L’Adversaire

 auteur

Emmanuel Carrère

 metteur en scène

Frédéric Cherbœuf

 date

du 16/03/2016 au 26/03/2016

 salle

Théâtre Paris-Villette,
Paris

 appréciation
 tags

Emmanuel Carrère / Théâtre Paris-Villette

 liens

Théâtre Paris-Villette

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Déjà adapté au cinéma (presque deux fois, même, si on choisit de considérer aussi L’Emploi du Temps de Laurent Cantet comme tiré du livre), L’Adversaire fait à présent l’objet d’une transposition théâtrale. Depuis plusieurs années, Emmanuel Carrère est devenu une personnalité extrêmement reconnue : ses ouvrages ont un large écho, plusieurs ont été traduits en film (La Classe de Neige, D’autres vies que la mienne) parfois réalisé par lui-même (La Moustache), ses articles viennent d’être publiés en recueil, il a participé à l’écriture de la série télévisée Les Revenants... Dans ce contexte, il est intéressant de revenir à L’Adversaire, ouvrage qui marqua un point de bascule dans l’œuvre de Carrère car ce fut avec celui-ci qu’il quitta le champ de la fiction pour aborder celui du récit.

Précisément, toute la difficulté réside dans cet entre-deux puisque, pour s’attacher à la trajectoire de Jean-Claude Romand, Carrère conçut un livre dans lequel il se mettait lui-même en scène, cherchant le bon positionnement pour aborder ce fait divers qui connut un grand retentissement en 1993 : un homme tua sa femme, ses enfants et ses parents avant de tenter de se suicider ; l’enquête révélant, en outre, qu’il avait menti à tout le monde pendant dix-huit ans, prétendant être médecin alors qu’il passait ses journées à errer dans les bois et sur les aires d’autoroutes.

Cette difficulté à trouver le bon positionnement et le bon de point de vue se retrouve tout au long de la pièce, le comédien jouant Carrère passant d’une forme de surplomb (quand il rend visite au meilleur ami de Romand, lui aussi ignorant de la double vie de son camarade, qui lui renvoie qu’il est facile de juger quand on connaît la fin de l’histoire) à une posture à la limite de la complaisance, voire de l’empathie. En effet, Carrère entreprit une relation épistolaire avec Romand quand celui-ci fut emprisonné, échange de lettres qui conduisit l’écrivain vers une tentative de compréhension du geste du tueur. Plus encore, le fait que Vincent Berger joue à la fois le rôle de Carrère et celui de Romand ajoute à cette confusion trouble.

Comme pour déminer par avance ces éventuelles accusations d’indulgence un peu fortuite, l’auteur sait également introduire une tirade plus moralisatrice, ou en tout cas plus conforme à la réaction qu’on attendrait du vulgum pecus : prononcée par une journaliste, consœur de Carrère, en marge du procès Romand, elle permet de rappeler qu’il s’agit là d’un assassin et que la compassion, elle serait plutôt à réserver à ses victimes. Au total, l’ensemble ne permet donc guère de savoir ce que l’auteur pense réellement de Romand, bien qu’on ne soit pas non plus certain que ce soit l’objectif du livre et, partant, d’une pièce qui, de surcroît, charge parfois un peu trop les personnages secondaires (visiteuse de prison tournée en ridicule, ami d’enfance perclus de naïveté, institutrice amante passagère aveuglée, etc…).

Pour construire sa transposition théâtrale, et au-delà du double rôle endossé par Vincent Berger, une double mise en abyme est également mise en place dès le début du spectacle. Un prologue très bien senti et pensé voit ainsi Frédéric Cherbœuf se rendre chez Emmanuel Carrère, afin d’obtenir son approbation pour transposer son livre au théâtre. Rajoutant à la distanciation d’ensemble, ce préambule installe d’emblée un regard extérieur (le metteur en scène se glissant ensuite dans le public, comme s’il était à sa table, en phase de répétition) et permet de s’interroger sur ce regard porté par les artistes sur ce tragique fait divers qui, par la suite, sera retracé par le double biais d’une enquête menée par Carrère et la tenue du procès d’assises. Habilement monté, L’Adversaire parvient ainsi à tenir les différents fils d’une proposition ambitieuse, sautant des atermoiements de l’écrivain aux incompréhensions du Président de la cour d’assises.

Autres dates :
- du 29 mars au 8 avril 2016 : Théâtre des Quartiers d’Ivry - Ivry-sur-Seine

François Bousquet
le 20/03/2016

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