Melik Ohanian : Under Shadows

 date

du 01/06/2016 au 15/08/2016

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Centre Pompidou / Melik Ohanian

 liens

Centre Pompidou

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Reconnaissons-le : quand nous avons appris que la traditionnelle exposition du lauréat du Prix Marcel Duchamp allait se tenir, non plus dans l’Espace 315 (qui, au reste, n’existe plus sous cette forme, nous y reviendrons prochainement), mais dans une des salles du Musée, nous étions assez sceptiques. La crainte était forte que Melik Ohanian (artiste apprécié, même si peu souvent croisé) soit obligé de composer dans un espace contraint, au milieu du fonds du Centre Pompidou, et que son travail ne se trouve phagocyté par ceux de l’histoire de l’art qui l’entourent. En vérité, la manière dont la salle dédiée au Français est placée (entre deux séquences, avec une moquette foncée, un rien à l’écart des déambulations) s’inscrit parfaitement dans le parcours repensé des collections contemporaines. Conçu autour d’œuvres récemment données au Centre Pompidou, ce dernier ne se veut pas véritablement chronologique ou thématique (à la différence de la présentation des œuvres d’art moderne, à l’étage du dessus), permettant à la proposition d’Ohanian d’agir comme une respiration ou une pause pas du tout incongrue.

Précisément, c’est autour du temps et de la manière dont il est possible de s’en saisir que le plasticien a pensé son exposition, accrochant soixante photographies noir et blanc sur les cimaises, variations révélant le changement d’état du Césium 133, cet élément chimique qui définit la seconde universelle dans les horloges atomiques (Portrait Of Duration). Passant de l’état solide à l’état liquide, prenant des atours de vestiges géologiques, le composant se trouve ainsi fossilisé, comme si, finalement, l’homme avait réussi à arrêter, ne serait-ce que fictivement la course du temps. Celle-ci reprend pourtant son cours avec une suite de sept caissons lumineux s’allumant une seconde par minute et reprenant ces mêmes photographies.

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Vue de l’exposition

Parallèlement, l’artiste dispose quatre-vingt ampoules en périphérie de la salle, s’allumant puis s’éteignant progressivement (Gradient), de telle sorte que tout l’espace n’est jamais illuminé en même temps. Apparitions et disparitions plus fugace avec Word(s), boîte noire placée en hauteur, où clignote un mot, et placée dans une plus longue perspective avec Modelling Poetry – An Algorithm As A Screenplay, grande installation trônant au centre de la salle. Destinée à documenter une hypothèse de la NASA selon laquelle, dans quatre milliards d’années, la Voie Lactée et la galaxie d’Andromède entreront en collision, cette création projette sur un écran à LED la trajectoire accélérée de ces deux galaxies tandis qu’au-dessus de l’écran, un miroir hémisphérique reflète à la fois cette collision et l’ensemble de l’exposition. Entre expériences à grande échelle, travaillant sur un temps infiniment long, et petites interventions concentrées sur une fraction de temps, Melik Ohanian sait aussi replacer l’humanité dans son contexte : le déplacement des spectateurs se reflète également dans le miroir et les ampoules sont serties du nom de personnages célèbres.

François Bousquet
le 16/08/2016

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