Tout connaître ou ne rien savoir ?

Récemment, on a fait l’expérience d’aller voir quelques films au cinéma sans rien en savoir d’autre que le titre, le nom du réalisateur et ceux des comédiens, réussissant à rester vierge de toute autre information. Sans connaître préalablement le lieu et l’époque où se déroule le film, les relations entre les personnages ou même l’intrigue, notre découverte fut quasiment totale, pour des résultats souvent vivifiants car débarrassés de tout présupposé.

Pour autant, cette démarche est-elle transposable à toutes les disciplines artistiques et est-elle tout simplement souhaitable ? En effet, ce qui peut apparaître bénéfique pour un film ne l’est pas forcément pour un disque, par exemple. Les conditions d’enregistrement, les participants (au-delà de l’artiste ou du groupe auteur du disque) ou les circonstances ayant conduit l’artiste à composer tel ou tel morceau s’avèrent bien souvent indispensables à la bonne prise en compte d’une œuvre musicale. Ce que certains préfèrent écarter, craignant de succomber au storytelling qui emballe la sortie du disque, se révèle pourtant bien souvent indispensable, comme l’est le fait de replacer l’album considéré dans la discographie de son auteur, ou même (c’est une de nos marottes) dans le catalogue du label qui le publie. À l’inverse, nous nous efforçons de ne pas regarder les bande-annonces des films que nous irons voir, tellement ce petit montage divulgue démesurément le long-métrage à venir.

Le discours promotionnel (grâce auquel chaque nouvelle œuvre est nécessairement « la plus aboutie/accessible/ambitieuse de son auteur ») contient ainsi, à l’évidence, en lui-même, ses propres limites mais, fréquemment, il éclaire aussi sur la genèse d’une création. En ces temps de surinformation et de multiplication des canaux, tenter d’y échapper est probablement vain mais tâcher de le tamiser ne l’est certainement pas.

François Bousquet
le 24/11/2016