RBMA Festival - Pleine Conscience : Pan Daijing / Prurient / Midori Takada / GAS / Tim Hecker

 date du concert

29/09/2017

 salle

Palais de Tokyo,
Paris

 tags

Gas / Palais de Tokyo / Prurient / Tim Hecker

 liens

Tim Hecker
Palais de Tokyo
Prurient
Gas

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On avait calé cette date dans notre agenda depuis un petit moment, ne serait-ce que pour la présence de GAS. Plus globalement c’est la thématique même de cette soirée qui nous interpellait avec des artistes plutôt portés sur l’ambient, au sens large puisque l’affiche couvrait un périmètre formé par Midori Takada et Tim Hecker.

Première surprise puisque même si l’annonce était finalement bien claire, la soirée ne se tenait pas au Yoyo, l’espace culturel/clubbing situé sous le Palais de Tokyo, mais véritablement dans les sous-sols du dit Palais. L’espace à été aménagé avec quelques jeux de lumière, un bar qu’il sera impossible de rater, une scène basse et circulaire plantée au milieu d’un espace atypique, et des toilettes dignes d’un festival en plein air ou du marathon de Paris...
Pour ceux qui ne seraient pas au courant, derrière RBMA se cache la Redbull Music Academy, une plateforme organisant ateliers et festivals à travers le monde autour des musiques contemporaines. C’est une des diversifications de Red Bull et donc un autre moyen de promouvoir sa boisson. D’ailleurs après l’odeur des frites McDo, des popcorn dans les cinémas, voici l’odeur du Redbull dans les concerts de musiques expérimentales.

Bref, le programme était bien cadencé et même si on rentrera un peu tardivement dans la salle, le premier concert doit commencer à peu près à l’heure avec Pan Daijing, une artiste chinoise actuellement basée à Berlin qui débutait ce soir une tournée européenne après avoir joué quelques jours plus tôt au RBMA Festival de Montréal. La jeune femme arrive voilée, avec sur ce voile des espèces de perle qui lui couvrent la moitié du visage, lui conférant un aspect extra-terrestre. Son concert débute de façon assez brute, avec un léger jeu de scène, avant que des drones électroniques graves ne croisent ses vocalises.
Ses boucles sont parfois tribales, ses percussions frôlent les musiques industrielles ou se font minimales. On retiendra surtout un relatif hypnotisme, répondant à la thématique de la soirée avec l’utilisation régulière de boucles, un aspect répétitif sur lequel la Chinoise vient plaquer un joli chant aérien. L’artiste semble avoir proposé ce soir un set posé qu’elle termina tout de même sur un final nerveux, bruitiste, avec cri et accélération rythmique. Le public qui sera en grande partie arrivé pendant ce set applaudira chaleureusement.

C’est d’ailleurs un public qui nous surprendra à plusieurs titres. Plutôt jeune, en tout cas plus jeune que ce à quoi on s’attendait et globalement très bienveillant, tant à l’égards des artistes que de l’ensemble du public, avec des téléphones discrets et le silence pendant les sets, comme cela était d’ailleurs recommandé à l’entrée de la salle.

Deuxième concert avec Prurient, un artiste dont le nom nous disait quelque chose, que l’on pensait connaitre, dont on pensait avoir déjà parlé, mais non... Dominick Fernow est américain, basé à New York et responsable du label Hospital Productions sur lequel il sort la majeure partie de ses productions. Entre son look et les premières minutes de son set, il nous apparaît comme l’exemple type du producteur de musique dark ambient, élevé aux musiques industrielles, avec son vieux t-shirt noir et un visage grave, fermé.
Il nous servira une introduction aride à base de drone et de pluie métallique, avec en arrière plan des projections assez brutes, caméra flottante dans des appartements à la recherche d’une fenêtre que l’on verra comme une échappatoire. L’Américain utilise régulièrement sa voix, complètement manipulée, ne produisant plus qu’une sorte de murmure bruitiste alors qu’il semble crier dans son micro. Sa musique est en grande partie construite sur des drones et souffles, de lentes évolutions, et de magnifiques moments quand des boucles hypnotiques se forment, que des nappes rejoignent les drones et que sa voix fantomatique s’intègre comme un doux murmure. On sortira de ce concert en se disant que l’on vient de faire là une belle découverte et que cela pourrait être LE concert de la soirée.

