Quinzaine des Réalisateurs 2016 - Reprise de la sélection

 réalisateur

Joachim Lafosse

Pablo Larraín

 date

du 26/05/2016 au 05/06/2016

 salle

Forum des Images,
Paris

 tags

Forum des Images / Joachim Lafosse / Pablo Larraín

 liens

Forum des Images

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Une nouvelle fois, les théories des vases communicants et des balanciers semblent trouver à s’appliquer : alors que, l’an passé, la Quinzaine des Réalisateurs avait été très largement saluée pour sa qualité et que la Compétition officielle cannoise décevait, une impression inverse se dégageait des comptes-rendus venus de la Croisette. Les films que la Quinzaine avait réussi à capter l’an passé (Fatima, Mustang, Much Loved, Trois Souvenirs de ma Jeunesse, L’Ombre des Femmes) avait, en effet, fait défaut à la Compétition officielle tandis que, cette année, les long-métrages de Katell Quillévéré, Bertrand Bonello, Antonin Peretjatko ou Rebecca Zlotowski (pour s’en tenir aux cinéastes français) n’avaient pas été sélectionnés par la section parallèle, paraissant affaiblir son niveau. Cette dernière put néanmoins convier quelques habitués de ses murs (Sólveig Anspach, Alejandro Jodorowsky, Anurag Kashyap) et compter, parmi les films choisis, Divines, récipiendaire de la Caméra d’or, venant couronner le meilleur premier film, toutes sélections cannoises confondues. Pour notre part, nous concentrâmes notre regard sur quatre films, deux italiens, un chilien et un belge, retrouvant trois auteurs appréciés et faisant le pari d’un cinéaste moins repéré.

Présent il y a trente ans à la Quinzaine des Réalisateurs avec l’alors sulfureux Le Diable au Corps, Marco Bellochio y était invité, cette année, pour en faire l’ouverture avec Fais de beaux rêves (Fai Bei Sogni). Vivant à Turin, le petit Massimo a la douleur de perdre sa mère alors qu’il n’a que neuf ans ; revenant dans l’appartement familial trente-cinq ans après, les souvenirs affluent et l’histoire de la reconstruction du jeune garçon se forge. Le film parvient à se sortir correctement de ses allers et retours temporels, jouant sur un travelling ou une caméra panotant d’une pièce de l’appartement à l’autre pour passer de la fin des années 1960 aux années 2000. Dans une narration frôlant le mélo, Bellochio sait instiller ses habituelles charges contre la religion : Massimo refuse d’entendre le prêche lors de l’enterrement, boude la cérémonie funéraire, remet en cause l’enseignement catholique, etc...

Tiré d’un roman, Fais de beaux rêves marque par sa capacité à retranscrire le manque et la douleur, même si certains aspects se trouvent trop marqués, telles ces différentes figures féminines qui viennent ponctuer la vie de Massimo, comme autant de mères putatives de substitution, ou bien l’incapacité du héros à imaginer la manière dont sa mère est morte (ce que tous les spectateurs avaient, pour leur part, saisi dès le début). De même, le long-métrage souffre un peu de sa durée (deux heures et onze minutes), l’amenant à quelques faiblesses, à l’image de la mise en parallèle un peu maladroite du travail de reporter de guerre que Massimo assure à Sarajevo en 1992 et celui de journaliste sportif qu’il occupe peu avant ou de biographe d’un notable englué dans une affaire d’argent.

Peu identifié en France (bien qu’Ali a les Yeux bleus, son précédent film était sorti en 2014), Claudio Giovannesi venait gonfler la présence transalpine dans les sections parallèles cannoises (trois films à la Quinzaine et un à la Semaine de la Critique) avec Fiore, histoire d’amour entre deux jeunes gens placés dans une prison pour mineurs. Séparés, Daphné et Josh ne peuvent vivre leur histoire qu’à travers des petits mots cachés dans le chariot de livraison de repas ou en se regardant par la fenêtre la nuit, d’une cellule à l’autre. Ces tentatives donnent lieu à de très belles scènes (comme cet échange de bulles de savon) pendant que le récit se déroule de manière assez attendue, l’une et l’autre jonglant entre sorties anticipées éventuelles, visites de la famille au parloir et relations pas toujours faciles avec les codétenus. De moins en moins clandestine, leur relation se trouve alors confrontée à ce lieu clos quand eux ne rêvent que d’Ibiza ou de Rimini. Principalement attaché à Daphné, le réalisateur suit assez classiquement le chemin ouvert en début de film pour livrer un ensemble globalement convaincant.

