L’État de Siège

 auteur

Albert Camus

 metteur en scène

Emmanuel Demarcy-Mota

 date

du 08/03/2017 au 01/04/2017

 salle

Espace Pierre Cardin,
Paris

 appréciation
 tags

Albert Camus / Espace Pierre Cardin

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Pendant les travaux au Théâtre de la Ville, ce dernier est délocalisé dans plusieurs autres institutions partenaires mais aussi, pour ses principales activités, à l’Espace Pierre Cardin. Situé en bas des Champs-Élysées, ce lieu offre certainement davantage de latitude pour la scénographique que le grand plateau majestueux de la Place du Châtelet, difficilement modulable. Précisément, pour la création d’une pièce rare d’Albert Camus, Emmanuel Demarcy-Mota fait le choix d’un dispositif trifrontal, en inversant orchestre et scène, plaçant ce dernier au centre d’un espace entouré de trois séries de gradins. Entre arène et agora, ce plateau reconfiguré favorise également des entrées et sorties multiples venant de toutes parts.

Incontestablement, ce procédé sert la mise en scène d’une pièce à la forte dimension allégorique : dans une ville gouvernée par l’immobilité, érigée en vertu cardinale, La Peste et sa secrétaire viennent renverser le pouvoir en place et instaurer un régime totalitaire fascistoïde, avec purges et menaces à l’appui. Pas besoin de réfléchir bien loin pour imaginer les concordances que Demarcy-Mota cherche avec notre présent, et expliquer sa volonté de sortir de l’oubli une pièce écrite en 1948, dans un contexte post-seconde guerre mondiale encore marqué par quelques dictatures. L’aspect universel du texte (le mal n’est pas affublé de nom de personnage mais nommé « La Peste », l’époque est indistincte) se trouve même renforcé par la mise en scène qui ne situe pas l’action (alors que le texte initial le plaçait à Cadix), afin que chacun puisse sentir le danger à ses propres portes.

Sous ce jour, le caractère désespéré du texte revient régulièrement (« Si le crime devient la loi, il cesse d’être crime » est obligé de reconnaître Le Juge), les suppôts du régime frôlent la caricature par leur accoutrement (manteau cintré en cuir, gants noirs, cheveux plaqués) et la normativité exacerbée parvient à avilir le peuple (il faut un certificat d’existence pour obtenir un certificat de santé, et réciproquement). Face à de si sombres perspectives, Camus évite toutefois le fatalisme, ayant malgré tout foi en l’Homme (« Réveillons-nous » exhorte Diego, héros exalté) et en l’Amour, bien que la pièce se concentre parfois un peu trop sur le jeune couple Diego-Victoria, au détriment d’un propos plus politique.

S’il semble que L’État de Siège soit quelquefois monté avec plus de légèreté, le ton se veut ici assurément plus grave, voire alarmiste, notamment grâce à l’apport de la riche scénographie : bâche en plastique recouvrant le plateau semblable à un lieu apocalyptique, écrans vidéos retransmettant les discours du Gouverneur ou de La Peste en gros plan afin d’effrayer davantage, présence de trappes par lesquelles les comédiens disparaissent quand leurs personnages sont contaminés, etc… Mais les différents praticables mis en place servent également de supports pour s’élever et haranguer la foule, en appeler à la résistance et à la liberté, même au prix de la vie.

Autres dates :
-  du 25 avril au 6 mai 2017 : TNB – Rennes

François Bousquet
le 16/03/2017

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