ErikM / Pita sur "Paris qui dort" de René Clair

 date du concert

11/09/2004

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 tags

Centre Pompidou / eRikm / Pita

 liens

eRikm
Pita
Centre Pompidou

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Faire se confronter films anciens et musiques modernes n’est plus une nouveauté. Au contraire, cela tendrait plus à passer pour un effet de mode, après Jeff Mills sur le Metropolis de Fritz Lang, ou Fennesz sur L’homme qui rit de Paul Leni. Ce soir, nous avions l’occasion d’écouter deux versions d’une bande son pour Paris qui dort, premiers films de René Clair, réalisé en 1923. Les chefs d’orchestres numériques étaient pour l’occasion le français ErikM, et l’autrichien Pita.

Ne connaissant pas ce film, la première projection était déjà l’occasion de le découvrir. Noir et blanc et muet bien sûr, débutant au sommet de la tour Eiffel, un matin. Le gardien de la tour se réveille, mais aujourd’hui personne ne vient visiter le célèbre monument. Se demandant ce qui se passe, il décide de descendre et découvre avec horreur d’abord, et amusement ensuite, que la ville est figée. Le temps s’est arrêté, les gens immobiles, arrêtés dans leurs gestes : un policier à deux doigts d’arrêter un voleur, un homme sur le point de déclarer son amour, un autre s’apprêtant à se jeter dans la Seine, mais tous arrêtés dans leur élan. Un petit groupe de personnes ayant échappé au phénomène tente de vivre dans ce nouveau Paris, partagés entre l’envie de profiter de la situation (argent facile, restaurants gratuits, etc...) et l’ennui provoqué par cette ville morte.
C’est ErikM qui donne sa première version, globalement calme, ambient ponctuée de bruitages inquiétants, et sonorités tournoyantes ajoutant au mystère du phénomène, appuyant un peu plus les expressions de visages déjà très marquées dans le cinéma muet. Un long drone qui gagne en puissance pour commencer le film sur le réveil du gardien, drone qui reste tenu pendant les déambulations de ce dernier dans Paris tandis que des bruitages marquent chaque rencontre avec un personnage immobile. Plus loin il rencontre un groupe venant de l’aéroport et leur dialogue prend la forme d’expérimentations de machines bruitistes comparables à des scratchs. Les morceaux, les ambiances qu’ils suscitent s’enchaînent à merveille, tout est parfaitement amené et colle plutôt bien au film, mais on a tout de même l’impression d’entendre une suite de morceaux qui, avec un peu de chance, illustrent assez bien le film. Une bande son de toute beauté mais qui se suffit à elle même.

On voit tout de suite la différence avec Pita qui, s’il débute de façon similaire, s’attache très rapidement à coller au plus près du film, en essayant de respecter avec précision les changements de plan, et en adaptant brusquement sa musique à une scène d’action, une dispute entre les personnages. Son style plus bruitiste lui donne parfois l’avantage lorsqu’il imite le ronronnement d’un moteur d’avion sur la scène de l’aéroport, tout comme son souffle glacé qui illustre à merveille la solitude du gardien de la tour. On retiendra également une séquence un peu plus étonnante de sa part avec une musique électronique ludique sur des personnages batifolant joyeusement dans une fontaine. Malheureusement ce besoin de coller au plus près, ce dont il n’aura que par moment l’occasion de faire, avait tendance, en contrepartie, à révéler un certain vide par ailleurs, comme si sur de longues scènes, le musicien n’avait pas trouvé l’illustration sonore qui correspondait.
Un parti pris qui avait donc ses limites, et qui nous paru un peu scolaire lorsque, alternant ambient et noise, il illustrait ce que l’on voyait déjà, à savoir l’alternance entre sommeil et réveil de Paris quand deux personnages se battaient avec la machine responsable de cette catastrophe.

Dans les deux cas, de très beaux morceaux, mais aussi des limites à cet exercice. L’intérêt était à la base d’avoir deux versions, deux interprétations d’un même film, mais on restera quand même avec l’impression d’avoir vu deux fois le même film. Les univers ou sensibilités des deux musiciens doivent être un peu trop proches...

Fabrice ALLARD
le 22/09/2004

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