Caecilia Tripp : Going Space

 date

du 15/01/2016 au 20/03/2016

 salle

Crédac,
Ivry-sur-Seine

 appréciation
 tags

Caecilia Tripp / Crédac

 liens

Crédac

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En grimpant les trois étages qui mènent au Crédac et à l’exposition de Caecilia Tripp, nous nous étonnons d’entendre à ce point le bruit de nos pas sur les marches métalliques du centre d’art. De fait, bien qu’hébergé dans une ancienne manufacture, le lieu ne nous avait pas paru être aussi sonore les fois précédentes. En réalité, on apprendra, par la suite, qu’il s’agit d’une œuvre sonore, réalisée par l’artiste elle-même et qui porte le titre de cette monographie. Parvenu à l’espace d’accueil, on y trouve closes les portes de la grande salle ; les repères ainsi brouillés, la visite peut se dérouler entre convocations de figures passées et velléités plus politiques, notamment marquées par l’héritage du Civil Rights movement.

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Last Song
(courtesy du Crédac)

John Cage est ainsi évoqué avec une série de peintures sur cartons découpés intitulé Free Cage, tandis que la performance de Jimi Hendrix brûlant sa guitare est recréée par une installation mêlant Stratocaster brisée en morceaux, allumettes encadrées et vidéo montrant une six-cordes en train de se consumer (Last Song). Plus loin, le souvenir des promenades de tortues narrées par Walter Benjamin est sollicité (The Turtle Walk (after Walter Benjamin)), comme celui d’Édouard Glissant, raconté par ses proches dans une vidéo. À force, cette suite de références peut lasser et on en vient à appréhender toute création de Caecilia Tripp à cette aune référentielle : un bâton sur une couverture de feutrine ne peut ainsi qu’être un hommage à Joseph Beuys (Here’m’Now), une trompette gravée salue nécessairement Miles Davis (Paris Anthem), etc...

Moins marqué par ces sources, le travail plus politique de l’Allemande la voit donc s’emparer du Civil Rights movement, ou plutôt d’une sorte de déclinaison de celui-ci. Ainsi la série de photographies Sleeping With Books capture-t-elle les mains de lecteurs endormis, tenant un ouvrage majeur de cette période (Angela Davis, Malcolm X), mais aussi des suivantes (Toni Morrison), en imaginant que cet endormissement des intervenants doit être pris au sens métaphorique et, par conséquent, déploré. En face, le film Boogie Man saisit un homme noir, se tenant face au plais de justice de Paris, vidéo diffusée sur un miroir et se reflétant sur le mur : forme de résistance et tentative de multiplication du sujet face à l’unicité de l’institution émergent alors de ce dispositif. Même recherche d’introduction d’un corps différent dans des lieux symboliques avec The Making Of Americans, série de photos dans lesquelles, partant d’un roman de Gertrude Stein, Caecilia Tripp narre l’histoire d’une famille sur trois générations en plaçant ses membres dans l’Appolo Theater de Harlem ou dans une limousine traversant le Brooklyn Bridge.

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Music for (prepared) Bicycles - bicycle sculpture, Score one : Bombay, 2012
(courtesy du Crédac)

Autre témoignage de ce désir de s’attacher aux déplacements, Scoring The Black Hole (qui occupe la grande salle, dont les portes avaient été fermés pour rendre hermétiques les espaces) se constitue d’une toile noire sur laquelle des patineuses à roulettes ont tracé, avec la craie enduisant leurs patins, des cercles concentriques blancs alors que, pour accompagner la contemplation de ces anneaux, une boucle sonore est diffusée. Enfin, un vélo préparé (certains rayons ont été remplacés par des cordes de guitare) trône dans une salle, après avoir parcouru plusieurs villes (Bombay, Le Cap et, bien sûr, New-York) pour une performance sonore qui prenait assurément des atours de procession, voire de manifestation.

François Bousquet
le 09/03/2016

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