Telling Tales : Excursions In Narrative Form

 date

du 02/06/2016 au 09/10/2016

 salle

Museum of Contemporary Art,
Sydney

 appréciation
 tags

Museum of Contemporary Art

 liens

Museum of Contemporary Art

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Situé juste en face du somptueux et iconique Opéra (prendre un toasted banana bread sur la terrasse du musée et contempler l’œuvre architecturale de Jørn Utzon est d’ailleurs fortement recommandé), le Musée d’Art Contemporain de Sydney présente des expositions temporaires, à la fois monographiques (aussi bien nationales qu’internationales) et collectives, réparties dans les différents niveaux de cet ancien bâtiment auquel un cube plus récent a été adjoint. Préoccupation récurrente des créateurs contemporains, et leitmotiv régulier des commissaires d’exposition, la narration se trouvait ainsi au cœur d’une présentation mêlant artistes australiens et internationaux, les curateurs ayant cherché à sélectionner des œuvres censées illustrer aussi bien les formes parlées, écrites, voire non-verbales de communication.

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Shirley Purdie - série Goowoolem Gijam – Gija plants
(courtesy Warmun Art Centre)

Naturellement, un musée australien ne saurait se départir de son histoire et de la présence, avant les colons anglais, des Aborigènes. C’est ainsi que quatre femmes venues de la région de Warmun (dans le nord du pays-continent) sont conviées, présentant de grands formats semblables aux peintures corporelles typiquement aborigènes (Peggy Patrick), des toiles aux motifs proches de la scarification (Phyllis Thomas), des peintures documentant soixante-douze plantes (Shirley Prudle) ou bien des peintures contant une histoire d’amour représentée par la lune et les étoiles (Mabel Juli). Symbolistes, assez naïves (au sens de l’art naïf) dans leur expression, volontiers attachées aux corps ou à la nature, ces toiles confortèrent nos (très faibles) connaissances en la matière.

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Lee Mingwei - The Letter Writing Project
(courtesy de l’artiste)

Avec des médiums plus variés, d’autres plasticiens se situèrent plus ouvertement dans la ligne directrice de l’exposition. Ainsi Kerry Tribe recrée-t-elle le meurtre (ou suicide ?) irrésolu d’un héritier états-unien du pétrole en conjuguant vidéo reconstitutrice et photos de l’intéressé, de sa femme et de l’amant de celle-ci, réinterprétés par des comédiens couverts de faux sang. Autre forme narrative, mais plus collaborative avec Lee Mingwei qui propose aux visiteurs trois positions (debout, assis, à genoux) dans trois petites huttes pour écrire une lettre à mettre dans une enveloppe ou bien pour lire l’une de ces lettres précédemment écrites (The Letter Writing Project).

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Emily Floyd - It’s because I talk too much that I do nothing
(courtesy Anna Schwartz Gallery)

Pour « raconter des histoires », le support auquel on songe naturellement s’avère le livre et Emily Floyd y rend hommage avec de grandes installations dans lesquelles des lettres en bois reprennent les phrases de L’Étranger ou de Crimes et Châtiments tandis que l’environnement des romans se trouve également symbolisé (minarets et dômes d’églises orthodoxes). D’autres volumes en bois sont consacrés à L’Archipel du Goulag dans ce qui se trouve la salle la plus pertinente du parcours. Tout aussi solide sur le plan politique, Bouchra Khalili dépeint les trajectoires des migrants telles des constellations ou des tracés sur une carte du monde comme on en trouve dans les salles de classe. Enfin, sur cette même thématique, quoique plus anecdotiques sur le plan plastique, Safdar Ahmed réunit des carnets de dessin de réfugiés.

Enfin, puisque la narration peut aussi passer par des moyens muets, les marionnettes aux formes asiatiques de Jumaadi sont présentées, de même que trois vidéos d’Angelica Mesiti. Une chorale « chante » en langue des signes dans la première, Le Lac des Cygnes est dansé de manière immobile dans la deuxième et une œuvre de Steve Reich est « jouée » en silence dans la troisième. Présentés sur trois grands écrans, ces films convient même le public puisque les autres visiteurs s’aperçoivent, par transparence, telles des ombres chinoises, à travers les écrans quand les vidéos n’y sont pas diffusées. Tout aussi muets que les personnages de ces dernières, les spectateurs s’intègrent parfaitement à un ensemble globalement cohérent.

François Bousquet
le 18/10/2016