Walker Evans

 date

du 26/04/2017 au 14/08/2017

 salle

Centre Pompidou,
Paris

 appréciation
 tags

Centre Pompidou / Walker Evans

 liens

Centre Pompidou

 dans la même rubrique
du 07/02/2018 au 30/04/2018
Sheila Hicks : Lignes de Vie
(Centre Pompidou)
du 13/03/2018 au 21/04/2018
Tarik Kiswanson : Come, come, come of age
(Fondation d’entreprise Ricard)
du 01/02/2018 au 15/04/2018
Stéphane Dafflon : U+25A6
(Le Plateau / FRAC Île-de-France)
du 20/01/2018 au 25/03/2018
Louise Hervé & Chloé Maillet : L’Iguane
(Crédac)
JPEG - 103.9 ko
Alabama Tenant Farmer Floyd Bourroughs
(courtesy Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art)

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il semble que cette monographie soit la première rétrospective consacrée à Walker Evans en France, alors que le photographe est décédé il y a plus de quarante ans. Ses images de petites gens au moment de la Grande Dépression sont pourtant devenues des classiques, très fréquemment convoquées lorsqu’il faut illustrer la misère ou le dénuement. Au-delà de ces clichés, on était toutefois curieux de découvrir d’autres facettes du travail de l’États-Unien et l’exposition y parvient amplement.

Après une introduction dévolue à son passage en Europe, le parcours fait effectivement le choix d’un accrochage thématique permettant, en délaissant globalement toute approche chronologique, d’appréhender certaines constantes dans le travail de Walker Evans. C’est ainsi qu’on peut constater qu’il ne s’est pas uniquement intéressé aux personnes mais s’est également, et peut-être même surtout, attaché à divers signes typiques de la culture étatsunienne : enseignes, affiches, cartes postales, publicités, objets, rues principales (« Main Streets »), moyens de locomotion… Par-delà les années, le lien entre les différentes séries s’opère d’autant plus facilement que la scénographie de l’exposition propose des cloisons ajourées, grâce auxquelles le spectateur peut entrevoir une série lorsqu’il en regarde une autre. Pour regrouper tous ces sujets, le commissaire Clément Chéroux fait appel au terme de « vernaculaire », ici retenu comme « forme d’expression populaire ou commune employée par des gens ordinaires à des fins utilitaires ».

Le cheminement se trouve ainsi divisé en deux (« Le vernaculaire comme sujet » puis « Le vernaculaire comme objet »), avec au début de chaque séquence un espace où sont accrochés des objets collectionnés par Walker Evans lui-même. Le souci vient alors, comme ont pu le relever déjà plusieurs recensions consacrées à cette exposition, du fait que le terme « vernaculaire » finit par être utilisé, rabattu, remâché jusqu’à plus soif : sujet, méthode, objet, technique, etc… tout est désigné sous ce vocable, des maisons aux gens, des véhicules aux affiches. Les cartels débordent de cette expression et le parcours se termine par une section dans laquelle on nous indique que le vernaculaire se replie sur lui-même, étant à la fois objet et sujet ; évidemment, puisque tout est dans tout, sa réciproque est vraie également…

JPEG - 109.3 ko
Joe’s Auto Graveyard
(courtesy Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art)

Si l’on parvient à passer outre (probablement ne faut-il pas lire tous les cartels), on se concentrera alors sur le regard posé par Walker Evans et, en contrepoint, sur les regards face objectif des paysans de l’Alabama. Sans misérabilisme, le photographe parvient à capter leur détresse mais aussi leur détermination, voire leur foi dans une possibilité d’amélioration de leur condition. Dans d’autres séries, peut également affleurer la dimension politique de l’États-Unien qui s’est, par exemple, concentré sur les conséquences néfastes de la modernité : multiplication des déchets, obsolescence des machines et constructions, productivisme à outrance, etc… Plus pertinentes que d’autres suites où il revendique ouvertement le fait de ne pas utiliser d’effets, de ne pas jouer sur les ombres, ni de mettre en scène ses sujets (autant de postulats qui finissent par tout neutraliser et créer une sorte d’uniformité), ces séries agissent comme utiles témoignages de l’americana voire, par métonymie, de notre époque.

François Bousquet
le 09/08/2017

À lire également

du 04/12/2002 au 06/12/2002
The Show Must Go On
(Centre Pompidou)
du 15/04/2009 au 18/04/2009
La Mélancolie des Dragons
(Centre Pompidou)
21/03/2001
Büro 33 : Fenno’Berg
(Centre Pompidou)
du 27/01/2010 au 30/01/2010
Ciao Bella
(Centre Pompidou)