Suivi par la Quinzaine des Réalisateurs depuis Tony Manero, Pablo Larraín y revient tous les quatre ans (ces pages avaient avantageusement rendu compte de No, vu en 2012), occasion pour nous de filer l’histoire du Chili vu par ce cinéaste. À chaque réalisation, il ambitionne, en effet, de revenir sur un événement politique ou sur un moment fort de son pays, avec distance et humour, éléments suffisamment rares pour ce type de projet. Cette fois-ci, c’est sur Neruda qu’il s’arrête, non pas sous la forme d’un basique biopic mais plutôt en se concentrant sur la traque, en 1948, du poète par la police, missionnée par le Président Videla. Fuyant à Paris, en passant par la cordillère des Andes, Pablo Neruda, alors sénateur, va utiliser plusieurs ruses (déguisements multiples, cachettes diverses) tandis que, systématiquement, le commissaire de police aura un temps de retard sur lui. Le comique ridiculise alors les personnages, aussi bien le représentant de l’ordre (naïf et gaffeur) que le poète communiste (grimé, déclamant ses vers tel au milieu d’une foule enamourée).

Non dupe de son héros, Larraín en fait un héraut de la lutte mais aussi une sorte d’ennemi idéal, de parfaite tête de turc du pouvoir de Videla, si bien qu’on se demande s’ils souhaitent vraiment l’arrêter ou s’il n’est pas préférable de le laisser en liberté et de l’utiliser comme chiffon rouge. Narré par la voix off du policier (interprété par Gael Garcia Bernal), Neruda s’interroge sans cesse sur la propre réalité du commissaire : existe-t-il ou bien est-il une fiction, une création du poète ? Au fur et à mesure, l’interrogation réciproque naît car Pablo Neruda paraît être presqu’une fiction, lui aussi, une sorte de chimère de révolutionnaire fantasmé, qui n’apparaît jamais aux côtés des ouvriers ou dans les cortèges. Deux autres procédés récurrents renforcent ce sentiment, le réalisateur chilien découpant, d’une part, certains dialogues dans des lieux différents alors que le fil de la conversation entre deux personnages ne s’interrompt pas et recourant, d’autre part, à l’éclairage de face (en lumière artificielle ou naturelle) et au contre-jour. Ces deux stratagèmes tout simples font ainsi ressortir pleinement l’aspect un peu imaginaire ou irréel de l’ensemble.

Après Les Chevaliers Blancs, essai un peu bancal de retracer l’histoire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse revient à un matériau plus traditionnel pour lui, avec L’Économie du Couple, huis clos travaillant les tensions familiales et jouant sur l’ambiguïté des sentiments, ressorts des meilleures réalisations du Belge. Marie et Boris, parents de jumelles d’une dizaine d’années, voudraient se séparer mais, faute de moyens suffisants, continuent de vivre sous le même toit en attendant que Boris puisse prendre un appartement de son côté. Cette réalité, qu’on sait malheureusement vécue par plusieurs ex-couples, se trouve incarnée par le jeu très juste et naturel de Bérénice Béjo et Cédric Kahn, poussant leurs personnages à interpréter des situations fortes que Lafosse laisse s’installer jusqu’au malaise (la première dispute montrée à l’écran, une scène de dîner avec des amis).

Alors que quelques séquences et développements s’avèrent trop faciles à imaginer (l’issue de la danse, la seule scène située à l’extérieur de la maison), on pourra aussi regretter que Marie et Boris soient légèrement trop stéréotypés : elle est bosseuse, maniaque et attentionnée tandis que lui est forcément dilettante, incapable de s’occuper des enfants, ne leur proposant que pâtes, pizzas ou nuggets pour le dîner. Ceci posé, le film nous conduit à nous demander s’il s’agit de stéréotypes ou bien d’archétypes et si Joachim Lafosse n’ambitionnerait pas, en réalité, la saisie d’un instantané sociétal. Tel étant possiblement le cas, L’Économie du Couple réussit son objectif.

Autres reprises de la Quinzaine des Réalisateurs :
- du 1er au 7 juin 2016 : Cinémas du Grütli - Genève
- du 8 au 12 juin 2016 : Rome
- du 14 au 20 juin 2016 : Florence
- du 16 au 23 juin 2016 : Milan
- du 4 au 10 juillet 2016 : Cinematek et Flagey - Bruxelles

Dates de sortie :
- L’Économie du Couple : 10 août 2016
- Fais de Beaux Rêves : 28 décembre 2016
- Neruda : 4 janvier 2017
- Fiore : 22 mars 2017

François Bousquet
le 06/06/2016

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