Siestes Electroniques 2004 : Richard Devine / Sink

 date du concert

09/07/2004

 salle

Chapelle des Carmélites,
Toulouse

 tags

Chapelle des Carmélites / Festival des Siestes Electroniques 2004 / Richard Devine / Sink

 liens

Festival des Siestes Electroniques 2004
Sink

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Une nouvelle fois, en ce début d’été, Toulouse se met au vert électronique avec ces siestes à la programmation pointue quand la plupart des festivals se contentent de reléguer l’électronique aux fins de soirées dansantes pour réveiller ceux qui commenceraient à fatiguer. Au contraire ici l’électronique est une invitation à l’assoupissement, à la flanerie sous le soleil toulousain.
Avant d’aborder ces fameuses siestes, cette année le festival proposait des concerts le vendredi soir à la Chapelle des Carmélites. Le genre d’événement qui s’inscrit dans la démarche de Monum, cherchant à donner une autre image et attirer un autre public vers les monuments nationaux. On se rappelle à ce titre de la fête de la musique à l’Hôtel de Sully, ou encore le concert de Pole dans la Cathédrale de Bourges.

Vers 20h30 déjà, quelques jeunes épars patientent à l’entrée de la chapelle. Pas de surprises au niveau du public, apparemment des connaisseurs, peut-être est-ce l’effet concert payant qui a joué. On pénetre dans la chapelle, un monument impressionnant de beauté et de richesses, colonnes dorées, grandes peintures aux murs, et fresque au plafond. Etant donné la configuration de la salle, on se dit que le son ne va pas être trop fort, sous peine de transformer la musique en bouillie sonore, mais ce n’est pas ça qui arrêta les organisateurs.
Sink, qui a sorti un album chez Arbouse Recordings, commence son concert vers 21h30, dans une salle remplie au deux tiers environ, avec entre autre son fan club. Ayant bien aimé son album, mais ayant raté son concert parisien, on attendait pas mal de cette prestation qui fut particulièrement convaincante, et même surprenante à plus d’un titre. Pour commencer, près de 10mn de musique ambient irréprochable : superposition de nappes de toutes sortes, riches, cristallines, parsemées de craquements ou de petites notes aériennes. Une fois que les rythmiques démarrent, on est un peu plus en terrain connu, syncopées, mais particulièrement dures au regard de cette introduction ambient. On aura alors droit à un peu de tout, tout en restant cohérent sur l’ensemble : morceau presque uniquement rythmique, percussions plus calmes mais abrasives sur de douces mélodies, des passages plus nerveux avec sonorités crissantes et montée quasi drum’n bass industrielle. Retour au calme sur la fin, ambient, de nouveau quelques nappes, puis en guise de conclusion, une excellente reproduction électronique du bruit de la mer.
Un excellent concert qui nous donna au final l’impression de parcourir 10 ans de musique électronique : ambient, IDM, drum’n bass, glitch, tout y est passé lors d’un set pourtant très cohérent.

Changement de registre ensuite avec Richard Devine, l’américain sans concession, quelques part entre Warp et Schematic, même si on le situera plus proche de ces derniers. Il commence doucement en manipulant quelques sonorités entre bruitages mécaniques, sons concrets acoustiques, et d’autres purement électroniques. Une introduction assez brève, trop brève pour se préparer au déluge sonore qui suivra. On était préparé, donc pas de grosse surprise. Rythmique à tout va au sein de laquelle peinent à s’immiscer couinements, crissements, et parfois quelques nappes et basses. Les strates rythmiques se superposent, s’enchaînent, les machines sont lancées et ne s’arrêtent plus, produisant une musique fracassée, une sorte de breakcore métallique. Equipé d’un laptop et d’un contrôleur permettant d’agir sur de multiples paramètres, l’américain qui arrive ici en terrain conquis se la joue un peu. Entre ses incessantes joutes rythmiques avec sa machine, il cale quelques breaks et montées, usant de filtres, faisant penser à un DJ jouant avec les nerfs du public, impatient de voir cette montée se finir et la rythmique se libérer. Plusieurs fois lors de ces fameux breaks, il regarde le public tout en sachant très bien l’effet que produit sa musique, nous fait un petit clin d’oeil façon "je vous ai bien eu" provoquant quelques réactions dans la salle, et il libère alors ses rythmes qui repartent de plus belle. Un systématisme un peu ennuyeux pour un concert qui n’avait d’ailleurs pas de réelle construction. Sur la fin, jouant avec les extrêmes, il produira une uniquement nappe, sans ajout rythmique, et relancera la machine une dernière fois de façon plus tribale.
Un concert d’une heure, et alors que la personne chargée d’annoncer les artistes remerciait le public d’être venu, celui-ci se manifeste et en redemande. On aura alors droit à un rappel particulièrement réussi et justement beaucoup plus construit, avec un break de nappes d’orgues cristallines, et bruitages sombres. Pour finir, retour des rythmes débridés auxquels il mit fin en brandissant son contrôleur et produisant un final noisy. Ce soir Richard Devine portait un t-shirt Slayer et a tout fait pour qu’on comprenne pourquoi.

Au final, une excellente soirée, autant pour la musique que pour le lieu. Ecouter Richard Devine au milieu de peintures religieuses du XVIIe siècle est une expérience au charme décalé. Si l’on était invité à ne pas prendre de photos au flash pour ne pas abîmer celles-ci, on espère que les ondes sonores de ces deux concerts n’ont pas trop décollé la peinture...

Fabrice ALLARD
le 10/07/2004

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