Myriam Bleau / Filastine / Gazelle Twin

 date du concert

13/11/2015

 salle

Petit Bain,
Paris

 tags

Filastine / Gazelle Twin / Myriam Bleau / Petit Bain

 liens

Petit Bain
Myriam Bleau
Filastine
Gazelle Twin

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Après une diète de concerts d’environ 6 mois, c’est l’affiche de Petit Bain qui me pousse à sortir en direction de Quai de la Gare en ce désormais triste vendredi 13 novembre. C’est notre collègue québécois qui nous avait donné envie, évoquant par deux fois le travail de Myriam Bleau lors d’événements se tenant de l’autre côté de l’Atlantique. C’est un peu par hasard que l’on découvre son passage parisien, prenant étonnamment place dans cette salle du 13eme arrondissement, et en première partie de Filastine et Gazelle Twin. C’est en achetant notre place que l’on comprend un peu mieux l’organisation de cet événement qui se déroulait en fait dans le cadre du Festival Némo.

Étant donné que l’on s’était déjà fait avoir à Petit Bain, on arrive bien à l’heure (19h) pour un concert prévu environ 30mn plus tard. Comme on s’en doutait un peu, vu l’éclectisme de l’affiche, on ne dénombre qu’une quinzaine de personnes dans la salle pour le premier set, un chiffre qui augmentera un peu alors que des problèmes techniques semblent retarder la performance de Myriam Bleau intitulée Soft Revolvers, un titre qui au lendemain des attentats révèle une étrange résonance.

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Myriam Bleau

Sur scène, une grande table avec 4 toupies imposantes dont on devine qu’elles ne servent que de contrôleur. En effet sur le côté un laptop est là pour générer la musique selon les informations qu’il reçoit des toupies. Au dessus de cette table, une caméra est censée capter les gestes de l’artiste et rotations des toupies lumineuses afin de projeter l’ensemble en fond de scène. C’est ce dispositif qui pour nous semble fonctionner mais qui apparemment ne donne pas entière satisfaction à la Québécoise qui décidera d’éteindre le projecteur avant de démarrer son set. Regrettable dans le cadre du Festival Némo dont le principe même est de faire le lien entre arts sonores et arts visuels.
Nous n’en tiendrons finalement pas tellement rigueur, la salle étant de taille raisonnable, nous voyons très bien les manipulations de l’artiste et donc le lien qui opère entre gestuelle et rendu sonore. Peut-être un peu énervée par l’incident technique, Myriam Bleau nous surprend d’abord dans la façon de manipuler ses toupies, d’un geste vif, nerveux, passant rapidement de l’une à l’autre. En la voyant jouer, on se dit qu’il s’agit en fait d’une sorte de DJaying à 4 platines : chaque toupie est affectée à une piste bien précise, dont le jeu est modulé selon l’accélération et la vitesse de rotation des toupies. La musicienne mixe donc différentes pistes en faisant tourner simultanément plusieurs toupies, déclenche des samples, joue sur le tempo d’une boucle rythmique, déforme des samples vocaux exactement comme on pourrait le faire en manipulant un vinyle.
On sera par contre assez surpris par la musique qu’elle crée. Franchement électronique, actuelle, loin des musiques acousmatiques auxquelles on avait tendance à l’affilier (nous avons surement une image faussée des événements organisés au Québec par Akousma). Tonalités glissantes, cassures, glitchs, des sonorités généralement claires, "propres", synthétiques et limpides qui contrastent un peu avec des influences hip-hop bien marquées. Le résultat s’apparente à une electronica abstraite, avec des sonorités qui nous font penser à Mark Fell et une multitude de samples vocaux qui, selon le jeu de l’artiste nous oriente avec un travail de platiniste ou de producteur hip-hop.

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Myriam Bleau

Comme pour compenser l’absence de projection, la Québécoise nous surprendra en fin de set en faisant tourner ses toupies au milieu du public, à même le sol. De courte durée, cette séquence participa toutefois à donner une petite tournure immersive à cette performance son et lumière.

