Je suis Fassbinder

 auteur

Falk Richter

 metteur en scène

Stanislas Nordey

 date

du 10/05/2016 au 04/06/2016

 salle

Théâtre de la Colline,
Paris

 appréciation
 tags

Falk Richter / Théâtre de la Colline

 liens

Théâtre de la Colline

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Annoncée comme une création politique et en prise avec l’actualité, Je suis Fassbinder ne déçoit nullement sur ce point. Initiée début 2015 par Falk Richter et Stanislas Nordey, la pièce a évolué au rythme des secousses traversant la France, l’Allemagne et l’Europe au cours de cette année : attentats terroristes, crise des migrants, poussée de l’extrême-droite, violences faites aux femmes la nuit du 31 décembre à Cologne. Placés sur le plateau, cinq comédiens vont osciller entre évocations de ces événements et déchirures de couples, l’ensemble étant naturellement placé sous le patronage de Rainer Werner Fassbinder.

Sa participation au film L’Allemagne en Automne, à la fin des années 1970, sert d’ailleurs de trame pour la première scène. Dans le court-métrage, Fassbinder s’opposait à sa mère, celle-ci souhaitant à demi-mot, face aux agissements des activistes de la RAF, qu’un autoritarisme gentil soit mis en place ; dans la scène d’ouverture, Nordey reprend le rôle de Fassbinder tandis que Laurent Sauvage interprète sa mère, les deux comédiens s’affrontant autour des exactions subies par les femmes à Cologne. Au milieu de ce dialogue enflammé, quelques ruptures dans le texte surgissent, introduisant une mise en abyme puisque Nordey se fait interpeller par son propre nom, que celui-ci prend ses acteurs à partie, demande de reprendre « plus haut » dans le texte. Ce décalage, créant une double distance (le dialogue du plateau étant déjà une relecture du dialogue du film), peut aussi générer une forme de distraction par rapport au propos assez fort porté par les deux hommes, autour de la différence entre « viol » et « agression sexuelle » ou du fait de savoir si Angela Merkel avait raison ou non d’accueillir autant de migrants en Allemagne.

Cette alternance et cette difficulté à tenir la note politique sans dévier vont se retrouver au long d’un spectacle où la scénographie et les costumes tissent fortement le lien avec les années 1970 : rectangles de moquette épaisse au sol, pantalons pattes d’éph’, mobilier typique, blousons de cuir, photogrammes issus des films de Fassbinder disséminés un peu partout, grand manteau à revers en velours, etc... Un peu trop souligné également, le monologue final vient refaire la jonction entre le film de Fassbinder et la pièce, de manière probablement trop explicative, ne faisant pas suffisamment confiance au spectateur. Quoiqu’il en soit, le propos politique fait assurément réfléchir (même si la longue tirade « Je suis l’Europe » peut paraître un rien trop culpabilisante) pendant que les passages sur le délitement et les affrontements des couples s’éternisent et que les bascules dans les échanges entre Stanislas Nordey et ses comédiens sont placés comme des respirations, à côté des chansons interprétées en direct par Thomas Gonzalez (tel le Mad World de Tears For Fears, dans une version joliment alanguie).

Pas forcément dogmatique, ni assénant ses vérités, dans son discours, Falk Richter se présente comme un « chroniqueur, un sismographe [qui] perçoi[t] ce qui existe, rien de plus », captant des débats qui se trouvent sur la place publique et les retranscrivant sur le plateau, au fil d’une écriture qu’on voit presque se mettre en place. À ce sujet, les comédiens demandent, à un moment, à Nordey et Richter, de leur donner quelque chose à jouer, le premier leur répondant qu’il s’agit de les mettre en confrontation sur scène et de voir ce qui peut en sortir. Ce mécanisme se révèle, en réalité, un peu malin car il manifeste une certaine auto-dérision et fait que le texte contient en lui-même sa propre critique, annihilant toute critique possible. Pour autant, on se risquera à en faire une autre, tenant au rôle que se réserve Nordey, choisissant évidemment d’incarner Fassbinder mais prenant bien soin de ne montrer aucune sympathie envers les terroristes d’aujourd’hui alors que l’Allemand pouvait épouser certaines aspirations des activistes d’alors. Le parallélisme trouve alors ses limites, mais la force de certaines scènes et la réactualisation de la figure de Fassbinder font néanmoins de ce spectacle une proposition tonique.

François Bousquet
le 17/05/2016

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