenno) ou édifier des immeubles avec des pages de livres (Vito Acconci) procèdent de la même logique, celle de rêver en mieux notre présent. Mais certaines utopies passées ont également montré leurs limites, ce que peuvent retracer Martine Feipel & Jean Bechameil avec les Grands Ensembles des années 1950.

Les villes imaginaires ne sont pas forcément des cités radieuses, le futur n’est pas qu’utopique et certaines dystopies sont ainsi mises en lumière par Alain Bublex (nouvel exemple de son excellente série des Plans voisins de Paris, ces photographies du périphérique au bord duquel il a ajouté les grandes enseignes de centre-ville) et Tabor Robak (film d’animation avec des immeubles aux logos de jeux vidéo).

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Daniel Buren - La cabane éclatée aux plexiglas colorés et transparents
(courtesy Galerie Kamel Mennour)

Prise dans une acception plus traditionnelle, l’architecture se veut donc science de la construction et de tous les possibles, à l’image du Parking Garage de Rita McBride, mais aussi, préalable nécessaire, travail de déconstruction et de démolition. La vidéo d’Anne-Valérie Gasc (anéantissement d’une barre d’immeubles filmée de l’intérieur, grâce à une caméra GoPro) et celle de Gordon Matta-Clark (Splitting, sur une maison coupée en deux) y font évidemment référence. Avec ces deux films, on est projeté à l’intérieur des bâtiments, expérience qu’il est aussi possible de vivre in concreto, en pénétrant dans la cabane éclatée de Daniel Buren (plaques colorées de plexiglas formant un cube ouvert) ou dans le Time/Space Wrap de Dan Graham (demi-sphère aux parois faites de miroir sans tain).

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Nathalie Brevet & Hughes Rochette - Cela ne tient qu’à 1 cheveu
(courtesy Galerie Bertrand Grimont)

Cette faculté d’intégrer les constructions vient alors compenser ce qui nous est apparu comme un point aveugle, un angle mort, du reste de l’exposition : l’absence des corps. Fréquemment conceptuelles, les œuvres présentées peuvent même privilégier une approche métonymique (Bricole de Julien Bismuth, soit une brique et la trace laissée par elle sur un mur, ou le néon en spirale de Nathalie Brevet & Hughes Rochette) ou s’avérer des formes purement plastiques (les cinq plaques d’acier du Slat de Richard Serra, l’œuvre-miroir d’Anish Kapoor). Pour autant, elles demeurent quasi-déshumanisées, comme si l’édifice avait réussi à exister par lui-même, sans qu’un être humain ne soit intervenu dans son érection ni ne l’habite. En définitive, seuls Jordi Colomer (avec sa série, déjà appréciée à de nombreuses reprises, Anarchitekton dans laquelle il manifeste en tenant une réplique d’immeuble comme pancarte) et Bruce Nauman (vidéo où il avance difficilement dans un étroit couloir) réinjectent un peu de corps, et donc de politique, dans les constructions.

François Bousquet
le 31/12/2015

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