Nick Storring

Gardens

(Scissor Tail Editions / Import)

 date de sortie

28/10/2014

 genre

Classique

 style

Expérimental

 appréciation

 tags

Expérimental / Nick Storring / Scissor Tail Editions

 liens

Nick Storring
Scissor Tail Editions

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La première fois que j’ai entendu le travail du compositeur torontois Nick Storring, c’était à l’automne 2013. Ayant reçu l’une des rares commandes du festival Akousma, les rencontres montréalaises de musiques numériques immersives par excellence, Storring présentait une musique électroacoustique concoctée à partir d’instruments musicaux de toute sorte. Reflet trouble de la musique maximaliste de Paul Dolden, cette musique était réalisée en superposant des couches et des couches de pistes d’enregistrements d’instruments, et en évitant tout effet numérique drastique.

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Nick Storring

Paru en octobre 2014, l’album Gardens est une sorte de faune sonore énigmatique, un savant mélange de la soixantaine d’instruments que Storring a manipulé personnellement. Sa musique, finement tissée, a été décrite comme ayant la luxuriance de la musique orchestrale, le caractère un peu rude de l’improvisation libre et des mélodies sombres, parfois sobres, parfois lyriques. Ici, pas d’envolée solaire ou de crescendo dramatique à la Gustav Mahler, bien que l’orchestration évoque clairement une version adoucie, pop-isée des œuvres pour grand ensemble du début du XXe siècle. La musique se déploie toute seule, tranquillement. On laisse aisément défiler d’un bout à l’autre de l’album, qui passe telle une caravane de gitans ou une marche à la campagne. La musique a quelque chose d’impressionniste, comme une nature en pleine floraison.

Justement, Nothing Seems To Rhyme est particulièrement empreinte de cette impression mi-ravélienne, mi-orientale. Storring confirme ces ressentis avec le titre tout à fait romantique Inside Every Man Lives The Seed Of A Flower, et le solo violoné du début qui rappelle distinctement le ehru, un instrument traditionnel chinois. Dans cette dernière pièce, on retrouve d’ailleurs l’un des rares moments cathartiques de l’album, dans un crescendo foisonnant. Si le cœur de la pièce est un peu moins solide compte tenu de sa durée, elle reprend vie à la toute fin, où le rattle des lampes d’un amplificateur de guitare donne à la musique un air d’inquiétante étrangeté, concluant l’album sur une note agitée, mais teintée d’espoir.

Dans cette musique, on pourra aussi entendre des traces de musique folk plus « occidentale », comme dans le long poème musical Open Your Eyes And Forget d’une durée de plus seize minutes. Ses mélodies de violon ne seront sans doute pas étrangères aux fans du groupe de post-rock Yndi Halda (on attend impatiemment l’album qui paraitra en février 2016, après dix ans d’attente).

Plus courte, (Come To My) Thicket relève d’un voyage dans une contrée lointaine, l’écho distant de cette fameuse caravane tsigane qui passe. On y retrouve de la guimbarde, des percussions et cloches à vache, un ensemble de vents nasillards, de la guitare… et tout ceci est un peu en sourdine, trouvant sa minuscule, mais indéniable place dans le mixage.

Disponible pour un tout petit prix de 5$ sur Bandcamp, et avec la valeur du dollar canadien qui plombe, vous procurer Gardens de Nick Storring sera l’aubaine de la semaine ! L’album est un petit plaisir pour les « ouverts d’oreilles » qui, tolérant les dissonances propres à ce genre de musique, l’écouteront sans difficulté, et profiteront d’un moment de silence à la toute fin pour prendre la mesure du voyage qu’ils ont fait.

Et si jamais vous faites un tour à Toronto, rendez-lui visite au Ratio. Le compositeur y tient régulièrement des concerts de musique expérimentale en tout genre.

Pierre-Luc Senécal
le 27/01/2016

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