Il faudra être patient avant de pouvoir aborder le 3ème set assuré par Midori Takada avec d’abord une mise en place assez longue d’une multitude de percussions, puis une attente qui n’en finit pas. Ça doit être à cette heure que le public était le plus dense, ce qui nous étonna un peu alors que l’on ne connaissais pas du tout la musicienne. Tombée dans l’oubli pour cause d’échec commercial, elle a récemment été redécouverte par des collectionneurs de disques puis rééditée par le label We Release Whatever The Fuck We Want Records avec notamment l’album Through The Looking Glass.
La Japonaise arrive sur scène et ne cesse de se déplacer, telle un ninja avec ses mailloches, passant d’une cymbale à une autre, ponctuant ainsi ses propos dans un style qui par moment nous rappellera Laurie Anderson. La comparaison s’arrêtera là puisque Midori Takada se produit avant tout aux percussions, enchaînant au gong dans un rapide jeu de vibrations. Le cœur du concert se passera au marimba où l’on retrouvera le jeu répétitif qui fut un peu le fil rouge de la soirée. C’est très beau, nous faisant ici penser à Steve Reich car si la Japonaise est reconnue pour un style ambient, c’est surtout son aspect minimaliste que l’on retiendra. Le passage le plus impressionnant sera ensuite aux tambours, posés verticalement, entre lesquels elle vient se placer. De part la configuration, son jeu s’apparente alors à une savante chorégraphie, un jeu d’équilibriste qui nous paraîtra impressionnant. Pour conclure elle reviendra vers le public avec son spoken word et ses ponctuations de cymbales.

Il est alors pas loin de minuit quand Wolfgang Voigt (GAS) prend place. La mise en scène est des plus classique avec un grand écran en fond de scène et le musicien derrière son pupitre placé sur la gauche de la scène. Petit problème technique avec les visuels pour commencer, puis quelques sauts d’image un peu gênant mais rien de véritablement bloquant. Cela fait bien longtemps que l’on n’avait plus écouté GAS alors qu’il vient de sortir un nouvel album intitulé Narkopop.
Du coup on se laisse surprendre par son ambient extrêmement dense, qui semble mêler souffles et nappes aux lentes mélodies. Il nous faudra quelques minutes pour rentrer dans ce set et c’est d’abord sur les visuels que notre attention se portera. Une vidéo particulièrement réussie puisque l’on se demandera a plusieurs reprise comment elle a été produite. La caméra tourne autour d’arbustes et par un jeu de superposition de plusieurs films, il se crée une impression de 3D avec le premier plan qui semble sortir de l’écran. A l’image des pochettes de ses disques, les visuels de GAS restent sur des paysages forestiers à base d’arbustes et arbres subissant divers effets optiques jusqu’à rendre l’image complètement abstraite.
Petit à petit une rythmique sourde s’installe et avec elle l’aspect hypnotique de cette techno-ambient s’impose. Entêtante, mentale et potentiellement dansante, la musique de GAS est certainement celle qui retiendra le plus notre attention de cette soirée. Pour avoir une petite idée de ce set, on vous propose une vidéo d’un concert similaire en avril 2017 à Copenhague :

C’était enfin au tour de Tim Hecker de prendre place pour clôturer la soirée. La présentation avait de quoi interpeller, faisant mention d’un auditoire plongé dans un brouillard complet. Les fumigènes envahissent d’abord la scène au centre de laquelle se trouve le matériel de l’artiste. Tout autour de lui, plusieurs éclairages sont installés sous forme de barres de spots, pour certaines mobiles.
Mais dès le début, on note que le brouillard n’est pas aussi épais que l’on pouvait s’y attendre et que les effets lumineux risquent du coup de ne pas produire l’effet espéré. Tim Hecker prend place sans qu’il y ait eu une relance des fumigènes et il démarre par un titre extrêmement bruitiste. Un son dur, violent et agressif, avec pour réponse un public qui met des bouchons ou se bouche les oreilles... on devine que quelque chose ne se passe pas comme prévu, le musicien cherche un technicien du regard qu’il finira pas trouver, derrière lui, à la fin du second morceau.
Malheureusement cela ne changera pas grand chose. On remarque que quelques spectateurs quittent les lieux (on est au premier rang où l’on s’attend à trouver les fans...) mais on essayera de lui laisser une chance. Pourtant on ne constatera guère de changement : un brouillard qui ne restera qu’un léger voile, des lumières qui peinent à bouger et qui changent tout juste un peu d’intensité ou de couleur, et une musique qui ne s’est pas adoucie. On abandonnera donc les lieux vers 1h35, constatant que le sous sol du Palais de Tokyo s’est déjà bien vidé, en se disant que peut-être que Tim Hecker gardait le meilleur pour les plus courageux... ou pas !

On oubliera vite cet instant pour garder en mémoire les autres très belles prestations de la soirée.

Fabrice ALLARD
le 08/10/2017

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