Ci-dessous un live donné voici un an durant le Music Tech Fest Paris (nov. 2014) :

Ayant l’impression d’entendre/voir passer le nom de Filastine depuis des années, nous étions persuadés que ce projet américain assurerait la tête d’affiche de cette soirée, mais contre toute attente ce sont bien eux, présents sur scène sous forme de duo, qui prennent le relai.
On ne s’attardera pas trop sur le sujet : on commence par deux titres à l’électronique plutôt lourde, se voulant efficace, groovy, tandis que mélodies et chant puisent leurs influences dans les musiques du monde. Dommage que cette musique nous laisse complètement indifférent (au moins), nous énerve (au pire), car le duo maîtrise sa prestation : de nombreuses projections entourent la scène et place le duo dans un univers bien à eux, des connexions se font même entre visuels et accessoires comme ce caddy de supermarché qui sert de percussion et de support à un pad électronique.
On restera pour un troisième titre, instrumental, que l’on trouvera étrangement plus réussi, donnant presque envie de danser, mais on en restera là. On va se prendre une bière et on assistera assez indifférent au reste de leur prestation.

C’est donc avec Gazelle Twin que l’on clôture la soirée, un duo dont nous n’avions jamais entendu parler et présenté comme "la sensation de l’année sur les scènes « gender » et électroniques". On fera rapidement une petite recherche sur le net, balayant en diagonal quelques titres étranges, au chant mal assuré (pour ne pas dire faux) et aux compositions minimalistes. On ne comprend donc pas trop, mais jouant finalement en tête d’affiche on s’attend effectivement à voir un phénomène.
On se rapproche de la scène et on retrouve la même mise en scène que sur d’anciennes vidéos du groupe, tous deux dans leur sweat à capuche, rouge pour lui derrière ses quelques machines, bleu pour elle en front de scène avec micro et une petite boite à effets. Certes il faut un petit moment afin de rentrer dans l’ambiance, surtout quand on ne connait pas le groupe : l’économie de moyens au niveau de la musique, le chant tellement atypique, parfois limité à une sorte de spoken word essouflé, ponctuant la musique, mais toutes ces caractéristiques rassemblées contribuent à faire de Gazelle Twin un projet bien à part, une sorte d’OVNI musical forcément attachant.
Il ne nous faut finalement pas très longtemps pour nous laisser captiver par le style et l’ambiance de ce concert. Derrière quelques codes witch house en déliquescence, on retrouve effectivement des effets sur la voix qui peuvent nous rappeler The Knife, tandis que Elizabeth Bernholz, la tête enfouie dans un collant, semble complètement habitée par sa musique. Le public reste très sage, certains semblent se lasser, les autres se dandinent, et chaque morceau se termine par des applaudissements nourris. Justement, on fera notre possible pour demander un rappel, mais les lumières se rallument, fin d’un concert que l’on aurait bien poursuivi un peu.

On quittera toutefois la salle en se disant que l’on a vu ce soir notre découverte de l’année, le truc le plus décalé et excitant. Vers 22h30 on quitte le Petit Bain, on reprend le métro, et on surprend une discussion dans la ligne 6, quelqu’un parle de kalashnikov, mais on le prend pour "un original" sans y prêter trop attention. Ce n’est qu’une fois arrivé à domicile que l’on comprend. Alors non, nous n’avons rien de très intelligent à dire dans ces moments là, on a juste une pensée pour tous ceux qui sont tombés alors qu’ils voulaient juste passer un moment agréable, que ce soit dans une salle de concert ou à la terrasse d’un café pour profiter des dernières douceurs automnales, on pense à eux et à leur famille.
Quand à tous ceux qui restent, et même si France Galle n’a jamais trouvé sa place sur ces pages, on a envie de leur dire :

Fabrice ALLARD
le 16/11/2015

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