Paris

 date

du 06/09/0216 au 29/10/2016

 salle

Fondation d’entreprise Ricard,
Paris

 appréciation
 tags

Clarisse Hahn / Fondation d’entreprise Ricard / Mélanie Matranga

 liens

Fondation d’entreprise Ricard

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Il n’est finalement pas aussi fréquent que la sélection du Prix Fondation d’Entreprise Ricard soit réalisée par un artiste plasticien, cet office étant plutôt dévolu à des critiques ou commissaires d’exposition. Cette année, donc, c’est Isabelle Cornaro, ancienne lauréate de ce Prix, qui fut chargée d’opérer ce choix, portant son dévolu sur huit artistes mais s’écartant de ce qu’on croyait être une des règles du Prix en retenant Mélanie Matranga, déjà concurrente en 2014. Avec son intitulé (presque trop) sobre, difficile d’imaginer quelle pouvait être la direction prise par Isabelle Cornaro dans son commissariat même si la note d’intention annonce la volonté de se concentrer sur la manière dont les images d’actualité irriguent les œuvres plastiques, que ce soit sur le fond ou sur la forme (via le montage, par exemple). Thématique assez récurrente, celle-ci se trouve effectivement suivie par la majorité des artistes choisis même si la présence de trois vidéastes rend difficile la nécessaire comparaison qui préside à la remise d’un Prix.

Au reste, c’est un de ces trois vidéastes qui fut récipiendaire de ce dernier, venant saluer le parcours déjà bien riche de Clément Cogitore  : lauréat du Salon de Montrouge (où on l’avait repéré en 2011), présence remarquée dans plusieurs expositions, passage salué au cinéma (avec son long-métrage Ni le Ciel, Ni la Terre, paru à l’été 2015 après avoir été présenté à la Semaine de la Critique cannoise et nommé pour le César du Meilleur premier film et le Prix Louis-Delluc), présentation personnelle l’été dernier au Palais de Tokyo, etc... Dans ce contexte, c’est assez logiquement qu’il reçut le Prix Fondation d’Entreprise Ricard même si on put regretter que ce fut pour la diffusion d’une vidéo déjà ancienne et exposée par le passé. Pour autant, Un Archipel reflète bien le travail de Cogitore, avec son attachement aux thématiques liées à la guerre (ici, la disparition d’un sous-marin britannique), aux phénomènes inexpliqués ou quasi-irrationnels et l’intégration d’images filmées à la caméra infrarouge. Partant d’une authentique histoire, le Français la romance, dans un film flirtant sans cesse avec des aspects de vérité, n’hésitant pas à tromper le spectateur sur l’authenticité de son récit (présence d’images d’archives, cartons narrant l’histoire à la manière d’un documentaire avec date et heure des faits, etc...).

S’appuyant, pour le coup, sur des événements tragiquement réels, Clarisse Hahn (dont ces pages ont déjà pu évoquer le travail cinématographique) interroge deux ex-prisonnières turques qui avaient fait partie des détenus ayant opéré une grève de la faim en décembre 2000. Réprimé par le régime, ce mouvement de protestation conduisit à la mort de dizaines d’autres prisonniers qui étaient uniquement mus par leur désir de se servir de leur corps comme d’une arme, seule capacité de protestation dont ils disposaient. Réalité toute aussi peu démocratique avec la Corée du Nord, dépeinte par Marie Voignier dans le court-métrage The President was passionate about Hollywood Cinema.

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Louise Sartor - RADARTE
(courtesy Galerie Crèvecoeur)

Quittant la salle de projection, on revient vers l’espace d’exposition à proprement parler pour admirer les grands formats d’Anne Imhof, dans lesquels la laque noire se trouve parcourue de traits d’acier, zébrures colorées venant créer un effet de matières sur des toiles auxquelles l’accrochage ne rend pas forcément justice, en raison des lampes qui s’y reflètent. À l’inverse, les touts petits formats de Louise Sartor bénéficient d’un éclairage plus judicieux, donnant une forme de relier à ces peintures réalisées sur du papier, rejouant des scènes qu’on dirait volées par des paparazzi. Autre réactivation, celle du film Blow Up par Julien Crépieux qui enchaîne la présentation de photogrammes extraits du long-métrage d’Antonioni tandis que sa bande-son est diffusée. Petite subtilité néanmoins : les photos sont lâchées dans une petite caisse bordée de miroirs, faisant se refléter l’image à l’infini. Ayant traversé le temps depuis 1966, ces clichés volent donc, à présent, vers une forme d’éternité en se répercutant contre ces facettes infinies.

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Mélanie Matranga - Fortune Light
(courtesy Galerie Karma International, Zürich)

Enfin, et après être passé rapidement sur les collages de Will Benedict, on s’arrête sur l’installation de Mélanie Matranga qui rejoue ici une forme développée lors de son exposition au Palais de Tokyo l’an passé : conjonction de lampes en papier japonais, de câbles et de tables en plexiglas, l’ensemble veut créer un intérieur accueillant, aux teintes un peu tamisées.

François Bousquet
le 26/10/2016

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