Sleep Clinic

A Chance, A Curse

(Chondritic Sound / Internet)

 date de sortie

25/11/2013

 genre

Electronique

 style

Ambient / Drone / Expérimental

 appréciation

 tags

Ambient / Chondritic Sound / Drone / Expérimental / Sleep Clinic

 liens

Sleep Clinic
Chondritic Sound

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C’est dans nos découvertes Twitter que l’on évoquait voici un peu plus d’un an le travail de Jeff Swearengin en tant que Sleep Clinic. S’il arrive parfois que ces découvertes soient simplement "le meilleur de la semaine", Sleep Clinic était un vrai coup de cœur, aussi c’est avec plaisir que l’on s’attardera ici un peu plus sur son travail avec cet album publié fin 2013 sur le label Chondritic Sound (Prurient, Wolf Eyes, John Wiese, Bee Mask, etc...).

L’album n’est plus disponible dans son format d’origine qui était une double cassette remplie à ras bord. Il reste par contre la version numérique qui bénéficie d’une piste bonus, ce qui nous amène à près d’1h40 d’une ambient-drone particulièrement fine, le genre de musique qui nous rappelle un peu les productions du label français Basses Fréquences.
Commençons par le gros morceau qui est également le morceau titre et qui avec ses 23mn occupe la première face de la cassette. Il s’agit là d’une superbe introduction qui pourrait d’ailleurs durer éternellement. On oublie les drones, A Chance, A Curse [In a Darkened Room] étant une pièce particulièrement ambient basée sur des sonorités lointaines qui semblent être lancées au hasard, imprévisibles, comme des jets de lave qu’expulserait un volcan. Les sonorités sont magnifiques, le son est clair, fin, précis, contrastant magnifiquement avec l’impression de chaos ou de hasard que l’on évoquait à l’instant. Jeff Swearengin nous balade dans ses méandres de nappes grésillantes et mystérieuses, de crépitements, de pluie numérique et d’oiseaux métalliques, c’est à la fois beau et ténébreux. Dans un registre proche, on a le plaisir de trouver Accretion un peu plus loin qui semble être composé selon la même technique. On est ici moins dans un registre ambient, mais on retrouve la même finesse, mettant cette fois l’accent sur des crépitements quasi rythmiques qui parsement un duo de drone et nappes cristallines.
Autre gros morceau, Fall Into Me, Fall Into Oblivion occupe 14mn de la face B mais dans un registre bien différent, beaucoup plus classique avec ses nappes/drones pleins de souffle, particulièrement synthétiques. On pourra trouver cela un peu facile, mais ce serait sans compter sur un étonnant final abstrait, tenant plus des musiques acousmatiques que du drone...

De part sa composition, la seconde cassette est bien différente. On a là 6 titres dont la moyenne doit avoisiner les 8mn, soit autant d’occasions de changer de style, dans une certaine mesure bien sûr... Mais Sleep Clinic parvient sans mal à nous surprendre avec des drones particulièrement dérangés, sombres et sous-marins sur Idle Thoughts, des apparitions rythmiques et autres bizarreries électroniques sur Geomancy (même si des drones linéaires finissent par prendre le dessus), et surtout un chaos rythmique composé de percussions, grésillements, déchirures et crissements sur Plateau of Leng, un véritable OVNI au milieu de cet album.
Que les amateurs d’ambient se rassurent, Sleep Clinic reste bien porté sur des sombres douceurs, à commencer par le très contrasté Rosin, entre mélodies aériennes et silences angoissants, poussant la noirceur à son paroxysme sur Hormone Poisoning avec des drones particulièrement graves avant de conclure l’album avec My Eyes Tonight et son ambient étonnamment légère.
La piste bonus de la version numérique semble casser un peu la construction de l’album qui s’achevait sur une note optimiste puisque Summoning Denial (par ailleurs assez dispensable) aligne nappes et chœurs synthétiques que l’on croirait tirés d’une messe noire.

Un énorme album, globalement plutôt envoutant, parfois un peu facile, mais souvent magnifique.

Fabrice ALLARD
le 12/11/2015